Au tour des populistes italiens de s’en prendre aux médias

Le chef de file du Mouvement Cinq étoiles (M5S), l’ex-comique italien Beppe Grillo
Photo: Alessandro Di Marco ANSA via Associated Press Le chef de file du Mouvement Cinq étoiles (M5S), l’ex-comique italien Beppe Grillo

Le chef de file du Mouvement Cinq étoiles (M5S), l’ex-comique italien Beppe Grillo, a provoqué mercredi un tollé en Italie en proposant l’instauration de « jurys populaires » pour recadrer les médias « fabricants de fausses nouvelles ».

En cas de mensonge détecté par ces jurys dans la presse ou la télévision, accusées de fabriquer des informations pour discréditer le M5S, « l’éditeur devra, tête courbée, présenter publiquement des excuses et publier une version correcte en début de programme ou en première page du journal », a écrit mardi sur son blogue Beppe Grillo, fondateur volontiers provocateur de ce mouvement populiste et anti-euro.

« Les journaux et la télévision sont les plus gros fabricants de fausses nouvelles dans le pays, dans le but de s’assurer que ceux qui ont le pouvoir le gardent », a-t-il affirmé.

Les médias italiens ont aussitôt manifesté leur colère et leur indignation.

Le directeur de l’information de la chaîne privée La 7, Enrico Mentana, a promis de porter plainte contre Beppe Grillo tandis que la fédération de la presse italienne, la FNSI, a dénoncé ce « lynchage » des journalistes.

Ce que Grillo propose « s’appelle le fascisme et ceux qui le minimisent se font complices », a lancé de son côté Stefano Esposito, sénateur du Parti démocrate, dirigé par l’ex-chef du gouvernement italien Matteo Renzi.

Grillo veut un « minCulPop 2.0 », a estimé de son côté Forza Italia, le parti de centre-droit fondé par Silvio Berlusconi, en référence au ministère de la Culture populaire chargé de la propagande sous le régime fasciste de Benito Mussolini.

Beppe Grillo a toujours eu une relation difficile avec la presse et les médias, interdisant à ses membres, aux premières heures de son mouvement, de participer à des débats télévisés.

La polémique ouverte par le fondateur du M5S éclate en plein débat sur les ravages des fausses informations colportées sur internet, dont certains commentateurs estiment qu’elles ont joué un rôle dans la victoire du milliardaire Donald Trump aux États-Unis ou des partisans du Brexit en Grande-Bretagne.

Le pape François s’en était pris le mois dernier à la « désinformation » et avait comparé la presse à scandales à la coprophilie, ses lecteurs étant assimilés à des mangeurs d’excréments.

« La désinformation est probablement le plus grand mal qu’un média puisse infliger, parce qu’elle oriente l’opinion dans une seule direction, en omettant une partie de la vérité », avait alors déclaré le pape.

1 commentaire
  • Yvon Hachey - Abonné 4 janvier 2017 13 h 01

    Encore les «populistes»

    Il est intéressant de constater qu’à chaque fois qu’un homme politique ou un parti remets en question les dogmes de la religion de la mondialisation, c’est obligatoirement du populisme. La mondialisation néo-libérale s’accompagne d’une pensée «unique», transmis notamment par les médias d’informations, et il est bon que certains de ses dogmes qui ont déjà fait passablement de dégâts au sein des pays occidentaux, dont le nôtre, soit remis en question.

    J’avoue ne rien connaître de ce parti italien, mais la réaction de certaines chaînes de médias en dit long sur leur difficulté de se remettre en question pour livrer des informations de différents horizons.

    La citation papale en fin de texte est très éclairant à cet égard, à l’effet que la désinformation oriente l’opinion dans une seule direction en omettant une part de vérité, en somme, il s’agit de manipulation de l’opinion publique.