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Petite histoire d'une Grande Bibliothèque

Caroline Montpetit   23 avril 2005  Livres
Pour Lise Bissonnette, c’est le lendemain que viendra le véritable test, le jour où le grand public en franchira les portes et jugera, par sa présence, de la pertinence du projet.
Photo : Jacques Grenier
Pour Lise Bissonnette, c’est le lendemain que viendra le véritable test, le jour où le grand public en franchira les portes et jugera, par sa présence, de la pertinence du projet.
C'était il y a neuf ans. Lise Bissonnette, alors directrice du Devoir, était en quête d'un sujet pour sa chronique culturelle. En France, on s'activait autour de l'ouverture de la TGBF (Très Grande Bibliothèque de France). Dans la voiture qui les menait au travail, le conjoint de Mme Bissonnette, Godefroy Cardinal, suggéra que le Québec était mûr pour un projet du même genre.

Le 10 février 1996, donc, la chronique de Lise Bissonnette reprochait aux péquistes de n'avoir créé aucun «grand chantier à ouvrir à l'admiration des jeunes générations». Elle disait rêver d'«un projet parfait sur un site parfait», qui fusionnerait la Bibliothèque nationale, la Bibliothèque centrale de Montréal, les Archives nationales et même «nos quatre bibliothèques universitaires». Séduit, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard adopta l'idée.

Voilà parfois où mène la plume. Le 29 avril prochain, et l'érection d'un édifice plus tard, la présidente-directrice générale de la toute nouvelle bibliothèque inaugurera l'institution, en grande pompe, devant 800 invités. Mais pour Lise Bissonnette, c'est le lendemain que viendra le véritable test, le jour où le grand public en franchira les portes et jugera, par sa présence, de la pertinence du projet.

«C'est un moment de très grand contentement, il n'y a pas de doute», dit-elle au sujet de cette ouverture, ajoutant que les artisans de ce grand chantier sont contents du travail accompli.

La construction de ce monumental édifice, de ses équipements et de ses collections, au coût total de 176,6 millions de dollars, n'a pas été sans embûches, et le bébé arrive avec plus d'un an de retard. Pour Mme Bissonnette, c'est l'indifférence et le scepticisme du milieu culturel qui a été la plus grande difficulté dans la poursuite de son idéal. On lui reprochait ses dépenses en béton et ses vues centralisatrices, alors que les petites bibliothèques, à Montréal et en région, manquent de livres.

Aujourd'hui, elle se réjouit, lors des tournées qu'elle effectue en région, de trouver des interlocuteurs moins critiques. Il faut dire que le développement fulgurant d'Internet, au cours des dernières années, a joué en sa faveur, reconnaît-elle. Non seulement la Bibliothèque nationale a-t-elle entrepris de numériser trois millions de pages de journaux, mais sa directrice croit qu'il n'est pas impensable de numériser l'ensemble du corpus des oeuvres québécoises libres de droit au cours des prochaines années. Déjà, ajoute fièrement Mme Bissonnette, on peut trouver La Vie en rose ou Le Petit Journal sur le portail Internet de la BNQ.

En fait, un vaste processus de numérisation des collections est déjà en cours dans l'ensemble du monde anglophone, notamment à travers le portail Google. À ce chapitre, le monde francophone affiche un certain retard, qui sera long à combler étant donné l'importance des collections françaises. Au Québec, précise cependant Mme Bissonnette, la tâche est de moindre envergure. On n'y a en effet publié que 260 000 livres depuis la Conquête, et l'imprimerie d'ici n'a vraiment pris son essor qu'avec la dernière grande guerre. Quatre-vingt-dix pour cent de l'ensemble des titres publiés ici sont d'ailleurs conservés à la BNQ, précise Patrice Juneau.

Rue Berri, les six étages de la Grande Bibliothèque n'attendent donc plus que de recevoir leur monde. Au rez-de-chaussée, les nouveautés, de Patricia Cornwell à Alexandra David-Néel, sont déjà installées sur les rayons, aux côtés des cent journaux (on y trouve par exemple le Times of India, El Tiempo, de Bogotá, ou encore O Estado de S. Paulo), et des 1600 revues qui y sont disponibles gratuitement.

La majorité des documents de la nouvelle bibliothèque sont accessibles à la vue de tous, ce qui fait une très grande différence avec l'organisation des bibliothèques passées, remarque Patrice Juneau, responsable des relations publiques de la BNQ. À la Bibliothèque centrale, les documents étaient souvent commandés par navette, quand les bibliothécaires avaient la présence d'esprit de se souvenir de leur existence, et à l'ancienne Bibliothèque nationale, la collection patrimoniale était aussi disponible sur demande.

Ici, désormais, pas de problème d'espace. Au premier étage, les lattes de bouleau jaune abritent toute la Collection nationale. Quelques livres rares et précieux y sont préservés, mais la plupart de ceux-ci se trouvent au centre de conservation de la rue Holt, où ils profitent de conditions de conservation idéales. Au deuxième, l'espace consacré aux collections thématiques Sciences et technologies et Économie et affaires est celui qui compte le plus de postes informatiques. Au même étage, un Carrefour affaires offrira un service de recherche spécialisé pour les entreprises, les PME ou les travailleurs autonomes. Ce sera le seul comptoir payant de la bibliothèque.

L'étage des sciences humaines, au troisième étage, sera sans doute le plus achalandé de la bibliothèque, selon Patrice Juneau. C'est là qu'est la collection Saint-Sulpice, originellement constituée par les Sulpiciens en 1844. Au 4e se trouvent les 50 000 disques qui faisaient partie de la collection de la phonothèque, auxquels se sont ajoutés 35 000 nouvelles acquisitions. On y trouve aussi 16 000 films et 5000 partitions musicales. Des postes d'écoute sont à la disposition des usagers. Au sous-sol enfin, l'espace jeune regroupe 70 000 documents, un petit auditorium et un espace pour trois expositions. C'est vraisemblablement l'endroit où on retrouvera le plus d'activités organisées, c'est-à-dire des lectures de contes, des pièces de théâtre, etc.

Le portail Internet de la BNQ donne également accès à des bases de données qui sont, elles aussi, majoritairement conçues par des anglophones. Ce qui fait que, quand on consulte une base de données sur la Révolution française de 1789, par exemple, la plupart des références sont en anglais, déplore Lise Bissonnette.

Elle en sait quelque chose, elle qui s'intéresse à la littérature française, qui a comme idole George Sand et qui poursuit une thèse de doctorat sur le fils de celle-ci, Maurice. Cela fait partie, avec la poursuite de son oeuvre de fiction, des nombreux projets qu'elle a en cours, avec, bien sûr, la fusion des Archives nationales, la prochaine tâche sur l'échéancier de la BNQ. L'oeuvre de Lise Bissonnette sera alors complétée, et la Grande Bibliothèque du Québec, là pour de bon. Au public maintenant de se l'approprier.






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  • FARID KODSI
    Inscrit
    dimanche 24 avril 2005 20h11
    La Grande bibliothèque du Québec - nécessité ou gaspillage des fonds publics
    « Une autre initiative insensée du gouvernement précédent, lequel recherchait la gloire et la visibilité de la culture québécoise dans le béton, les sculptures et les monuments historiques plutôt que dans les belles et modestes créations des futurs jeunes artistes et scientifiques québécois, mais malheureusement les anciens chefs séparatistes, en l'occurrence le grand chef Landry-bec et la grande dame du Devoir, la journaliste Bissonnette ont toujours voulu se péter les bretelles à coup de millions de dollars en annonçant le dévoilement de grands événements historiques à saveur patriotique au détriment de grandes oeuvres éducatives et culturelles réalisées au sein même de notre système d'éducation et de nos entreprises culturelles.

    Il ne suffit pas d'être pompeux pour promouvoir la culture; il faut, au contraire, savoir reconnaître et récompenser nos génies en herbe quitte à recueillir les fruits d'une telle richesse après un mandat politique de 5 ans, lequel est souvent centré sur une partisanerie abjecte de certains politiciens indépendantistes comme Landry-bec.

    Ces vieux babyboomers du Parti québécois auraient mieux fait d'aménager de bonnes petites bibliothèques utiles pour le simple citoyen qui les fréquentent de façon régulière que de miser de gros sous sur une seule Grande bibliothèque qui sera probablement fréquentée par quelques soi-disant érudits qui sont de passage quelques fois par année emportant gratuitement sous leur bras les dernières parutions de la si belle et si Grande bibliothèque du Québec.

    La pompe des solennités est le propre des riches bourgeois du Québec, lesquels défendent les pauvres, les démunis, les sans-abri au nom de la solidarité sociale de syndicalistes bien rémunérés et assurés d'un poste permanent. Comment peut-on faire confiance à une telle gang? »

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