Littérature québécoise - La vie et rien d'autre
Qu'est-ce qui rend une vie digne d'être partagée avec les lecteurs? Chaque expérience humaine est unique, et universelle par cette unicité; tout est dans la manière de raconter.
Geneviève Robitaille a déjà écrit deux récits ancrés dans l'autobiographie: Chez moi et Mes jours sont vos heures (publiés chez Triptyque, respectivement en 1999 et en 2001). Mince plaquette destinée à la collection «Ici l'ailleurs» (où les auteurs dévoilent les sources, la genèse de leur écriture), Éloge des petits riens n'est pas si différent des livres précédents.
Ce recueil impressionniste parle de son rapport à l'écriture, mais aussi de détails plus anecdotiques de sa vie, de ses petits plaisirs quotidiens. Elle y raconte la résurrection d'une ancienne amitié, des souvenirs volés à un temps où sa vie n'était pas balisée par une maladie dégénérative. Depuis que Geneviève Robitaille souffre d'arthrite rhumatoïde, son existence est un combat. L'ordinaire acquiert pour elle une allure extraordinaire: mettre un pas devant l'autre, lire et «voir les mots»...
Les petits riens, c'est parfois tout ce qui reste à la jeune quadragénaire, qui ne quitte guère son deux et demie de la Vieille Capitale. «Ma journée est une succession d'événements routiniers que j'anticipe avec une joie presque absurde.» Il y a ses deux chats, ses amis de l'univers théâtral (dont le dramaturge Serge Boucher), la télé, les livres audio. Autant de fenêtres ouvertes sur le monde et les histoires des autres. «Voler le monde est mon métier. [...] J'appréhende le monde par les mots de Van Gogh: "Trouve beau tout ce que tu peux."» Cette ancienne comédienne, pour qui le monde était une scène, accepte avec courage un rôle qui s'apparente désormais à celui de témoin. «C'est ce qu'il y a de plus beau en moi: ce que les autres voient.»
Puisque sa vie est si dépourvue d'événements, devrait-elle inventer? Mais là où les lecteurs pourraient ne voir que des fragments de vie véridiques, Geneviève Robitaille sait bien que l'écriture suppose un travail de transposition: «Il est inutile pour moi de chercher à écrire de la fiction, puisque je n'écris que cela. Je relis mes livres parfois, mes récits autobiographiques, et je suis à chaque fois surprise par mon imagination débridée.»
Amour de la vie
Aucun apitoiement sur soi dans ce récit, traversé au contraire par l'amour de la vie. «Ma volonté maniaque de ne plus succomber à la dépression et à l'anxiété généralisée me force à chérir l'ordinaire et à désamorcer le grave, ou du moins à accepter que je ne puisse pas le saisir. Je ne cherche plus à mener une vie exceptionnelle pour me distraire de ma maladie. Je refuse de me distinguer par ma sublimation. Je me plais à vivre, simplement. [...] mes élans créatifs bénéficient davantage de mon acharnement au bonheur et au pragmatisme que de mes souffrances.» D'où la grande angoisse qu'a ressentie Geneviève Robitaille devant l'histoire hautement médiatisée de Manon Brunelle, cette femme souffrant de sclérose en plaques qui a choisi le suicide assisté — une chronique d'une mort annoncée, vécue en Suisse sous l'oeil de la caméra.
En dépit de certaines expressions douteuses (ou même d'un néologisme: grandiosité), ce petit livre touche par la sincérité, la sensibilité de son plaidoyer pour la vie. Geneviève Robitaille s'est taillé une place à elle dans la littérature québécoise. Avec ses petits riens, elle parvient à donner du prix au quotidien.
Collaboratrice du Devoir
Geneviève Robitaille a déjà écrit deux récits ancrés dans l'autobiographie: Chez moi et Mes jours sont vos heures (publiés chez Triptyque, respectivement en 1999 et en 2001). Mince plaquette destinée à la collection «Ici l'ailleurs» (où les auteurs dévoilent les sources, la genèse de leur écriture), Éloge des petits riens n'est pas si différent des livres précédents.
Ce recueil impressionniste parle de son rapport à l'écriture, mais aussi de détails plus anecdotiques de sa vie, de ses petits plaisirs quotidiens. Elle y raconte la résurrection d'une ancienne amitié, des souvenirs volés à un temps où sa vie n'était pas balisée par une maladie dégénérative. Depuis que Geneviève Robitaille souffre d'arthrite rhumatoïde, son existence est un combat. L'ordinaire acquiert pour elle une allure extraordinaire: mettre un pas devant l'autre, lire et «voir les mots»...
Les petits riens, c'est parfois tout ce qui reste à la jeune quadragénaire, qui ne quitte guère son deux et demie de la Vieille Capitale. «Ma journée est une succession d'événements routiniers que j'anticipe avec une joie presque absurde.» Il y a ses deux chats, ses amis de l'univers théâtral (dont le dramaturge Serge Boucher), la télé, les livres audio. Autant de fenêtres ouvertes sur le monde et les histoires des autres. «Voler le monde est mon métier. [...] J'appréhende le monde par les mots de Van Gogh: "Trouve beau tout ce que tu peux."» Cette ancienne comédienne, pour qui le monde était une scène, accepte avec courage un rôle qui s'apparente désormais à celui de témoin. «C'est ce qu'il y a de plus beau en moi: ce que les autres voient.»
Puisque sa vie est si dépourvue d'événements, devrait-elle inventer? Mais là où les lecteurs pourraient ne voir que des fragments de vie véridiques, Geneviève Robitaille sait bien que l'écriture suppose un travail de transposition: «Il est inutile pour moi de chercher à écrire de la fiction, puisque je n'écris que cela. Je relis mes livres parfois, mes récits autobiographiques, et je suis à chaque fois surprise par mon imagination débridée.»
Amour de la vie
Aucun apitoiement sur soi dans ce récit, traversé au contraire par l'amour de la vie. «Ma volonté maniaque de ne plus succomber à la dépression et à l'anxiété généralisée me force à chérir l'ordinaire et à désamorcer le grave, ou du moins à accepter que je ne puisse pas le saisir. Je ne cherche plus à mener une vie exceptionnelle pour me distraire de ma maladie. Je refuse de me distinguer par ma sublimation. Je me plais à vivre, simplement. [...] mes élans créatifs bénéficient davantage de mon acharnement au bonheur et au pragmatisme que de mes souffrances.» D'où la grande angoisse qu'a ressentie Geneviève Robitaille devant l'histoire hautement médiatisée de Manon Brunelle, cette femme souffrant de sclérose en plaques qui a choisi le suicide assisté — une chronique d'une mort annoncée, vécue en Suisse sous l'oeil de la caméra.
En dépit de certaines expressions douteuses (ou même d'un néologisme: grandiosité), ce petit livre touche par la sincérité, la sensibilité de son plaidoyer pour la vie. Geneviève Robitaille s'est taillé une place à elle dans la littérature québécoise. Avec ses petits riens, elle parvient à donner du prix au quotidien.
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