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Lettres françaises - Mélancolie à demeure

3 décembre 2005  Livres
Déjà, dans son roman Le Maître de maison, paru en 1968, François Nourissier faisait état de la fascination qu'exerce sur lui le culte de la demeure. Petits châteaux, résidences secondaires ou non, il les détaillait avec la minutie d'un passionné.

Trente-sept ans plus tard, il revoit sa vie à la lumière de cet engouement. Le titre du livre peut tromper. Il y a certes de la mélancolie dans cette évocation du passé, mais aussi du brio.

On est ici en présence d'un exercice d'une extrême habileté dans lequel l'aisance de l'auteur fait merveille. Peut-être pour échapper à la tristesse qui émane presque toujours des livres crépusculaires, Nourissier ne répugne pas à saupoudrer son récit d'une vivacité mâtinée d'humour qui peut surprendre à l'occasion, mais ne paraît jamais gênante. Tout juste souhaiterait-on parfois une certaine retenue. Encore que, devant des phrases qui se succèdent avec une telle fluidité, il nous arrive de goûter une surabondance qui, sous une plume moins experte, nous aurait semblé insupportable.

La maison apparaît dans ce livre comme la vie même. Nourissier confesse en avoir visité à peu près cinquante. Est-il besoin de dire qu'il connaît par coeur les arguments avancés par les agents immobiliers, que le vocabulaire de l'architecture lui est familier et que surtout une maison, quelle qu'elle soit, est pour lui le lieu par excellence de l'amour. C'est dans leur intérieur que se font et se défont les couples. «Je suis resté un enfant que passionnent les volets fermés, les ombres et les lumières qui parfois se déplacent.» Quelques lignes plus loin: «D'où me vient la certitude que quelque chose m'attend dans la haute pénombre des maisons

fermées?»

Livre crépusculaire, ai-je écrit plus haut. Cette Maison Mélancolie est un bilan hachuré, suite d'évocations de moments passés. Quelques allusions à des écrivains, Julien Green ou Paul Claudel, fréquents rappels de moments de vie, souvenirs de femmes rencontrées, sous-entendus ou aveux plus nets ayant à voir avec des aventures amoureuses ou des passions plus prégnantes, on trouve beaucoup de tout cela dans ces chroniques qui oscillent entre l'aveu et la dérobade.

Que Nourissier soit en même temps qu'un homme de lettres bien parisien un écrivain de qualité, on n'en a jamais douté. Une partie importante de son oeuvre se range du côté de l'autobiographie. Ses romans se cantonnent souvent dans cet espace trouble dans lequel le lecteur indiscret accepte difficilement de devoir ignorer la ligne de partage entre la confession et la fiction.

Le Petit Bourgeois est de 1963. Que de chemin parcouru depuis! L'écrivain bientôt octogénaire, en proie depuis quelques années à la maladie de Parkinson, a dû faire son deuil des maisons. Dans un chapitre consacré à la maison de papier, il raconte comment il s'est défait de beaucoup de livres, de correspondances. Il a fait le ménage autour de lui. Mais pas complètement puisqu'il nous apprend que son appartement est encombré de fauteuils, de guéridons, de toiles. Le paradoxe toujours.

Un livre qu'on aime? Plutôt, me semble-t-il, une confession de virtuose, parfois bavarde, mais fascinante. C'est déjà pas mal, non?

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