Littératures étrangères - Autour du monde
Au tableau des littératures étrangères en cette rentrée d’hiver 2005, les lecteurs ne pourront échapper, une fois encore, à la marée américaine avec Hubert Selby Jr. (Waiting Period, Flammarion), Tobias Wolff (Portrait de classe, Plon), Daniel Wallace (Le Roi de la Pastèque, Autrement), Kaye Gibbons (Les Clairvoyantes, Christian Bourgois), Amanda Ward (Le Ciel tout autour, Buchet/Chastel), Pete Dexter (Train, L’Olivier), de même qu’un nouveau Laurie Colwin (Famille, tracas & Cie, Autrement).
À surveiller, un premier roman d'Adam Haslett (Vous n'êtes pas seul ici, L'Olivier) dont on dit le plus grand bien. Aux yeux de Jonathan Franzen, auteur des Corrections, il s'agit d'«un jeune écrivain d'une incroyable maturité, au regard neuf et férocement intelligent». Gallimard nous proposera Ballades pour John Henry, second roman de Colson Whitehead, écrivain né en 1969 à New York et dont le précédent roman, L'Intuitionniste, avait été unanimement salué par la critique américaine et lui avait valu de nombreuses distinctions.
Nous venant d'ailleurs, toujours dans l'univers anglo-saxon, un premier roman d'Edward Cocx qui brasse amour, poésie et bibliophilie (Le Calligraphe, Plon). Et puis en vrac: Margaret Atwood (Le Dernier Homme, Robert Laffont), Norman Levine (Une plage en hiver, Autrement), Eric McCormack (L'Épouse hollandaise, Christian Bourgois), David Lodge (L'Auteur! L'Auteur!, Rivages) et Matthew Kneale (Cauchemar nippon, Belfond), un portrait au vitriol de la société japonaise contemporaine, par l'auteur des Passagers anglais. Aussi: un troisième roman de Sarah Waters (Affinités, Denoël), formidable romancière et égérie des milieux gais londoniens.
Sans doute très attendus par nombre de lecteurs, le second roman de la jeune Zadie Smith (L'Homme à l'autographe, Gallimard), ainsi qu'un récit autobiographique de l'auteur anglo-pakistanais Hanif Kureishi (Contre son coeur, Christian Bourgois). L'auteur du Bouddha de banlieue y raconte l'enfance de son père au moment de la partition de l'Inde et du Pakistan, puis sa vie adulte dans une banlieue de Londres où, petit fonctionnaire à l'ambassade du Pakistan, il rêve d'être un écrivain reconnu. L'Australien Richard Flanagan publiera Le Livre de Gould, chez Flammarion. D'Afrique du Sud, Damon Galgut devrait offrir pour sa part, avec Un docteur irréprochable (L'Olivier), un roman salué comme exceptionnel, à la «beauté âpre et envoûtante sur la vanité humaine».
Parmi les traductions à surveiller de l'espagnol et du portugais, celle du dernier Juan Manuel de Prada, un roman sur la faute et l'expiation, sur la déchéance et la folie (La Vie invisible, Le Seuil). De Cuba, un doublé de Zoé Valdés (Une habanera à Paris et Louves de mer, Gallimard), Mayera Montero (Le Capitaine des endormis, Gallimard). Alvaro Uribe (L'Atelier du temps, Plon), Francisco Casavella (Les jeux féroces — Le Jour du Watusi, t. 1, Actes Sud) et Eduardo Mignogna (À l'ombre du loup, Rivages) mériteront aussi un coup d'oeil.
L'écrivain chilien Luis Sepúlveda nous revient avec des textes et des fragments rédigés entre 2002 et 2004 (Une sale histoire, Métailié) qui parlent de crimes impunis, de violence et d'intolérance, d'amis (Coloane, Vázquez Montalbán), d'un match de boxe, d'un chien perdu... De l'autre côté du spectre politique latino-américain, Mario Vargas Llosa propose lui aussi des essais (Le Langage de la passion. Chroniques de la fin du siècle, Gallimard). Une sélection d'articles publiés dans le quotidien madrilène El País, entre 1992 et 2000, qui nous permet de relire ses analyses et commentaires sur des sujets aussi divers que la pensée postmoderne, l'oeuvre de Frida Kahlo, la secte du pasteur Moon, l'avortement, la poésie d'Octavio Paz ou l'immigration clandestine.
L'auteur portugais nobélisé José Saramago publie L'Autre comme moi (Le Seuil) et, du Brésil, nous vient le troisième roman du chanteur et compositeur brésilien Chico Buarque (Budapest, Gallimard), une romance transcontinentale qui mélange sexe, violence et comédie entre Rio et Budapest.
Déferlante russe
Les éditeurs se sont bien préparés pour le vent de l'Est qui soufflera sur le Salon du livre de Paris (du 18 au 23 mars 2005), où la littérature et l'édition russes seront cette année les invités d'honneur. De la grande poétesse Marina Tsvetaeva (1892-1941), Vivre dans le feu: confessions (Robert Laffont). Pour établir ce qui constitue une véritable autobiographie de l'écrivaine au destin tragique, constituée de lettres, de cahiers de brouillons et de carnets, Tzvetan Todorov a extrait de dix tomes d'écrits intimes publiés en russe la matière d'un seul volume. Dans la même veine, Phébus publie Journal d'un goulag ordinaire (1912-1975) d'Adriana Efron, fille de Marina Tsvetaeva. Les lettres d'une femme emprisonnée de 1939 jusqu'en 1947, puis envoyée dans l'univers concentrationnaire du Grand Nord russe. Aussi: Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes Russes (L'Olivier), de Gary Shteyngart.
Au hasard: Ilya Kotcherguine (L'assistant du chinois, Actes Sud), Vladimir Sorokine (La Glace, L'Olivier), Vladimir Makanine (Le Prisonnier du Caucase et autres nouvelles, Gallimard), Ludmila Oulitskaïa (Sincèrement votre Chourik, Gallimard). Chez Actes Sud, Les Belles Étrangères compose un recueil de textes inédits d'une douzaine d'auteurs russes de différentes générations. L'auteur du Pingouin, Andreï Kourkov, revient avec Le Dernier Amour du président (Liana Levi). Une occasion inestimable de prendre le pouls de la littérature russe contemporaine.
D'Asie, Actes Sud nous offre le premier roman «long» de Yôko Ogawa, paru au Japon en 1991. Dans Amours en marge, une jeune femme croit devenir sourde le matin où son mari la quitte. Elle entend depuis le moindre son avec une intensité démesurée. Elle entend tout, y compris le bourdonnement de sa mémoire dans lequel elle finit par retrouver les traces de son premier amour...
Et encore: Le maître a de plus en plus d'humour, du Chinois Mo Yan (Le Seuil), À nos vingt ans!, de Nguyên Huythiêp, considéré comme le plus grand écrivain du Vietnam (L'Aube), Le Livre des illuminations, de l'Égyptien Gamal Ghitany (Le Seuil), Le Désordre naturel des choses, de l'Italien Andrea Canobbio (Gallimard), La Pomme, d'Enis Batur (Actes Sud), où l'écrivain turc se penche sur la création et le destin fascinant de L'Origine du monde — sulfureux tableau de Gustave Courbet. Puis, avec La Ballade d'Iza (Viviane Hamy), un roman de Magda Szabó écrit une dizaine d'années avant La Porte (1974), on devrait retrouver le talent de l'écrivaine hongroise pour créer des personnages à partir de rien: le quotidien, la générosité, l'humanité des uns et la sécheresse de coeur des autres.
À surveiller, un premier roman d'Adam Haslett (Vous n'êtes pas seul ici, L'Olivier) dont on dit le plus grand bien. Aux yeux de Jonathan Franzen, auteur des Corrections, il s'agit d'«un jeune écrivain d'une incroyable maturité, au regard neuf et férocement intelligent». Gallimard nous proposera Ballades pour John Henry, second roman de Colson Whitehead, écrivain né en 1969 à New York et dont le précédent roman, L'Intuitionniste, avait été unanimement salué par la critique américaine et lui avait valu de nombreuses distinctions.
Nous venant d'ailleurs, toujours dans l'univers anglo-saxon, un premier roman d'Edward Cocx qui brasse amour, poésie et bibliophilie (Le Calligraphe, Plon). Et puis en vrac: Margaret Atwood (Le Dernier Homme, Robert Laffont), Norman Levine (Une plage en hiver, Autrement), Eric McCormack (L'Épouse hollandaise, Christian Bourgois), David Lodge (L'Auteur! L'Auteur!, Rivages) et Matthew Kneale (Cauchemar nippon, Belfond), un portrait au vitriol de la société japonaise contemporaine, par l'auteur des Passagers anglais. Aussi: un troisième roman de Sarah Waters (Affinités, Denoël), formidable romancière et égérie des milieux gais londoniens.
Sans doute très attendus par nombre de lecteurs, le second roman de la jeune Zadie Smith (L'Homme à l'autographe, Gallimard), ainsi qu'un récit autobiographique de l'auteur anglo-pakistanais Hanif Kureishi (Contre son coeur, Christian Bourgois). L'auteur du Bouddha de banlieue y raconte l'enfance de son père au moment de la partition de l'Inde et du Pakistan, puis sa vie adulte dans une banlieue de Londres où, petit fonctionnaire à l'ambassade du Pakistan, il rêve d'être un écrivain reconnu. L'Australien Richard Flanagan publiera Le Livre de Gould, chez Flammarion. D'Afrique du Sud, Damon Galgut devrait offrir pour sa part, avec Un docteur irréprochable (L'Olivier), un roman salué comme exceptionnel, à la «beauté âpre et envoûtante sur la vanité humaine».
Parmi les traductions à surveiller de l'espagnol et du portugais, celle du dernier Juan Manuel de Prada, un roman sur la faute et l'expiation, sur la déchéance et la folie (La Vie invisible, Le Seuil). De Cuba, un doublé de Zoé Valdés (Une habanera à Paris et Louves de mer, Gallimard), Mayera Montero (Le Capitaine des endormis, Gallimard). Alvaro Uribe (L'Atelier du temps, Plon), Francisco Casavella (Les jeux féroces — Le Jour du Watusi, t. 1, Actes Sud) et Eduardo Mignogna (À l'ombre du loup, Rivages) mériteront aussi un coup d'oeil.
L'écrivain chilien Luis Sepúlveda nous revient avec des textes et des fragments rédigés entre 2002 et 2004 (Une sale histoire, Métailié) qui parlent de crimes impunis, de violence et d'intolérance, d'amis (Coloane, Vázquez Montalbán), d'un match de boxe, d'un chien perdu... De l'autre côté du spectre politique latino-américain, Mario Vargas Llosa propose lui aussi des essais (Le Langage de la passion. Chroniques de la fin du siècle, Gallimard). Une sélection d'articles publiés dans le quotidien madrilène El País, entre 1992 et 2000, qui nous permet de relire ses analyses et commentaires sur des sujets aussi divers que la pensée postmoderne, l'oeuvre de Frida Kahlo, la secte du pasteur Moon, l'avortement, la poésie d'Octavio Paz ou l'immigration clandestine.
L'auteur portugais nobélisé José Saramago publie L'Autre comme moi (Le Seuil) et, du Brésil, nous vient le troisième roman du chanteur et compositeur brésilien Chico Buarque (Budapest, Gallimard), une romance transcontinentale qui mélange sexe, violence et comédie entre Rio et Budapest.
Déferlante russe
Les éditeurs se sont bien préparés pour le vent de l'Est qui soufflera sur le Salon du livre de Paris (du 18 au 23 mars 2005), où la littérature et l'édition russes seront cette année les invités d'honneur. De la grande poétesse Marina Tsvetaeva (1892-1941), Vivre dans le feu: confessions (Robert Laffont). Pour établir ce qui constitue une véritable autobiographie de l'écrivaine au destin tragique, constituée de lettres, de cahiers de brouillons et de carnets, Tzvetan Todorov a extrait de dix tomes d'écrits intimes publiés en russe la matière d'un seul volume. Dans la même veine, Phébus publie Journal d'un goulag ordinaire (1912-1975) d'Adriana Efron, fille de Marina Tsvetaeva. Les lettres d'une femme emprisonnée de 1939 jusqu'en 1947, puis envoyée dans l'univers concentrationnaire du Grand Nord russe. Aussi: Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes Russes (L'Olivier), de Gary Shteyngart.
Au hasard: Ilya Kotcherguine (L'assistant du chinois, Actes Sud), Vladimir Sorokine (La Glace, L'Olivier), Vladimir Makanine (Le Prisonnier du Caucase et autres nouvelles, Gallimard), Ludmila Oulitskaïa (Sincèrement votre Chourik, Gallimard). Chez Actes Sud, Les Belles Étrangères compose un recueil de textes inédits d'une douzaine d'auteurs russes de différentes générations. L'auteur du Pingouin, Andreï Kourkov, revient avec Le Dernier Amour du président (Liana Levi). Une occasion inestimable de prendre le pouls de la littérature russe contemporaine.
D'Asie, Actes Sud nous offre le premier roman «long» de Yôko Ogawa, paru au Japon en 1991. Dans Amours en marge, une jeune femme croit devenir sourde le matin où son mari la quitte. Elle entend depuis le moindre son avec une intensité démesurée. Elle entend tout, y compris le bourdonnement de sa mémoire dans lequel elle finit par retrouver les traces de son premier amour...
Et encore: Le maître a de plus en plus d'humour, du Chinois Mo Yan (Le Seuil), À nos vingt ans!, de Nguyên Huythiêp, considéré comme le plus grand écrivain du Vietnam (L'Aube), Le Livre des illuminations, de l'Égyptien Gamal Ghitany (Le Seuil), Le Désordre naturel des choses, de l'Italien Andrea Canobbio (Gallimard), La Pomme, d'Enis Batur (Actes Sud), où l'écrivain turc se penche sur la création et le destin fascinant de L'Origine du monde — sulfureux tableau de Gustave Courbet. Puis, avec La Ballade d'Iza (Viviane Hamy), un roman de Magda Szabó écrit une dizaine d'années avant La Porte (1974), on devrait retrouver le talent de l'écrivaine hongroise pour créer des personnages à partir de rien: le quotidien, la générosité, l'humanité des uns et la sécheresse de coeur des autres.
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