Conflit étudiant: le Conseil de presse multiplie les décisions

Les plaintes contre des médias ont été déposées au Conseil de presse du Québec par des citoyens différents, à chaud pendant le conflit, au fur et à mesure de la diffusion des émissions et des chroniques, le lendemain ou le surlendemain de leur apparition.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les plaintes contre des médias ont été déposées au Conseil de presse du Québec par des citoyens différents, à chaud pendant le conflit, au fur et à mesure de la diffusion des émissions et des chroniques, le lendemain ou le surlendemain de leur apparition.

Le dévoilement simultané d’une douzaine de décisions du Conseil de presse du Québec (CPQ) au sujet de la couverture du conflit étudiant permet de reprendre la mesure des tensions médiatiques qui ont accompagné l’agitation sociale du printemps. Dix des douze jugements concernent les principaux médias de Québecor (Groupe TVA, LCN, Le Journal de Québec (JdeQ) et Le Journal de Montréal (JdeM), 24 heures). Les deux autres décisions concernent des radios, CHOI FM Radio X de Québec (blâmée) et FM 93 (exonérée).

Le CPQ retient en totalité ou en partie cinq des douze plaintes, dont quatre concernant les filiales de Québecor. Le chroniqueur vedette Richard Martineau est visé trois fois dans les plaintes, soit dans le quart des cas, et son collègue Éric Duhaime deux fois. Le premier est condamné deux fois, le second s’en tire à tout coup.


Les jugements se concentrent autour de deux types de fautes présumées, soit les jugements de faits, et les jugements de valeurs. Beaucoup de dossiers ouverts concernent le traitement accordé dans les reportages ou les chroniques à la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) et son porte-parole le plus visible pendant le conflit, Gabriel Nadeau-Dubois, devenu la bête noire d’un certain journalisme d’opinion.


Voici les décisions présentées dans l’ordre chronologique de la diffusion des propos jugés, entre le 1er mars et le 12 mai :


Le 1er mars, Denis Gravel et Jérôme Landry, animateurs du Show du matin de CHOI FM Radio X 98,1, reçoivent Gabriel Nadeau-Dubois en entrevue et lui passent un savon. Le Conseil retient la plainte pour « ton et propos irrespectueux et méprisants » tout en rejetant les griefs de partialité et d’incitation à la violence.


Le 14 avril, Richard Martineau publie dans le JdeQ une chronique intitulée « Enseignants : enseignez ! » dans laquelle il reproche à tous les professeurs d’avoir de la difficulté à enseigner aux élèves la lecture, l’écriture et les maths. Le Conseil reçoit le grief pour « généralisation abusive » sans retenir celui pour propos méprisants et irrespectueux.


Le 17 avril, l’émission Denis Lévesque reçoit le professeur Christian Dufour, également chroniqueur au JdeM, et les plaignants trouvent ses propos irrespectueux et méprisants, surtout quand M. Dufour compare Gabriel Nadeau-Dubois à un batteur de femme. Le Conseil juge que le commentateur est « resté dans les limites raisonnables d’un débat ». Le grief pour sensationnalisme est également rejeté.


Le 18 avril, l’animateur Sylvain Bouchard de la station FM 93 utilise les expressions « j’m’en crisse » et « fuck les injonctions » en ondes. Le Conseil ne se prononce pas sur le grief de propos grossiers, tout en invitant les animateurs des « radios d’opinion » à « rehausser le niveau de leur langage ».


Le 21 avril, la journaliste Julie Couture de l’émission Salut Bonjour week-end demande à la co-porte-parole de la CLASSE Jeanne Reynolds : « Alors, ce matin, est-ce que vous êtes du côté des casseurs ? » Le grief pour partialité est rejeté.


Le 21 avril, dans le JdeQ, sous le titre « Les Soviets de salon », Dominic Maurais publie des informations jugées « inexactes » par le tribunal d’honneur. Le chroniqueur accuse alors la CLASSE d’être associée à l’Union communiste libertaire.


Le 24 avril, dans sa chronique du JdeM, Richard Martineau invente par ironie des propos pro-violence qu’il attribue à la CLASSE. Le Conseil retient tout de même le grief pour « information inexacte, propos discriminatoires et préjugés ». Cette décision du CPQ a déjà été médiatisée la semaine dernière.


Le 1er mai, le collaborateur Éric Duhaime et l’animateur de l’émission Franchement Martineau de LCN échangent autour de l’implication de certains enseignants dans le conflit. Le Conseil rejette toutes les accusations pour « informations inexactes, propos méprisants, irrespectueux, haineux et offensants empreints de préjugés », y compris quand Richard Martineau et Éric Duhaime ont qualifié de « débiles légers » les profs qui auraient incité les étudiants à voter pour la grève.


Le 5 mai, LCN diffuse la même entrevue diffusée dans deux émissions différentes, à quelques heures d’intervalle. Le plaignant dénonce « une mise en scène trompeuse » puisqu’au deuxième passage, la première conversation entre le journaliste et l’animateur a fait l’objet d’un montage pour la faire passer pour une nouvelle conversation en direct. La plainte est retenue, mais elle ne concerne qu’indirectement le traitement du conflit étudiant, le sujet de la conversation.


Le 9 mai, 24 heures titre « Conflit étudiant - Québec prêt à revoir l’entente », tandis que son concurrent gratuit Métro annonce « Beauchamp n’a pas l’intention de rouvrir l’entente ». Une plainte reproche au premier de donner au gouvernement le beau rôle. Le grief pour titre inexact est rejeté.


Le 12 mai, dans le JdeQ, sous le titre « Balade antiterroriste en métro », le chroniqueur Éric Duhaime écrit qu’« une méfiance de la part d’un nombre grandissant de citoyens s’installe vis-à-vis les carrés rouges. On associe maintenant, à tort ou à raison, ce symbole à la violence, voire même au terrorisme ». Le même jour, sur son compte Twitter, Éric Duhaime en rajoute ainsi : « Se promener avec un carré rouge dans le métro de Montréal aujourd’hui, c’est comme porter une burka dans un avion au lendemain du 11-Septembre. Ça rend les gens autour de vous très nerveux et suspicieux. » Les juges ne relèvent dans ces textes « aucun abus de la liberté d’expression ni de manquement déontologique ». Les deux griefs, l’un pour propos haineux et méprisants, l’autre pour commentaire raciste, sont donc rejetés.


Les plaintes ont été déposées par des citoyens différents, à chaud pendant le conflit, au fur et à mesure de la diffusion des émissions et des chroniques, le lendemain ou le surlendemain de leur apparition. Le Conseil de presse du Québec (conseildepresse.qc.ca) traite les dossiers par l’intermédiaire d’un comité composé de huit membres du conseil d’administration issus du public, des entreprises de presse et des journalistes.


Québecor s’est retirée du CPQ, et ses médias comme ses journalistes ne participent donc plus au processus. CHOI FM boycotte aussi les travaux du tribunal d’honneur. En clair, ils ne répondent pas aux arguments des plaignants, ce qui peut évidemment nuire à l’équilibre de l’examen. Les jugements reposent sur des codes de déontologie et n’ont pas de portée juridique.

  • Daniel Houx - Inscrit 17 octobre 2012 05 h 18

    Quel effet ?

    Si les décisions du CPQ n'ont pas de portée juridique, quel effet réel cela donne-t-il de se plaindre ?

    Les médias visés vont recevoir un blâme, mais après? ILs pourront continuer à dire et à agir comme bon leur semble.

    • François Dugal - Inscrit 17 octobre 2012 11 h 55

      C'est le CRTC qui a le pouvoir de sanctionner les errements des journalistes et des commentateurs.
      Que fait-il?

    • Breault Simon - Inscrit 18 octobre 2012 11 h 34

      Je ne crois pas que la "judiciarisation" soit toujours la solution! Mais soyons simplement aux aguets. Servons nous de ces décisions pour tenter de comprendre qui sont les médias. Ces décisions permetront, par exemple, aux enseignant-e-s en journalisme de donner des cours captivants! Ainsi, le CPQ remplira indirectement une fonction éducative! Pensons également aux cours d'éthique et politique, que de matériel! Ah! L'enseignement suppérieur a tant à donner, pourquoi y limiter son accès?

  • Jacques Morissette - Abonné 17 octobre 2012 07 h 22

    Certains médias vont-ils parfois à la pêche?

    Pas beaucoup de mordant dans dout ça. Même aussi à lire ce qui s'est dit ou fait dans les médias concernés, ça ressemble plus à du potinage de taverne que n'importe quoi.

    D'une façon générale, les médias qui disent n'importe quoi et son contraire partent probablement du fait subjectif qu'ils s'adressent à une population où il y a beaucoup d'analphabète. S'ils pensent ainsi, lil faudrait voirr s'ils ont raison ou tort de penser ainsi?

    Ceci dit, en passant, à ce sujet, le PLQ et la CAQ sont au Québec ce que le parti Républicain est aux États-Unis. Et ce n'est pas un honneur, ni un cadeau que je leur fais. Devant le PQ minoritaire, le PLQ et la CAQ ont parfois des propos qui me font quasi rougir de honte dans leurs arguments.

  • François Dugal - Inscrit 17 octobre 2012 07 h 58

    Enrichissons notre vocabulaire

    Poubelle:
    Contanant dans lequel on dépose ses ordures ménagères. Les poubelles sont ramassées par les éboueurs et les ordures sont acheminées dans un site prévu à cet effet.

    • Nicolas Blackburn - Inscrit 17 octobre 2012 10 h 31

      Le problème c'est qu'il n'y a plus de place dans nos poubelles car on a trop de déchets. La solution : le compostage.

  • Serge Grenier - Inscrit 17 octobre 2012 08 h 32

    Le CPQ = pas fort !

    Les personnes qui espéraient que le Conseil de presse ferait quelque chose pour rehausser le niveau des médias doivent être amèrement déçues. Les personnes qui travaillent au Conseil de presse n'ont maintenant pas plus de crédibilité que les journalistes visés par les plaintes des citoyens.

    • Gilbert Talbot - Abonné 17 octobre 2012 12 h 18

      D'accord avec vous M. Grenier. Les jugements qu'ont décrit ici sont trés révélateurs de la partialité des juges Je ne connais pas le texte de leur code de déontologie, mais le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne respecte pas vriament les droits et la dignité des simples citoyens. On n'en parle pas dans cet article, mais à mon avis même l'ombudsman de Radio-Canada qui reçoit les plaintes des citoyens n'a guère plus de crédibilité.

    • Daniel Bérubé - Abonné 22 octobre 2012 16 h 06

      @ Gilbert Talbot

      Le hic, c'est que les juges ne semblent tenir compte que... d'un seul côté de la médaille, celui de la liberté de presse...

      L'autre côté de la médaille pourrait être les impacts sur les citoyens, sur les façon de voir la chose. Si la liberté d'expression permet de dire "presque" des faussetés, comment s'assurer que le citoyen percevra ces presques faussetés, ou plus précisément, quand ce sont des choses très négatives apportées comme exemple (batteur de femme), il est assuré que tout au moins un faible pourcentage comprendra qu'il bat ou a déjà battu des femmes! Certains médias sont en place principalement pour faire valoir les politiques de droite, je dirais même sont en tout ou en partie financé avec ce but: dévaloriser la gauche, c'est leur raison d'être.

      Nous nous devons de boycotter ces chaînes, ces radios-poubelles qui commencent a se disperser dans le Québec, pour ne faire voir que de façon négative les assistés-sociaux, ceux qui ne peuvent s'intégrer au système de vie d'aujourd'hui, c.à.d. de surconsommation; de toujours favoriser les système "utilisateur|payeur", effacer la classe moyenne qui représente un pont dispendieux a entretenir au dessus du fossé riches|pauvres... car ce fossé, il s'élargit, donc le pont doit être plus long, donc, plus dispendieux !

      La liberté de presse représente une force, possède un pouvoir d'influence que tout juge se doit de considérer, en s'assurant que les mots utilisés, les termes employés, les exemples apportés, se rapproche le plus près possible de l'idée précise émise. Il est très important que la chose soit suivi de près, car il demeure primordial que tout le public demeure bien informé, afin de pouvoir faire des choix éclairés dans toutes activités dites démocratiques.

  • Kevin Charron - Inscrit 17 octobre 2012 09 h 11

    Un langage violent et intimidant

    Plutôt timide le Conseil de Presse.

    Éric Duhaime compare littéralement les étudiants à des terroristes islamistes, mais le Conseil de Presse n'y voit rien de répréhensible!

    Pendant que tout le monde se braquait sur la soi-disant violence du mouvement étudiant, tous ont ignoré la violence verbale des grands chroniqueurs, ainsi que celle du gouvernement.

    On a assisté à une vraie campagne de salissage ayant pour objectif de transformer un mouvement étudiant pacifique en groupe révolutionnaire terroriste et sanguinaire afin de mieux légtimer un refus de négocier.

    On ne négocie pas avec la violence. On ne négocie pas avec le Mal. Le mouvement étudiant était composé d'étudiants modèles hyper créatif, ce qui allait chercher la sympathie du public. Il fallait donc transfomer cette image.

    En associant les carrés rouges à des «terroristes», «des batteurs de femmes» et «à la violence et l'intimidation», le Parti libéral et les chroniquers du type de Duhaime, Martineau et Pratte ont créé une haine et un mépris envers les étudiants qui se répercute jusque dans le monde policier.

    Les médias Québécor et, dans un moindre partie, les médias Gesca devrait être accusé de «salissage public», «déformation de la réalité», «bidonnage», «propos haineux» et «d'incitiation à la violence».

    • Michel Gagnon - Inscrit 17 octobre 2012 13 h 18

      Bien d'accord avec les déceptions exprimées ici. Le problème est qu'une trop grande partie de la population semble se délecter des propos disgracieux (on n'a qu'à voir les tirages et les cotes d'écoute). Alors si je m'en reporte aux critères du Conseil de Presse, je peux me permettre d'affirmer que lorsque des gens se font traiter de débiles légers par des débiles profonds, il n'y a pas lieu de s'en offusquer.

    • Jean-Pierre Plourde - Inscrit 18 octobre 2012 00 h 16

      On doit aux étudiants la défaite de Charest.

      Le jour ou la foule fut constituée d'étudiants mais aussi de maman avec leurs enfants, de pensionnés, de juristes et de gens de toutes les classes de la société. La violence à subittement cessée, sauf à Victoriaville ou l'on a assisté à une tentative de massacre avec des armes semi-létales. Ce fut à deux cheveux de se produire. Les policiers avaient besoin d'une place pour se faire plaisir ou il n'y aurait pas de retraités et de maman ni d'enfants afin de tirer dans le tas avec intention de blesser sérieusement en tirant des projectiles pouvant tuer. Ce fut un coup monté avec hargne et racisme contre les défenseurs d'une nation.

      Si la population dans la rue avait atteint le demi millions et plus, Charest n'aurait pas eu le choix de démissionner, on tombait de fait dans un état de révolution.

      Charest à eu la chienne des étudiants, c'est pour cela qu'il a gardé le silence longtemps afin de laisser la situation régresser, c'était très significatif.

      Merci d'être là.

      Jean-Pierre Plourde,
      http://saglacweb.blogspot.com