Roman québécois - Une mort annoncée
Dès la troisième phrase de Turkana Boy, mon souffle s'est arrêté, sur le qui-vive, en apnée. Ciel! Un homme qui donne des titres aux averses parce que chaque pluie est différente et qu'aucune ne tombe sur le monde plus d'une fois. Quelle drôle d'idée!
Dès la troisième page, je me suis imaginée en compagnie d'un Pierre Morency, d'un Robert Lalonde ou d'une fable de Gilles Vigneault, mélange d'images et de poésie, de style et de métaphores, de nature, de mer et de bêtes étranges. Comme une rencontre espérée mais avortée en cours de route, la lecture de ce roman de Jean-François Beauchemin m'aura laissée dubitative, d'humeur anthracite. Je ne sais toujours pas à qui j'ai eu affaire: un fou, un désespéré, un génie ou un autre écrivain si tordu qu'il faut le lire sous influence pour saisir toute la portée de son trouble et ne pas sombrer avec lui?
Prière de prendre vos antidépresseurs au préalable: ce livre novembre à plein ciel part à la rencontre de la mort de façon lucide et cruelle. La mort se drape de ce linceul littéraire. Toutes les morts... celle du personnage principal, M. Bartolomé, celle du père de l'auteur, à qui il dédie son ouvrage, et, finalement, la nôtre, celle qui nous importe le plus.
«Ce qui compte, ce ne sont pas tant nos erreurs que la façon dont nous les réparons», peut-on lire en quatrième de couverture, une phrase servie à l'auteur par son paternel peu de temps avant de mourir. Il y a ceux qui réparent et ceux qui imitent. Jean-François Beauchemin, lui, répare. Il se bricole une enfance, un père, colmate la béance laissée par cette mort qui termine ses jours au cimetière: «Nulle part ailleurs qu'ici l'amour et la mort ne sont plus intimement liés. Peut-être l'éternité y était-elle pour quelque chose.»
Ennemi de la lumière, ce livre étrange et plein de nuit est également rempli de silences jusqu'au moment où son personnage s'éteindra, à court de mots. Tout du long, sa voix sans écho tente de répondre à deux questions existentielles: «Aurais-je été un bon habitant de la Terre?» et «De qui fus-je l'élève?» Tentons une réponse à cette dernière question: de la pluie, du vent, des étoiles et de son enfant qui disparaît à l'âge de douze ans, laissant M. Bartolomé à moitié zombie devant une quête de sens moribonde. Le Turkana boy du titre est le fossile d'un garçon d'une douzaine d'années, découvert au Kenya sur les rives du lac Turkana. Et M. Bartolomé s'interroge sur les sentiments que les parents du Turkana boy ont éprouvés, la même dévastation que lui probablement, même si deux millions d'années de vie, de civilisation, les séparent.
Son fils est parti sans laisser de traces. Ce jour-là, notre homme perd la plus grande part de lui-même et la solitude devient son refuge. La nature donne un sens à l'absence, même la neige qu'on y décrit comme un sommeil et le froid qui blesse les gestes.
On échoue dans ce livre où la mer est si omniprésente. «Qu'est-ce qu'un bateau? Une île évadée.» Le choix des mots, le rythme des phrases, l'absence d'action, tout concourt à la sensation d'étouffement qui subsiste bien après avoir déposé Turkana Boy. «Chaque jour, il songeait: c'est à la fin que je naîtrai.» Puissent les cieux l'exaucer.
Et puissions-nous revenir au monde des vivants pour vite aller savourer un verre de porto devant la cheminée en se disant qu'on l'a échappé belle.
Dès la troisième page, je me suis imaginée en compagnie d'un Pierre Morency, d'un Robert Lalonde ou d'une fable de Gilles Vigneault, mélange d'images et de poésie, de style et de métaphores, de nature, de mer et de bêtes étranges. Comme une rencontre espérée mais avortée en cours de route, la lecture de ce roman de Jean-François Beauchemin m'aura laissée dubitative, d'humeur anthracite. Je ne sais toujours pas à qui j'ai eu affaire: un fou, un désespéré, un génie ou un autre écrivain si tordu qu'il faut le lire sous influence pour saisir toute la portée de son trouble et ne pas sombrer avec lui?
Prière de prendre vos antidépresseurs au préalable: ce livre novembre à plein ciel part à la rencontre de la mort de façon lucide et cruelle. La mort se drape de ce linceul littéraire. Toutes les morts... celle du personnage principal, M. Bartolomé, celle du père de l'auteur, à qui il dédie son ouvrage, et, finalement, la nôtre, celle qui nous importe le plus.
«Ce qui compte, ce ne sont pas tant nos erreurs que la façon dont nous les réparons», peut-on lire en quatrième de couverture, une phrase servie à l'auteur par son paternel peu de temps avant de mourir. Il y a ceux qui réparent et ceux qui imitent. Jean-François Beauchemin, lui, répare. Il se bricole une enfance, un père, colmate la béance laissée par cette mort qui termine ses jours au cimetière: «Nulle part ailleurs qu'ici l'amour et la mort ne sont plus intimement liés. Peut-être l'éternité y était-elle pour quelque chose.»
Ennemi de la lumière, ce livre étrange et plein de nuit est également rempli de silences jusqu'au moment où son personnage s'éteindra, à court de mots. Tout du long, sa voix sans écho tente de répondre à deux questions existentielles: «Aurais-je été un bon habitant de la Terre?» et «De qui fus-je l'élève?» Tentons une réponse à cette dernière question: de la pluie, du vent, des étoiles et de son enfant qui disparaît à l'âge de douze ans, laissant M. Bartolomé à moitié zombie devant une quête de sens moribonde. Le Turkana boy du titre est le fossile d'un garçon d'une douzaine d'années, découvert au Kenya sur les rives du lac Turkana. Et M. Bartolomé s'interroge sur les sentiments que les parents du Turkana boy ont éprouvés, la même dévastation que lui probablement, même si deux millions d'années de vie, de civilisation, les séparent.
Son fils est parti sans laisser de traces. Ce jour-là, notre homme perd la plus grande part de lui-même et la solitude devient son refuge. La nature donne un sens à l'absence, même la neige qu'on y décrit comme un sommeil et le froid qui blesse les gestes.
On échoue dans ce livre où la mer est si omniprésente. «Qu'est-ce qu'un bateau? Une île évadée.» Le choix des mots, le rythme des phrases, l'absence d'action, tout concourt à la sensation d'étouffement qui subsiste bien après avoir déposé Turkana Boy. «Chaque jour, il songeait: c'est à la fin que je naîtrai.» Puissent les cieux l'exaucer.
Et puissions-nous revenir au monde des vivants pour vite aller savourer un verre de porto devant la cheminée en se disant qu'on l'a échappé belle.
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