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Roman québécois - L'hiver au coeur

Christian Desmeules   5 février 2005  Livres
Il était plus vieux que son père et elle avait l'impression qu'il venait d'ailleurs. Ils ont noué une brève et chaste relation, tout au plus quelques mois d'hiver à jouer au chat et à la souris. «C'était de l'amitié, et c'était peut-être autre chose», avouera la jeune narratrice de ce premier roman de Stéfani Meunier.

Elle est réceptionniste dans un hôtel, semble absente de sa propre vie et s'avoue «incapable d'aimer un être humain». Elle habite seule une petite maison au fond des bois, dans les Laurentides, près d'un lac où elle s'est créé des racines. Loin de «la grosse ville sale qui pue» et plus loin encore de son enfance sans histoire entre un père français et une mère abitibienne. Son premier amour est une voix de chanteuse entendue lorsqu'elle avait six ans aux Beaux Dimanches — le roman est dédié à Monique Leyrac.

Lui (le «vieil artiste») est un auteur-compositeur-interprète à la voix envoûtante qui a connu ses heures de gloire. Il s'intéresse à la jeune femme le temps d'un dernier tour de piste. Ils ont peu de choses à se dire: quelques souvenirs d'amour et de mort autour d'un alcool fort, comme une sorte de solitude accompagnée, une manière comme une autre de glisser dans le temps et dans l'oubli. «Le temps, ça n'existe pas. Le temps est une invention de l'homme. Le temps n'existe pas, et toutes les choses qui n'existent pas nous font peur.» Comme l'amour? Comme la mort?

«J'aurais voulu chanter, dira-t-elle. Je crois bien que c'est la seule chose que j'aurais vraiment aimé faire de ma vie. Que le reste ne sert à rien. Parfois encore je vois tout ce que je fais, tout ce que je pourrais faire comme une punition.» Et pour elle, écouter de la musique en compagnie de quelqu'un est une chose plus intime que de se déshabiller.

Variation plutôt dépouillée sur le thème du «vieil homme et l'amère», L'Étrangère distille un mal de vivre informe et sans repères — la narratrice ne comprend pas d'où elle vient et ne sait pas où elle va. L'écriture mesurée, presque «absente» elle aussi, semble avancer à tâtons en accumulant les actions modérées, les récits de rêves et les souvenirs ternes. Une histoire conventionnelle et peu prenante, racontée au moyen d'une prose essoufflée qui sécrète une étrangeté artificielle: les personnages y sont rarement nommés (le vieil artiste, la chanteuse), les lieux peu définis et la chronologie incertaine.

Stéfani Meunier, dont le prénom d'artiste, faisait remarquer quelqu'un, est passé à la moulinette de la «nouvelle orthographe», avait fait paraître il y a quelques années un recueil de nouvelles traversé par la même errance existentielle. Au bout du chemin (Le Boréal, 1999) explorait lui aussi, quoique avec un peu plus de force, la solitude, les déceptions amoureuses et les paysages des Laurentides. Mais le style sobre qui illuminait certaines de ses nouvelles n'arrive pas à donner vie à ce roman.

Au final, il faut le reconnaître, rien de moins émouvant que cet «aquoibonisme» sans musique, que ce mal de vivre immobile et sans quête.
 
 
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