Document - En direct d'Auschwitz
Indéniablement, l'Holocauste n'a pas fini de faire couler de l'encre. Une pléthore de films, surtout européens, explorent chaque année ce sujet, de même que des livres, des séries télévisées et des pièces de théâtre. Or, même si la qualité artistique varie d'une production à l'autre, le public est toujours aussi bouleversé par ce qu'on lui montre. Dans le cas du récit du journaliste allemand Thilo Thielke, c'est exactement ce qui se produit. Le lecteur se voit raconter une nouvelle fois les sévices imposés aux juifs et aux partisans de la résistance dans les camps de concentration et arrive à peine à croire à tant d'inhumanité, de cruauté. Le propos d'Un amour à Auschwitz est donc très émouvant, d'autant qu'il repose sur une histoire vraie; cependant la qualité littéraire de l'oeuvre laisse à désirer.
D'entrée de jeu, il convient de mentionner qu'Un amour à Auschwitz est écrit bien davantage comme un reportage qu'à la manière d'un roman. L'auteur, qui s'est entretenu avec les deux protagonistes de cet amour interdit ainsi qu'avec plusieurs autres survivants, les cite au fil du récit. Celui-ci est bien documenté, le journaliste ayant mené une enquête approfondie avant de se mettre à la rédaction de son ouvrage, et il est même illustré de quelques photos, mais sa forme s'avère plutôt frustre. Aucun effort de style, aucune image, aucune invitation à la réflexion, que des phrases, plus ou moins bien ficelées, rendant compte de faits. Et la traduction n'a sans doute pas aidé le texte à gagner en beauté.
Compte tenu de cette lacune formelle, tout l'intérêt du livre repose sur l'histoire qu'il raconte. Cette histoire est celle du jeune étudiant polonais, Jerzy Bielecki, arrêté par les SS alors qu'il tentait de joindre l'armée polonaise de la résistance, établie au-delà de la frontière hongroise. Il fut du premier convoi des prisonniers envoyés à Auschwitz. Il y vécut d'abord une succession ininterrompue d'humiliations, de sévices et de tortures. Puis, les années passèrent et, malgré les expérimentations du docteur Entress qui lui inocula le typhus et le contraignit à une sous-alimentation, Bielecki arrive à survivre, se voyant confier des tâches moins exténuantes que les autres (du travail de bureau, par exemple), réservées aux prisonniers politiques et souvent attribuées aux plus anciens d'entre eux.
C'est au cours de sa dernière affectation, alors qu'il dirige l'équipe de l'entrepôt à grains, qu'il rencontre Cyla Cybulska, une des rares juives à qui leur beauté et leur santé valurent d'échapper à l'extermination immédiate. Avec neuf autres prisonnières à l'étoile jaune, celle-ci recoud les sacs employés pour le transport des grains cultivés dans le camp. Si la grâce de Cyla l'a jusque-là exemptée de la mort, Jerzy, qui s'en est épris au premier regard, sait bien que les jours de cette femme sont comptés. C'est pourquoi, en 1944 — pour sa part, il est désormais à peu près convaincu de survivre à Auschwitz —, il concocte un plan d'évasion.
Hélas, les deux évadés, s'ils arrivent à s'enfuir et à survivre à leur fuite, seront peu après séparés. Ils se retrouveront 39 ans plus tard. Il est marié et père de trois enfants, elle est veuve et propriétaire d'une bijouterie à Brooklyn. Deux destins, où la réalité dépasse la fiction, se sont croisés et recroisés quatre décennies plus tard; l'histoire vaut certes d'être racontée. On la lira pour son indéniable intérêt, pour en apprendre davantage sur les camps de concentration et sur les horreurs qu'on a fait subir à des êtres humains, sur les forfaits perpétrés au même moment par l'armée russe, censée sauver la Pologne du joug nazi, mais il ne faut pas s'attendre pour autant à un grand morceau de littérature.
***
UN AMOUR À AUSCHWITZ
Thilo Thielke
traduit par Nicole Barry
Libre Expression
Montréal, 2002, 232 pages
D'entrée de jeu, il convient de mentionner qu'Un amour à Auschwitz est écrit bien davantage comme un reportage qu'à la manière d'un roman. L'auteur, qui s'est entretenu avec les deux protagonistes de cet amour interdit ainsi qu'avec plusieurs autres survivants, les cite au fil du récit. Celui-ci est bien documenté, le journaliste ayant mené une enquête approfondie avant de se mettre à la rédaction de son ouvrage, et il est même illustré de quelques photos, mais sa forme s'avère plutôt frustre. Aucun effort de style, aucune image, aucune invitation à la réflexion, que des phrases, plus ou moins bien ficelées, rendant compte de faits. Et la traduction n'a sans doute pas aidé le texte à gagner en beauté.
Compte tenu de cette lacune formelle, tout l'intérêt du livre repose sur l'histoire qu'il raconte. Cette histoire est celle du jeune étudiant polonais, Jerzy Bielecki, arrêté par les SS alors qu'il tentait de joindre l'armée polonaise de la résistance, établie au-delà de la frontière hongroise. Il fut du premier convoi des prisonniers envoyés à Auschwitz. Il y vécut d'abord une succession ininterrompue d'humiliations, de sévices et de tortures. Puis, les années passèrent et, malgré les expérimentations du docteur Entress qui lui inocula le typhus et le contraignit à une sous-alimentation, Bielecki arrive à survivre, se voyant confier des tâches moins exténuantes que les autres (du travail de bureau, par exemple), réservées aux prisonniers politiques et souvent attribuées aux plus anciens d'entre eux.
C'est au cours de sa dernière affectation, alors qu'il dirige l'équipe de l'entrepôt à grains, qu'il rencontre Cyla Cybulska, une des rares juives à qui leur beauté et leur santé valurent d'échapper à l'extermination immédiate. Avec neuf autres prisonnières à l'étoile jaune, celle-ci recoud les sacs employés pour le transport des grains cultivés dans le camp. Si la grâce de Cyla l'a jusque-là exemptée de la mort, Jerzy, qui s'en est épris au premier regard, sait bien que les jours de cette femme sont comptés. C'est pourquoi, en 1944 — pour sa part, il est désormais à peu près convaincu de survivre à Auschwitz —, il concocte un plan d'évasion.
Hélas, les deux évadés, s'ils arrivent à s'enfuir et à survivre à leur fuite, seront peu après séparés. Ils se retrouveront 39 ans plus tard. Il est marié et père de trois enfants, elle est veuve et propriétaire d'une bijouterie à Brooklyn. Deux destins, où la réalité dépasse la fiction, se sont croisés et recroisés quatre décennies plus tard; l'histoire vaut certes d'être racontée. On la lira pour son indéniable intérêt, pour en apprendre davantage sur les camps de concentration et sur les horreurs qu'on a fait subir à des êtres humains, sur les forfaits perpétrés au même moment par l'armée russe, censée sauver la Pologne du joug nazi, mais il ne faut pas s'attendre pour autant à un grand morceau de littérature.
***
UN AMOUR À AUSCHWITZ
Thilo Thielke
traduit par Nicole Barry
Libre Expression
Montréal, 2002, 232 pages
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

