Médias - Vedette un jour, vedette toujours

Marguerite Blais est la députée libérale de l'Assemblée nationale la plus populaire. On répète: Marguerite Blais, députée de Saint-Henri-Sainte-Anne, ministre responsable des Aînés. Pas vraiment un poids lourd du cabinet.

La grande gardienne des aînés, docteure en communication, trône en septième place du palmarès du baromètre des personnalités politiques du Québec préparé par la firme Léger Marketing, publié dans Le Devoir et The Gazette cette semaine. Cette place enviable s'explique-t-elle par la carrière préalable de la chanteuse, comédienne et surtout animatrice, lauréate d'un prix d'affection du public Métrostar en 1990?

En tout cas, la prime postulée du petit écran semble se vérifier avec plusieurs personnalités haut perchées dans le tableau d'honneur. Les anciens reporters télé Bernard Drainville (péquiste) et Christine St-Pierre (libérale et ministre) se positionnent aux 8e et 16e échelons. Mieux encore, les ex-comédiens Pierre Curzi et Maka Kotto arrivent en 2e et 11e positions. Le score enviable de ce dernier semble d'autant plus tentant à expliquer médiatiquement que M. Kotto fait grosso modo à Québec la même carrière de député tapisserie qu'il chérissait à Ottawa.

Au total, sept des seize premières positions du baromètre favorisent d'anciennes ou nouvelles vedettes des médias, dont Joseph Facal, chroniqueur à la télé et au Journal de Montréal. On reprend: ceci explique-t-il cela?

Vus à la télé...

«On peut effectivement se demander si les gens n'ont pas une opinion positive de ces personnalités politiques à cause de leurs fonctions antérieures», commente Frédérick Bastien, professeur à l'Université Laval, spécialiste des rapports entre les médias, l'information et le divertissement. «Je dis toujours à mes étudiants du cours sur les sondages d'opinion que, si on sonde les gens, il faut avoir des motifs raisonnables de croire que les gens ont des opinions sur le sujet du sondage. Dans ce cas, il me semble encore plus intéressant de lire les résultats de la colonne "ne connaît pas". À part les chefs, finalement, peu de politiciens sont connus.»

L'éditorialiste André Pratte a aussi mis en évidence cet aspect du sondage, cette semaine, dans La Presse. «L'Assemblée nationale est une bulle, a-t-il écrit. Une bulle à laquelle bien des citoyens ne portent pas attention.» Le quart des Québécois avouent candidement ne pas savoir qui est le ministre des Finances Raymond Bachand et pour le tiers d'entre eux le patron du ministère de la Santé, Yves Bolduc, est un inconnu.

«L'ignorance s'explique peut-être en partie par la faible présence médiatique de certaines de ces personnalités, poursuit le professeur Bastien. Les médias accordent toute l'attention aux chefs des partis, au premier ministre. En plus, en général, les gens s'intéressent peu à la politique, sauf pendant les campagnes électorales, alors que toute l'attention médiatique se concentre sur les chefs.»

Ce qui ne semble pas incompatible avec la popularité des ex-vedettes de la culture ou des communications. «Il n'y a pas de contradiction, poursuit le spécialiste. D'une manière générale, les Québécois connaissent les politiciens déjà vus à la télévision dans un autre rôle. Les gens s'en souviennent. Par ailleurs, la télévision montre surtout les chefs politiques.»

CQFD: Pierre Curzi a déjà raffiné l'explication en jonglant avec l'hypothèse liant la personnalité aux personnages. En l'occurrence, sa notoriété pourrait en partie lui venir des rôles qu'il a défendus dans Les Plouffe, Le Déclin de l'empire américain ou Virginie, par exemple. Pas bête.

Rendu là, on se demande pourquoi les partis politiques ne font pas plus de place aux «veudettes» du bottin de l'Union des artistes. Pourquoi ne pas amplifier la tradition amorcée de longue date avec René Lévesque ou Lise Payette, eux aussi rendus célèbres par les médias avant de faire le grand saut?

«Quand on constitue une équipe destinée à gouverner, il faut des compétences diversifiées, et si trop de candidats venaient d'un seul milieu, artistique ou autre, on aurait des problèmes, commente alors le professeur. En plus, les gens du milieu des arts ont moins de chances de développer des compétences nécessaires pour diriger un ministère ou l'État. Par contre, il y a un avantage à recruter des célébrités habiles avec les médias. C'est courant ici et ailleurs. Il faut finalement se rappeler que le capital de sympathie peut fondre assez rapidement, à la première déclaration malhabile, à la première mauvaise décision...»