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Foire du livre de Francfort - Les partenariats restent à inventer entre le livre et Internet

20 octobre 2005  Livres
Francfort, Allemagne — Le monde de l'édition, en particulier les petits acteurs du secteur, n'a guère su profiter de la déferlante Internet pour inventer d'autres formes d'accès au livre, ont estimé hier les professionnels réunis à la Foire du livre de Francfort.

«Les lecteurs se sont mis à Internet bien plus vite que les éditeurs», résume Marco Olavarria, du cabinet allemand de consultants Kirchner and Robrecht.

«La demande est énorme. Pourtant, tout le monde semble avoir laissé les ventes de livres en ligne à Amazon et aux autres poids lourds du secteur. Il n'y aucune stratégie créatrice car les éditeurs n'ont pas compris la nouvelle demande créée par ce nouveau marché», ajoute le consultant, qui animait à Francfort une table ronde sur les «nouvelles perspectives de l'édition».

Cette tendance, juge M. Olavarria, est particulièrement vraie pour les éditeurs de «belles lettres» (romans, nouvelles et recueils de poèmes).

«Ils ne jurent que par le livre parce que c'est la seule chose qu'ils connaissent. Même quand ils éditent des audiolivres, ils ne pensent qu'au CD, alors qu'ils pourraient les vendre en téléchargement sur Internet. Ça ne leur rapporterait pas de prix littéraire, mais ils gagneraient de l'argent.»

Pour Bernd Zipper, conseiller en technologie pour le cabinet Zipcon Consulting, le monde du livre, «particulièrement allergique aux nouvelles technologies», s'est «endormi» au moment de l'arrivée d'Internet. «Les petites librairies auraient pu imaginer de s'installer sur Internet avec l'aide des grands éditeurs. Tout le monde y aurait gagné», estime-t-il.

Ingo Eichel, responsable fabrication pour le grand éditeur allemand Springer, ne voit pas en revanche ce que les libraires ou les éditeurs auraient à gagner d'une plus large présence dans la vente en ligne. «Si l'internaute a le choix entre une multitude de vendeurs, il risque de ne pas s'y retrouver», estime-t-il.

Un morcellement qui n'aiderait pas forcément les petits éditeurs, déjà souvent confrontés à la difficulté d'exister face aux mastodontes du livre dans un marché mondial où paraissent 1,2 million de nouveautés chaque année.

Ainsi, les petites maisons d'édition «n'occupent qu'une petite place sur les étagères et ne sont référencées qu'à la page trois» lors d'une recherche sur Amazon, selon M. Olavarria.

Pour Marie-Catherine Vacher, de la «petite» maison d'édition française Actes Sud, le problème de ces éditeurs de moindre envergure n'est pas tant leur présence sur Internet que le «snobisme» avec lequel les considèrent leurs concurrents les plus connus.

«Les critiques nous boudent parce que nous nous sommes fait un nom en traduisant des auteurs étrangers et, de ce fait, nous devons encore prouver que nous pouvons aussi éditer les grands auteurs français», explique-t-elle.

Reste qu'Internet offre des occasions nouvelles aux écrivains en mal d'éditeurs. Avec le développement des techniques d'impression numériques, les auteurs peuvent désormais, au moyen d'Internet, envoyer leurs manuscrits à des imprimeurs en ligne. Pour une somme variant de quelques centaines à quelques milliers d'euros, selon le nombre d'exemplaires commandés, ils recevront chez eux par la poste, en quelques jours, des livres parfaitement reliés, à l'aspect très «professionnel».
 
 
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