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Roman québécois - L'art secret de l'ennui

Christian Desmeules   4 juin 2005  Livres
Un homme débarque un jour à Montréal, à la recherche d'une jeune pianiste québécoise qu'il a connue à Paris six ans plus tôt. Ils se sont peut-être aimés, peut-être pas, nous ne le saurons vraiment jamais.

Émilien Charles est poète (mais il faudra toutefois attendre la page 97 pour l'apprendre). «Parisien typique, nerveux, expéditif, patibulaire, un peu arrogant», on ne sait rien de lui sinon que depuis toujours il est miné par l'indécision. Pourquoi Montréal? «Montréal est une ville de vivants [...], une ville sans mémoire, une ville d'amnésiques comme lui, une ville du présent et de l'avenir... »

Quant à Julie Tremblay, d'origines modestes et campagnardes, pour arriver à Paris (où ils se sont rencontrés) il lui aura fallu «lutter contre son ignorance, sortir de l'abîme, du tunnel qu'avait été son enfance à Coaticook.» Vaguement obsédée par sa propre image, elle est attirée par les miroirs — dont le motif semble plaqué sur la trame du roman.

Romancier (Le Conservatoire, La Déchirure, Les Onze Fils), nouvelliste et essayiste (Le Paradoxe de l'écrivain: le savoir et l'écriture), Claude Vaillancourt enseigne la littérature au collégial. Il est aussi musicien. Les chapitres de Réversibilité, son quatrième roman à ce jour, alternent entre les époques et les protagonistes. L'arrivée d'Émilien à Montréal, d'abord, ses efforts pour retrouver la trace de la jeune pianiste, puis sa liaison avec une «fausse» Julie Tremblay, homonyme rencontrée par hasard en écumant le bottin téléphonique. De l'autre côté, sept ans plus tôt, le roman nous raconte l'installation de Julie Tremblay à Paris pour y étudier le piano avec un professeur renommé, son apprentissage de la liberté et sa rencontre avec Émilien.

L'auteur s'attarde sur leur biographie, leurs fissures intérieures, sans que cela vienne éclairer le présent du roman: un homme à la recherche d'une femme. Leurs motivations (amoureuses ou artistiques) demeurent floues, abstraites, mal incarnées. Un badigeon de culture musicale — qui connaît Charles-Valentin Alcan (sic), en effet? —, deux ou trois pincées de psychologie des profondeurs (une soeur junkie, un père inconnu), un questionnement léger sur l'identité, enrobé de réflexions un peu verbeuses et sans rien d'original sur Montréal et sur Paris: l'art secret de l'ennui enfin révélé.

Au bout du roman, on découvre qu'il n'a existé vraiment ni couple, ni amour. Lorsque l'homme la retrouve, à la toute fin du roman, Julie a abandonné définitivement le piano (sans que l'on comprenne vraiment pourquoi), elle habite la banlieue de Montréal et est enceinte de trois mois. Voilà. Rien à faire, surtout rien à tenter. Nos vies ne sont pas «réversibles», nous dit ce roman à la construction peu maîtrisée. Un récit surtout sans surprises, accompagné d'une sorte de lourdeur sans drame, sans éclat et sans vie.

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