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Les Français pris de complexes face aux Québécois?

Fabien Deglise   14 juillet 2005  Livres
Derrière les sourires, un président Jacques Chirac discrédité dont la popularité est au plus bas.
Photo : Agence Reuters
Derrière les sourires, un président Jacques Chirac discrédité dont la popularité est au plus bas.
Les Français seraient-ils en train de développer des complexes devant les Québécois? Oui, répond sans ambages dans son vrai-faux journal Oscar Dufresne, écrivain fictif sorti de l'imagination du romancier français Frédéric Beigbeder. «Le Québec, écrit-il à la page 109 de L'Égoïste romantique (Grasset) au terme d'un séjour prolongé à Montréal, c'est la France dans dix ans. Même l'accent comique des autochtones [les Québécois] s'oublie très vite, et le paternalisme du Parisien arrogant se mue en complexe d'infériorité.» Rien de moins.
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  • Serge-André Guay
    Inscrit
    vendredi 15 juillet 2005 23h43
    Arrogance pour arrogance
    « Le livre en référence (L'égoïste romantique) fut publié au printemps dernier suivi immédiatement des opinions des chroniqueurs littéraires, la plupart très peu flatteuses, tant en France (ex.: lien 1, lien 2) qu'au Québec (ex.: lien 1). Tout compte fait, le livre a suscité la polémique lors de la rentrée littéraire du printemps dernier. Le quotidien Le Devoir remet ça en pleine fête nationale des Français. Même si le titre se pose en question («Les Français pris de complexes face aux Québécois?»), l'affirmative ne fait pas de doute sur les intentions provocatrices du quotidien. La majorité des sources citées y répondent par la positive sous différents angles (la journaliste française Valérie Lion de l'hebdo L'Express et auteure de Irrésistibles Québécois, l'éditeur québécois Hervé Foulon, propriétaire de la Librairie du Québec à Paris, la réalisatrice française Laurence Serfaty et l'historien québécois Yvan Lamonde). En fait, le journaliste donne écho à une seule voie discordante, celle d'un Québécois travaillant à Paris qui doute d'un tel complexe d'infériorité: «L'ego du Parisien et l'orgueil français sont bien trop forts pour ça». Bref, sous un angle ou l'autre, le texte est nettement défavorable aux Français, tout à fait partial. Et sa publication à la une lors de la fête nationale des Français n'a rien d'objectif.

    L'actualité québécoise fait état de la morosité des Français depuis le non à la constitution européenne. Et la presse québécoise ne cesse d'en remettre depuis la perte des jeux olympiques. Elle ne se limite plus à dire que «la France a connu de meilleurs jours»; elle donne ni plus ni moins l'impression que la France est en déroute complète.

    L'insistance cache mal la vengeance. Mal perçu par la France pendant plusieurs années, le Québec prend sa revanche. On oublie que cette perception erronée du Québec par la France était uniquement le fruit d'un manque d'information dont le Québec est le seul responsable. Les campagnes d'information portent aujourd'hui des fruits qui discréditent toutes autres explications des mauvaises perceptions, y compris l'ego parisien et tout sentiment de supériorité de la France face au Québec. Il suffisait tout simplement de bien informer les Français au sujet du Québec pour faire tomber les préjugés. «Vous n'aviez qu'à mieux nous informer» devraient répondre en coeur les Français à nos journalistes.

    La compassion québécoise face au sort de la France n'est pas au rendez-vous. On peut se demander quelle aurait été notre réaction si la presse française avait fait ses choux gras des deux défaites référendaires des indépendantistes québécois, de la vente de l'équipe de Hockey professionnelle de la capitale aux américains, de la perte des jeux olympiques d'hiver par la ville de Québec, du départ de l'équipe de baseball de Montréal pour les USA, de nos gens qui meurent sur les listes d'attente des services de santé, de notre taux d'échecs et d'abandons scolaires,...

    En réalité, les Français ont bien peu de choses à envier aux Québécois. Mais dès qu'ils repèrent un avantage, eux, ils s'empressent de venir voir ce qui se passe. Ce n'est pas notre cas. Faut-il encore que je rappelle à tous que notre fondation est le seul et unique éditeur libraire en ligne au Québec alors que la France en compte plus d'une trentaine. Dois-je souligner une fois de plus l'absence d'aide à l'édition en ligne au Québec et au Canada alors que le gouvernement français s'est vite mis à la page en ce domaine, tout comme le Conseil de l'Europe. Il suffit de fouiller juste un peu pour trouver moult exemples similaires où les Français nous devancent de très loin, non pas en raison d'une expertise spécifique, mais plutôt parce qu'ils demeurent ouverts aux idées des autres; l'édition en ligne vient des américains et ils ont su la récupérer à leur avantage. Vous croyez que les Français sont égocentriques, imbus d'eux-mêmes,... En plusieurs cas, je le serais si j'étais à leur place.

    Non, vraiment, la France a bien peu de choses à envier au Québec. Le coût de la vie est moins élevé. Ce n'est pas rien mais entre payer moins cher les biens de consommation, les habitations,... et payer l'université, que choisir. En France, l'université est gratuite ! Il y a là de quoi s'interroger sur les choix de société des Québécois.

    Évidemment, il faudrait une encyclopédie pour lister et analyser toute les différences en la France et le Québec. Mais là n'est pas le propos. Il faut plutôt s'arrêter à la critique elle-même, au message qu'elle transmet par elle-même, comme dirait McLuhan. Rapporter que les Français nous envient est une chose, le faire par vengeance face à des préjugés en est une autre. Et si arrogance il y a, on ne la combat certainement pas avec l'arrogance. Cogner sur la tête des Français à chaque faux pas ne nous avance à rien.

    En fait, ces faux pas ne sont pas ceux du peuple Français mais de leurs dirigeants. De part sa réaction, le peuple français est en voie de nous apprendre quelque chose de très important, quelque chose que nous aurions du savoir lors de la Révolution Tranquille : il ne faut jamais jeter le bébé avec l'eau du bain. Le Non à la constitution européenne est un bouchon qui empêche l'écoulement aux égouts des valeurs fondamentales de leur république : Liberté, Égalité, Fraternité. «Oui à la révolution européenne mais pas sans nos valeurs de base» ont dit les Français. Est-ce là la prudence dont les Québécois ont fait preuve lors de la Révolution Tranquille? On peut en douter sérieusement compte tenu de la crise de valeurs qui sévit depuis. Je doute même que les Québécois aient identifié les valeurs à conserver au moment de se livrer à cette révolution tranquille. On a tout balancer par-dessus bord. C'est exactement ce que les Français ne veulent pas faire au cours de la révolution européenne. En aurons-nous souvenir lors de la prochaine révolution qui marquera le Québec ? Ou serons-nous aveuglés d'arrogance par les envies que nous suscitons ?

    Si j'en juge par la vitesse avec laquelle l'un de nos auteurs a alerté ses contacts de la publication de cet article, et plus spécialement de la fin du texte, nous en passe de devenir bornés. Le journaliste fait référence au passage du livre présentant la langue parlée au Québec comme le «français du troisième millénaire», un «argot futuriste». Or, je me bats depuis des mois avec cet auteur de la fondation afin qu'il m'écrive dans un français que je puisse comprendre; son argot m'est incompréhensible. La dernière fois, prétendant écrire dans la langue des jeunes, le français vivant, le français d'aujourd'hui et demain, il m'a conseillé de demander à mon fils de 17 ans de me lire son courriel si je ne comprenais pas par moi-même. Or, mon fils n'y a absolument rien compris, malgré son jeune âge doublé de son habitude du clavardage. Mais rien m'empêche cet auteur de pratiquer cet argot populaire et l'article du journal le devoir n'a rien pour l'en décourager. Et dire que le journaliste, avec un «pourquoi pas» désinvolte, souhaite que les Français utilisent cet argot comme porte d'entrée dans une espèce d'américanité à la québécoise et ainsi adopter «une manière très américaine de faire les choses tout en gardant des attitudes européennes et françaises». Est-ce dire que le meilleur modèle de base pour les Français est québécois : un met américain assaisonné à la québécoise, mijoté à la française et mariné à l'européenne. Ça, c'est de l'arrogance, toute québécoise. Même les Français les plus arrogants ne s'affichent pas avec autant d'arrogance.

    Après tout, c'est peut-être notre arrogance qui donne des complexes au Français ? »

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