Essais - Un complot américain?
Professeur d'économie politique à l'Université d'Ottawa et conseiller économique très sollicité sur la scène internationale, Michel Chossudovsky, aussi collaborateur au Monde diplomatique et à L'Aut' Journal, affirme, dans Guerre et mondialisation, que «si les autorités américaines avaient voulu arrêter Oussama ben Laden avant le 11 septembre, elles auraient pu le faire. Mais elles n'auraient pas disposé alors du prétexte pour lancer leur vaste opération militaire en Asie centrale».
Sous-titré «La vérité derrière le 11 septembre», cet essai-choc risque de soulever bien des passions; les antiaméricains y trouveront confirmation de leurs pires appréhensions et les proaméricains, genre Revel et Mario Roy, crieront sans doute au scandale. C'est que Chossudovsky, en effet, n'y va pas de main morte.
La supposée guerre contre le terrorisme, explique-t-il, est un grossier mensonge. Alliés de longue date des «brigades islamiques» qu'ils financent, surtout par l'entremise des services de renseignement militaires du Pakistan, afin de déstabiliser les régimes de l'Asie centrale qui ne leur sont pas soumis, les maîtres états-uniens (Wall Street, complexe militaro-industriel, barons du pétrole) soutiendraient le terrorisme international (UCK au Kosovo, talibans jusqu'à l'an dernier, frange terroriste en Tchétchénie et Oussama ben Laden) que la CIA fréquenterait assidûment.
Chossudovsky prétend que ce sont ces mêmes services de renseignement militaires du Pakistan, une création américaine au fond, qui seraient derrière les attentats du 11 septembre, ce qui, ajoute-t-il, remettrait radicalement en cause la thèse voulant que ces attaques soient «la conséquence de "lacunes" des services de renseignement américains». En d'autres termes, laisse-t-il entendre à de multiples reprises à mots à peine couverts, les maîtres du monde américains savaient... et ils auraient laissé faire pour justifier la guerre de conquête subséquente.
La thèse, on le constate, est grosse et explosive. Que Washington, à l'heure de défendre ses intérêts économiques partout à travers le monde, n'ait pas de scrupules, cela commence à être assez connu des esprits lucides. Que les administrations américaines fassent affaire avec des têtes brûlées par pur opportunisme, cela n'est pas non plus contestable. À partir de là, deux conclusions sont possibles à propos du 11 septembre: le thèse du «revirement», qui soutient que ce que les Américains ont créé leur a explosé en pleine figure, et la thèse de Chossudovsky, qui soutient que «la thèse du revirement est de la pure fabrication. La CIA n'a jamais rompu ses liens avec le réseau islamique militant».
Alors quoi, revirement ou complot? Dans l'état actuel des connaissances, il est impossible de trancher. Le sens commun, l'humanité même qui habite les hommes de bonne volonté, voudrait que la thèse du revirement soit la bonne. Toutefois, le passé états-unien étant ce qu'il est, c'est-à-dire loin d'être blanc comme neige, et les renseignements recueillis par Chossudovsky (et d'autres) étant ce qu'ils sont, c'est-à-dire souvent accablants, peut-on refuser d'envisager la thèse du cynisme d'État le plus absolu? Pour ma part, j'en reste incapable, même si cette hypothèse me répugne et me convainc moins que l'autre. La gravité de l'enjeu, me semble-t-il, nous condamne à la plus grande prudence.
Chossudovsky, lui, n'a pas ces hésitations et en appelle à la mobilisation populaire antiaméricaine. Ses conclusions lui semblent évidentes, mais elles reposent sur une accumulations de renseignements disparates qui, même s'ils sont souvent «crédibles», ne mènent pas nécessairement, à mon avis, à sa sulfureuse thèse d'ensemble. Guerre et mondialisation, en tout cas, est un livre troublant.
Sous-titré «La vérité derrière le 11 septembre», cet essai-choc risque de soulever bien des passions; les antiaméricains y trouveront confirmation de leurs pires appréhensions et les proaméricains, genre Revel et Mario Roy, crieront sans doute au scandale. C'est que Chossudovsky, en effet, n'y va pas de main morte.
La supposée guerre contre le terrorisme, explique-t-il, est un grossier mensonge. Alliés de longue date des «brigades islamiques» qu'ils financent, surtout par l'entremise des services de renseignement militaires du Pakistan, afin de déstabiliser les régimes de l'Asie centrale qui ne leur sont pas soumis, les maîtres états-uniens (Wall Street, complexe militaro-industriel, barons du pétrole) soutiendraient le terrorisme international (UCK au Kosovo, talibans jusqu'à l'an dernier, frange terroriste en Tchétchénie et Oussama ben Laden) que la CIA fréquenterait assidûment.
Chossudovsky prétend que ce sont ces mêmes services de renseignement militaires du Pakistan, une création américaine au fond, qui seraient derrière les attentats du 11 septembre, ce qui, ajoute-t-il, remettrait radicalement en cause la thèse voulant que ces attaques soient «la conséquence de "lacunes" des services de renseignement américains». En d'autres termes, laisse-t-il entendre à de multiples reprises à mots à peine couverts, les maîtres du monde américains savaient... et ils auraient laissé faire pour justifier la guerre de conquête subséquente.
La thèse, on le constate, est grosse et explosive. Que Washington, à l'heure de défendre ses intérêts économiques partout à travers le monde, n'ait pas de scrupules, cela commence à être assez connu des esprits lucides. Que les administrations américaines fassent affaire avec des têtes brûlées par pur opportunisme, cela n'est pas non plus contestable. À partir de là, deux conclusions sont possibles à propos du 11 septembre: le thèse du «revirement», qui soutient que ce que les Américains ont créé leur a explosé en pleine figure, et la thèse de Chossudovsky, qui soutient que «la thèse du revirement est de la pure fabrication. La CIA n'a jamais rompu ses liens avec le réseau islamique militant».
Alors quoi, revirement ou complot? Dans l'état actuel des connaissances, il est impossible de trancher. Le sens commun, l'humanité même qui habite les hommes de bonne volonté, voudrait que la thèse du revirement soit la bonne. Toutefois, le passé états-unien étant ce qu'il est, c'est-à-dire loin d'être blanc comme neige, et les renseignements recueillis par Chossudovsky (et d'autres) étant ce qu'ils sont, c'est-à-dire souvent accablants, peut-on refuser d'envisager la thèse du cynisme d'État le plus absolu? Pour ma part, j'en reste incapable, même si cette hypothèse me répugne et me convainc moins que l'autre. La gravité de l'enjeu, me semble-t-il, nous condamne à la plus grande prudence.
Chossudovsky, lui, n'a pas ces hésitations et en appelle à la mobilisation populaire antiaméricaine. Ses conclusions lui semblent évidentes, mais elles reposent sur une accumulations de renseignements disparates qui, même s'ils sont souvent «crédibles», ne mènent pas nécessairement, à mon avis, à sa sulfureuse thèse d'ensemble. Guerre et mondialisation, en tout cas, est un livre troublant.
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