Littérature québécoise - Soude caustique pour l'âme
Photo : Jacques Grenier
Suzanne Myre
On a eu tôt fait, depuis ses débuts, de pointer le ton et le style de Suzanne Myre: propos mordants, humour ravageur, cynisme corrosif, écriture imagée et méchanceté à la clé. J'ai de mauvaises nouvelles pour vous, en 2001, l'avait discrètement révélée. Nouvelles d'autres mères (2003), puis Humains aigres-doux, paru l'an dernier, sont venus confirmer une voix et un regard.
C'est donc sans surprise que l'on retrouve, dans les six nouvelles de son quatrième recueil, intitulé Le Peignoir, la même narratrice acariâtre, portant bas sa trentaine désabusée et qui se balance encore une fois en équilibre fragile sur la mince ligne de ses névroses.
Comme dans le récit drôle et amer d'une rencontre avec Bobino dans un centre commercial de Montréal-Nord (Nom d'une Bobinette!). Bien des années plus tard, apprenant que le comédien qui avait incarné l'idole de son enfance souffrait de dédoublement de personnalité: «Je l'imaginais, triste et seul dans sa cellule, coiffé de son chapeau melon défraîchi, espérant le jet d'une poire à eau qui ne viendrait jamais.»
Dans la nouvelle intitulée Le Peignoir — la plus longue du recueil, qui s'étire un peu poussivement sur près de 80 pages —, un couple s'offre un week-end d'évasion et de détente dans un spa au-dessus de leurs moyens. Peintre en manque d'inspiration et kleptomane en rémission, la narratrice y fait la rencontre d'un ancien prof de cégep (et de sa jeune compagne) pour lequel elle avait le béguin.
Ailleurs, «l'alter ego de l'auteure» se retrouve seule dans un chalet à la campagne et voit son besoin de solitude et de silence saboté par des désagréments imprévus (Le moustique erre); une femme se déchire un tendon sur un appareil d'exercice et en profite, en arrêt de travail, pour s'incruster chez son copain du moment (Tendres tendons); une massothérapeute, prolixe en conseils de santé pour ses patients, rééquilibrage des chakras et désintoxication par le lait de soya, se réserve la télévision à écran géant et les Froot-Loops (La Massothérapeute). Petites catastrophes du quotidien, traque sans merci de l'envers des apparences: le regard de l'auteure possède toujours autant d'acuité, mais il s'embarrasse cette fois nettement moins d'émotion.
La délicatesse de l'humour
Ronchonneuse, acide, caustique, toujours à la limite de la hargne, sempiternellement insatisfaite de sa relation amoureuse de l'instant, la narratrice de Suzanne Myre critique phrase après phrase tout ce qui retient son attention. La Terre au complet lui en veut et tout le monde conspire pour lui rendre la vie impossible. Mais l'humour est un genre délicat, qui commande de doser ses effets. Ne serait-ce que pour laisser le lecteur reprendre son souffle avant de lui en remettre une tasse...
Le hic, au-delà de leur aigreur parfois indigeste, est que ces nouvelles donnent l'impression d'avoir déjà été lues ailleurs. Dans un autre recueil de Suzanne Myre? Par exemple. Un cru moyen, en somme, qui sent un peu la précipitation ou l'essoufflement, et qui risquera sans doute de décevoir jusqu'aux aficionados de l'auteure.
Collaborateur du Devoir
C'est donc sans surprise que l'on retrouve, dans les six nouvelles de son quatrième recueil, intitulé Le Peignoir, la même narratrice acariâtre, portant bas sa trentaine désabusée et qui se balance encore une fois en équilibre fragile sur la mince ligne de ses névroses.
Comme dans le récit drôle et amer d'une rencontre avec Bobino dans un centre commercial de Montréal-Nord (Nom d'une Bobinette!). Bien des années plus tard, apprenant que le comédien qui avait incarné l'idole de son enfance souffrait de dédoublement de personnalité: «Je l'imaginais, triste et seul dans sa cellule, coiffé de son chapeau melon défraîchi, espérant le jet d'une poire à eau qui ne viendrait jamais.»
Dans la nouvelle intitulée Le Peignoir — la plus longue du recueil, qui s'étire un peu poussivement sur près de 80 pages —, un couple s'offre un week-end d'évasion et de détente dans un spa au-dessus de leurs moyens. Peintre en manque d'inspiration et kleptomane en rémission, la narratrice y fait la rencontre d'un ancien prof de cégep (et de sa jeune compagne) pour lequel elle avait le béguin.
Ailleurs, «l'alter ego de l'auteure» se retrouve seule dans un chalet à la campagne et voit son besoin de solitude et de silence saboté par des désagréments imprévus (Le moustique erre); une femme se déchire un tendon sur un appareil d'exercice et en profite, en arrêt de travail, pour s'incruster chez son copain du moment (Tendres tendons); une massothérapeute, prolixe en conseils de santé pour ses patients, rééquilibrage des chakras et désintoxication par le lait de soya, se réserve la télévision à écran géant et les Froot-Loops (La Massothérapeute). Petites catastrophes du quotidien, traque sans merci de l'envers des apparences: le regard de l'auteure possède toujours autant d'acuité, mais il s'embarrasse cette fois nettement moins d'émotion.
La délicatesse de l'humour
Ronchonneuse, acide, caustique, toujours à la limite de la hargne, sempiternellement insatisfaite de sa relation amoureuse de l'instant, la narratrice de Suzanne Myre critique phrase après phrase tout ce qui retient son attention. La Terre au complet lui en veut et tout le monde conspire pour lui rendre la vie impossible. Mais l'humour est un genre délicat, qui commande de doser ses effets. Ne serait-ce que pour laisser le lecteur reprendre son souffle avant de lui en remettre une tasse...
Le hic, au-delà de leur aigreur parfois indigeste, est que ces nouvelles donnent l'impression d'avoir déjà été lues ailleurs. Dans un autre recueil de Suzanne Myre? Par exemple. Un cru moyen, en somme, qui sent un peu la précipitation ou l'essoufflement, et qui risquera sans doute de décevoir jusqu'aux aficionados de l'auteure.
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