Le Devoir des écrivains sur le Web

Micheline Lachance<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Micheline Lachance

Depuis ce matin, une trentaine d’écrivains québécois ont pris le contrôle du Devoir! Car le journal prépare pour demain une édition exceptionnelle: Le Devoir des écrivains. Articles d’information, éditoriaux, chroniques: toutes les signatures habituelles seront remplacées par des écrivains invités, qui devront couvrir les informations du jour. Une initiative qui s’inscrit dans les célébrations du centenaire du Devoir, et qui veut marquer, demain, l’ouverture du Salon du livre de Montréal. Aujourd’hui, la journaliste Isabelle Paré rendra compte, sur notre site Web, du déroulement de la journée.


15h30  Une mouche vole dans la salle de rédaction. Gilles Vaillancourt vient de nier, lors d’une conférence de presse diffusée en direct, avoir refilé des enveloppes illégales à des politiciens. Nos écrivains, dont David Homel, qui a déjà pondu pour demain une chronique politique sur la corruption, sont suspendus aux lèvres du maire éclaboussé. Changera, changera pas son lead? Pas du tout, conclut l’écrivain et journaliste d’origine américaine. En Afrique, le dicton veut que l’on ne demande jamais aux grilleurs de cacahuètes s’ils ont des arachides dans leurs poches. Devrait-on s’étonner que des politiciens soient aux prises avec des histoires de corruption? La réponse demain, dans la chronique de David Homel.


14h30 
Avis aux lecteurs compulsifs, Wajdi Mouawad se livrera demain, dans nos pages, à une psychanalyse approfondie des différents types de lecteurs, à commencer par le lecteur resté au stade anal (oui, vous avez bien lu, a-nal), qui pourrait vous laisser pantois.

Ce lecteur anal, affirme Mouawad, c’est celui qui compile les lectures comme des devoirs bien faits, ou des billets de banque bien rangés, témoignant de son capital livresque. «Celui là [...], il garde sa crotte. Elle est à lui. Il la collectionne, l’astique, l’époussette et la range sur les étagères de sa bibliothèque», écrit le dramaturge, dans un élan littéraire pas piqué des vers. Haro sur les 1001 livres qu’il faut avoir lu dans sa vie, ou les attrapes commerciales du genre «Si vous avez aimé ce livre, vous aimerez aussi». Mouawad n’a rien à cirer de ces lecteurs obéissants qui crient présent quand le livre se conjugue à l’impératif. L’auteur d’Incendies propose plutôt le booknapping, qui consiste à prendre un libraire en otage. Il laisse à votre libre arbitre le choix de l’arme, quoique le couteau et le revolver semblent vachement l’inspirer. Et puis, à la Jack Bauer, il vous restera à «lui faire cracher le morceau», à lui faire dire «quel est le livre, le seul, l’unique qui va agir sur moi comme l’eau bouillante agit sur l’esti de poche de thé pour en révéler toutes les saveurs». Dit comme ça, ça en jette. Si j’étais libraire, demain, je filerais doux.


14h15 
Bon, cette fois, c’est Fred. Fred Pellerin qui vient de nous faire parvenir un texte depuis Paris. Un petit bijou de texte pour le secteur culturel sur une photographe de «Polonie», qui expose en ce moment à Paris. La croqueuse de lumière est arrivée avec comme une odeur de muse dans les yeux, toute en «souriance», nous dit notre poète en état de cata-caxtonie totale. Il fallait s’y attendre, mille après mille, le père de Babine suspend le taureau par les contes et, à l’image d’une arracheuse de temps, nous concocte un reportage sur Pawchovksi, «toutes de blondes et de bleus (les yeux)», qui vient pas du Bas-du-Fleuve. Fred nous parle de la lumière dans ses photos, de son premier dessin, du démurement de sa Polonie natale, du vrai, qu’elle distingue toujours dans le fond du faux. Du vrai faux senti, quoi! Fred, quand on t’aime une fois, on t’aime pour toujours. À demain!


13h45 
Avertissement à nos fidèles lecteurs: une petite révolution se fomente à l’économie. Alain Deneault, professeur de philosophie à l'UQAM et docteur en philosophie politique, s’apprête à passer à la moulinette un sondage réalisé par Léger Marketing auprès de plusieurs pontes de l’économie sur les prévisions économiques. «Est-ce que les économistes prédisent vraiment ce qui va passer et ce que le gouvernement devrait faire, ou est-ce que ce sont leurs propres énoncés qui influencent l’économie? Il y a beaucoup de questions à se poser sur le traitement des mots en économie», dit le professeur, parraîné par le journaliste Alexandre Shields. Comme on peut s’y attendre, l’auteur de Offshore Inc., un essai vitriolique sur les paradis fiscaux et la souveraineté criminelle, ne se satisfait pas de communiqués laconiques et de chiffres bruts. Demain dans Le Devoir, l’économie comme vous ne l’aurez jamais lue.


13h30 
Micheline Lachance, qui vient de rentrer d’une conférence de presse de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) sur la sélection des médecins étrangers, relie ses notes. L’auteure et journaliste, qui a déjà signé des papiers dans L’actualité et Châtelaine et signé deux romans-fleuve sur Julie Papineau, se demande déjà comment elle pourra rendre compte de tout le contenu dans un texte de 750 mots. «Moi, j’ai l’habitude de m’étendre! Aujourd’hui, j’aimerais mieux avoir l’espace d’un long reportage dans L’actualité», dit-elle.
 
Mais pour la vétérante journaliste, qui a déjà été aux commandes de la salle de rédaction de Châtelaine, on ne s’inquiète pas trop. Le rapport de la CDPDJ affirme que le processus actuel de sélection des médecins est discriminatoire et qu’il faut en revoir les modalités. «Ce qui me fascine dans ce dossier, c’est qu’on vit une pénurie de médecins au Québec et qu’en même temps, on a un surplus de médecins diplômés à l’étranger. C’est un paradoxe incroyable. Chaque année, il y a des places vacantes dans les facultés de médecine. Où est la logique?» commente-t-elle.

La journaliste d’expérience a d’ailleurs posé plusieurs questions en conférence de presse, notamment pour savoir si le processus de sélection était encore plus discriminatoire envers les médecins faisant partie de minorités visibles. Réponse obtenue: on ne sait pas. L’échantillon étudié était trop restreint pour tirer des conclusions. On lui donne deux étoiles. Elle fait ça comme une championne. Attendez de lire la suite demain, dans Le Devoir des écrivains.

 
13h15 
Première réunion de rédaction. On commence à établir l’ordre de priorités des nouvelles du jour. Disons que Caroline Allard, dépêchée à Laval, a une grosse commande sur les bras et une forte option sur la Une au moment où l’on se parle. On peut aussi parier que Gilles Pellerin à Québec, auteur d'Où tu vas quand tu dors en marchant?, ne sait plus où donner de la tête et court dans tous les sens sur la Colline parlementaire. Roland-Yves Carignan prévoit aussi accorder une bonne place au prix du Gouverneur général accordé à Kim Thùy, qui signera un texte demain dans Le Devoir des écrivains.


13h 
Michel Rabagliati, bédéiste chevronné, vient de nous annoncer un scoop. Paul, son personnage fétiche, investira les pages du journal demain. Attention, arrêtez les presses, sortez les caméras, préparez vos manchettes, on tue la Une! Paul, le seul et l’unique, sera journaliste d’un jour aujourd’hui. Le reporter en deux dimensions, accompagné de ses phylactères, aura dans sa manche le scoop du jour. À lire demain, dans l’édition spéciale du Devoir des écrivains.


12h15
  Enfin, le chat sort du sac! Kim Thùy, qui signera dans nos pages, demain, un reportage sur le livre numérique, n’est pas avec nous ce matin puisqu’elle vient de recevoir le prix du Gouverneur général en littérature. C’est ce qui s’appelle une absence motivée. Pas mal mieux qu’un billet du médecin. Bravo!

En lice pour Ru, aux côtés de Marie-Claire Blais (Mai au bal des prédateurs), Martine Desjardins (Maléficium), Agnès Gruda (Onze petites trahisons ) et Dany Laferrière (L’Énigme du retour), l’auteure avouait hier avoir eu du mal à pondre un texte en un si court laps de temps. «Moi, ça me prend 20 ans avant d’écrire un roman!», confiait-elle hier soir.

Pour nous, l’occasion est trop belle. Nous sommes allés cueillir à chaud les réactions de Dany Laferrière, cofinaliste au même prix, sur l’attribution de cette récompense à Kim Thùy.

«Je dis: Félicitations. Il y a des écrivains qui n’ont rien à faire des prix. Personnellement, je n’en ai pas eu pendant 25 ans et je ne m’en suis jamais plaint», dit-il. Bon, soit, mais maintenant qu’il y a eu ce fameux Médicis, ne s’attendait-il pas à voir atterrir ce prix national dans sa cour? «Vous savez, les prix, ça regarde le jury. Ce qui est important, c’est le livre. Mais c’est sûr que les prix, ça change des choses à la vie sociale, si on ne fait pas attention. Ça change surtout le regard des autres sur nous. C’est le temps qui dira si ça change une carrière. Ceux qui était là il y a 25 ans, quand j’ai commencé, ne sont pas tous encore là. Ce qui compte, c’est si on a réussi à mettre en forme notre univers et ce dont on a rêvé», pense-t-il. Et pour Kim Thùy, qu’est-ce que ça pourrait changer? «Il y a devant elle un long tunnel de noir et de suie!» laisse tomber Laferrière, un énigmatique sourire aux lèvres.


11h45
Débat intense du côté de la science. Nicolas Dickner, auteur de Tarmac et Nikolski, discute trou noir avec Pauline Gravel, puisque la NASA vient d’annoncer qu’un de ses satellites, le Chandra pour être plus précis, a saisi l’image du plus jeune trou noir observé. L’observation de l’objet, né il y a 30 ans, permettrait d’en savoir plus long sur la naissance des trous noirs. Le scientifique en Nicolas Dickner s’insurge. Pas question de gober l’info toute crue. Pourquoi la NASA s’approprie-t-elle la nouvelle? L’autorité en matière d’astronomie a beau est propriétaire dudit satellite, elle n’a pas pour autant à revendiquer la paternité de la découverte. C’est qu’on ne lui passe pas un trou noir comme ça à ce Dickner.

«En fait, la NASA n’est peut-être que le locataire du satellite. Est-ce que mon propriétaire détermine ce qui se passe dans mon logement?» clame l'écrivain. Bref, pour l’instant, le plan de match n’est pas arrêté côté science, mais on pense exposer le sujet sous l’angle de l’astronome amateur, de la vulgarisation et de la signification d’une telle découverte sur la connaissance des trous noirs. Ça progresse...


11h30
Ça bouillonne d’activités à la section générale. Georges-Hébert Germain, accompagné par Louis-Gilles Francoeur, s’attaque déjà à l’annonce d’une politique sur l’éco-certification, faite par le ministre de l’environnement, Pierre Arcand. Seul hic, on apprend que ledit ministre est le gendre de notre journaliste de l’environnement du jour! Conflit d’intérêt en vue? Ouf, ça nous change du quotidien!

Parions que le ministre est, de son côté, bien content ce jour-là de ne pas avoir affaire à Louis-Gilles Francoeur. Passons sur ses liens familiaux inopinés, ça reste drôlement pratique d’avoir le numéro personnel du ministre dans sa poche pour obtenir quelques détails sur la politique en question. Cet après-midi et ce soir, Georges-Hébert Germain couvrira les audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le gaz de schiste.


10h30
Réunion éditoriale. Dany Laferrière, qui agira à titre d’éditoraliste en chef, est aussi attendu qu’un pape et son rire homérique cascade déjà dans un recoin de la salle. Autour de la table, on discute des sujets à traiter aujourd’hui. Ça surchauffe à Québec, où Jean Charest et son gouvernement, accusés de collusion depuis mois, sont sur la sellette et l’objet d’une pétition populaire devenue le baromètre du mécontentement ambiant, explique Josée Boileau.

À Laval, c’est le chaos. Un édito de Bernard Descôteaux sur la saga lavalloise des enveloppes embarrassantes s’impose. On en rajoutera en caricature où Jacques Goldstyn, caricaturiste au Club des débrouillards et au Couac, sera parrainé par Garnotte. Le flash de départ: Jean Charest, qui se targue d’être un fieffé lecteur, au contraire de Stephen Harper, parade devant une bibliothèque remplie de bouquins sur la mafia. Goldstyn pense aussi à camper Sarkozy et Carla en train d’écouter des nouvelles venues du Québec. Bref, la réflexion se poursuit.

Enfin, Dany Laferrière annonce un éditorial sur le livre et le monde des lecteurs. «Les lecteurs s’attendent à quelque chose de nouveau, alors pour moi, l’événement de fond, ça doit être le livre et Le Devoir, écrit par les écrivains. On parle toujours de la connotation sociale du livre. On parle toujours de ceux qui ne lisent pas», déplore-t-il. Pas question de voler au ras des pâquerettes et de tracer la situation du livre à grands renforts de statistiques, tranche l’auteur de L’Énigme du retour, auréolé du Médicis.

«J’aimerais plutôt parler de ceux qui lisent dans la ville, dans le métro, de leur impact sur la société. Ce sera une façon de fêter le livre et sa place dans la société», affirme Laferrière. Il nous promets un édito purement littéraire, écrit à chaud! «De toute façon, j’écris toujours à chaud, furieusement!, dit-il. Je sortirai mes belles phrases du dimanche». À suivre.

9h30
Les journalistes d’un jour sont pour la plupart arrivés. Le directeur de l’information, Roland-Yves Carignan, établit le plan de match et annonce les parrainages prévus pour la journée. Micheline Lachance s’apprête à couvrir une conférence de presse de la Commission des droits de la personne du Québec, sur la discrimination exercée à l’endroit des médecins étrangers avec Louise-Maude Rioux Soucy. À l’international, Stanley Péan se penchera sur la crise du choléra qui sévit à Haïti, parraîné par Serge Truffaut, alors que David Homel nous annonce une chronique sur la haine des américains envers leurs gouvernements.  

Monique Proulx, qui a déjà couvert hier un colloque sur les femmes et la burka, affiche un soupçon d’angoisse à l’idée d’avoir à pondre un texte dans la journée. Il faut dire que certains écrivains ont déjà envoyé leurs textes à l'avance pour s'éviter la réalité du deadline. «Pas juste!», clame Monique Proulx. À Québec, Gilles Pellerin, guidé par notre courriériste parlementaire sur la colline, Antoine Robitaille, en aura sûrement plein les bras à recueillir les nombreuses réactions aux allégations faites sur le maire Vaillancourt et la montée de colère à l’endroit de Jean Charest.


9h15 Les premiers écrivains font déjà leur entrée dans salle. Caroline Allard (Chroniques d’une mère indigne) trépigne déjà d’impatience à l’idée de couvrir la scène politique municipale en pleine ébullition ce matin, depuis que se multiplient les allégations de tentatives de corruption faites à l’égard du maire de Laval Gilles Vaillancourt. «Et si j’écrivais Chroniques d’un maire indigne?», lance-t-elle.

Pas de stress pour Robert Soulières, l’auteur de Casse-tête chinois et La Faim du monde, qui, peinard, se dit déjà prêt à couvrir deux événements médias avec Stéphane Baillargeon: conférence de presse sur Célébration 2011, une émission produite par Loto-Québec et TVA, et une exposition sur les croquis d’Assassin’s Creed. Très relax, ce Soulières.

Pour lire la suite: Le Devoir des écrivains sur le Web (deuxième partie)
5 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 16 novembre 2010 13 h 28

    Neuf comme l'actualité

    Il est bon que les écrivains découvrent enfin la poésie de l'actualité. Ils pourront ainsi agir sur elle en en cueillant la sève.

  • Pierre Cayouette - Abonné 16 novembre 2010 15 h 38

    La belle idée!

    Bravo pour cette belle idée! Lire le savoureux compte rendu d'Isabelle Paré fournit déjà un grand bonheur de lecture. Ça promet! Je souhaite que ce récit de la journée se retrouve dans la version imprimée, demain.

  • Helene Bouchard - Inscrite 16 novembre 2010 15 h 38

    10/10

    Si je n'étais pas déjà abonnée, je le deviendrais immédiatement.

  • Claudette Emery - Abonnée 16 novembre 2010 19 h 26

    créatif

    Créatif est ce journal
    Vivant, qui se tord
    Articulé est cette bête
    Tortillé chaque jour
    Par toi,moi,nous!
    Bravo! pour cet élan créatif!

  • Marie-Thérèse Guilbault - Inscrit 16 novembre 2010 21 h 18

    "Prête-moi ta plume" (ou ton clavier)

    Heureuse initiative. Déjà on sent l'heure de tombée dans le style enfiévré de Madame Paré. Au plaisir de vous lire, toutes et tous!! Faites bien votre Devoir !