Cent ans de solidarité

Le directeur du Devoir, Bernard Descôteaux, a dévoilé hier le programme d’activités du centenaire du journal fondé en 1910.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le directeur du Devoir, Bernard Descôteaux, a dévoilé hier le programme d’activités du centenaire du journal fondé en 1910.

Plusieurs publications, des expositions, un colloque universitaire, des fêtes, y compris une soirée-bénéfice en compagnie du premier ministre du Québec, une enveloppe commémorative de la poste, deux émissions de télé de Radio-Canada, dont une version toute spéciale de Tous pour un, et même la lecture de courtes pièces de théâtre écrites spécialement pour l'occasion: les cadeaux des amis, des autres médias et de soi à soi du Devoir ne manqueront pas l'an prochain pour souligner le centième anniversaire du journal. La publication fondée par Henri Bourassa est apparue le 10 janvier 1910.

«Lancé par quelques-uns des meilleurs journalistes du début du siècle dernier, Le Devoir est toujours aussi présent, et tout aussi résolu à informer et à animer un sain débat public sur les grands enjeux de notre société», a dit l'actuel directeur du quotidien, Bernard Descôteaux, en dévoilant hier matin la programmation des festivités du centenaire.

La conférence de presse avait lieu au Théâtre d'Aujourd'hui, rue Saint-Denis, à Montréal. C'est là aussi qu'aura lieu, le 6 décembre 2010, le dernier événement commémoratif et un des plus originaux de cette année festive. Il prendra la forme d'une création théâtrale de quatre textes sur la liberté de presse écrits pour l'occasion par Carole Fréchette, Olivier Kemeid, Catherine Léger et Jean-Philippe Lehoux. La mise en scène de la lecture sera dirigée par Marie-Thérèse Fortin, directrice du théâtre. Un peu plus tôt, le 25 novembre, d'autres artistes de la scène, des musiciens et des comédiens, auront présenté une autre soirée festive au Métropolis.

Les commémorations, concoctées par l'association Les Amis du Devoir, débuteront le jour anniversaire de la fondation. L'organisme a été fondé en 1914 pour soutenir la publication et a été réactivé périodiquement depuis pour venir en aide au journal indépendant. Le dimanche 10 janvier donc, les lecteurs et les curieux seront invités à rencontrer les artisans de la publication, de 10h à 13h, à la salle de la Commune du Marché Bonsecours de Montréal. Le soir même, un cocktail en compagnie du premier ministre Charest et un dîner-bénéfice compléteront la commémoration officielle. C'est dans ce cadre que Postes Canada lancera une enveloppe commémorative préparée par Christian Tiffet, directeur artistique du Devoir.

La télévision de Radio-Canada aura déjà commencé son propre hommage avec la diffusion deux jours plus tôt, le vendredi 8 janvier, d'une édition spéciale de Tout le monde en parlait consacrée au siècle du Devoir. Gilles Gougeon et son équipe ont mis six mois à préparer ce documentaire historique en débusquant et triant environ 2000 extraits sonores et visuels.

«Nous allons raconter comment ce journal a été en phase avec l'évolution de l'identité canadienne-française, expliquait hier le journaliste. On ne racontera pas la vie d'un journal. On ne racontera pas l'histoire du Canada. On va raconter comment de 1910 à aujourd'hui, ce journal indépendant, ce journal de combat a toujours été sur le bord de mourir et en est ressorti plus vivant que jamais. Le Devoir, c'est une espèce de rhizome puissant qui, régulièrement, entre sous terre pour surgir plus fort.»

Le travail a même permis de dénicher un extrait sonore où on entend la voix du vieil Henri Bourassa (1868-1952), pendant la Deuxième Guerre mondiale. M. Gougeon a aussi convaincu Pierre Karl Péladeau, grand patron de Quebecor, d'accorder une entrevue pour l'occasion, une rareté en ces temps de conflits plus ou moins larvés entre son empire médiatique et la société d'État.

«Quebecor est un ami du Devoir depuis très longtemps, expliquait hier Sylvie Cordeau, vice-présidente aux communications de Quebecor. Les filiales de l'entreprise feront la promotion du centième anniversaire pendant l'année.»

Radio-Canada en rajoutera une couche le jour dit, le 10 janvier à 20h, avec une émission spéciale de Tous pour un. L'animateur Francis Reddy a donné un exemple de question qui pourrait se poser pendant le jeu-questionnaire: «Combien se vendait le tout premier numéro?» Et la réponse est un petit sou.

Et quoi encore? Un colloque international organisé par les universités Laval et McGill sera organisé en mars sur le rôle de la presse indépendante. Au printemps, l'Institut du Nouveau Monde présentera quatre conférences à Montréal et Québec sur le développement du Québec depuis un siècle. À l'automne, l'exposition Les Yeux du Devoir rassemblera des tirages des photographes du journal dans la nouvelle salle d'exposition du Grand Foyer culturel rénové de la Place des Arts. En même temps, le Centre d'histoire de Montréal proposera Les Combats d'Henri Bourassa, sur la naissance du journal. Plusieurs livres et des cahiers spéciaux reviendront aussi sur toute cette histoire... à suivre.
3 commentaires
  • Gilles Chatillon - Abonné 18 novembre 2009 09 h 08

    Le Devoir, 100 ans

    Ce programme de célébration semble à la hauteur de l'intelligence et de la fierté de notre quotidien. Bravo! J'en serai.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 18 novembre 2009 10 h 35

    Un exemple pour la Presse

    Si La Presse affichait le même équilibre que Le Devoir dans les opinions et tendances et se souciait uniquement de la qualité des articles et chroniques, ils n'auraient pas les problèmes qu'ils vivent maintenant.

    Quant à ceux qui trouvent que Le Devoir penche d'un côté plus que d'autres, ce n'est rien en comparaison avec La Presse qui elle ne penche pas mais se trouve complètement incliné voire asservi par le même «bord»

  • Philippe Landry - Inscrit 18 novembre 2009 15 h 15

    On ne compare pas des pommes et des oranges

    @M. Gagnon

    Le devoir est un journal démocratique dont la mission première est l'information: sa gestion est transparente et le conseil d'administration est redevable devant les investisseurs. En d'autres termes, si personne n'achète ce journal, il ferme ses portes, comme c'est le cas pour tout journal privé d'information (dont le Journal de Montréal), ce qui n'est bien évidemment pas le cas de La Presse, dont la mission n'est pas d'informer mais plutôt d'orienter l'opinion publique en faveur des intérêt de son unique propriétaire (Power Corporation), ce qui en fait d'abord et avant tout un organe de propagande privé; ses livres sont cachés mêmes aux investisseurs et le journal peut se permettre de perdre des dizaines de millions de dollars par année puisque sa mission n'est ni d'informer, ni d'être rentable, mais bien de pratiquer une puissante propagande dont l'histoire nous prouve chaque jours à quel point celle-ci peut-être efficace...

    Par ailleurs, je ne crois pas qu'on puisse reprocher au devoir de pencher plus d'un coté que de l'autre: puisqu'il s'agit d'un journal Québécois de langue française, et que la majorité de ses lecteurs et journalistes sont représentatif du reste de la population, il n'est que naturel que la majorité des opinions émises soit indépendantiste. Or, heureusement, Le Devoir ne fait pas que de l'opinion...