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Littérature québécoise pour la jeunesse - À la rencontre de l'autre

Gisèle Desroches   30 octobre 2004  Livres
Après le Grand Chaos, trois races de monde se partagent le territoire ravagé de l'univers de Jacques Lazure: les Fkions, peuple de soldats programmés dès l'enfance pour tuer, les Rebelles, chasseurs combattants, et enfin les Éclatants, peuple pacifique, préférant la culture à la guerre. Ces trois peuples s'affrontaient déjà en 1996 dans les guerres de religion qui secouaient Le Rêve couleur orange. Cependant, son nouveau roman ne constitue pas une suite.

Baal a seize ans lorsqu'un groupe de Rebelles le prend en otage. Ils le forcent à abandonner le troupeau dont il a la garde pour les suivre dans une expédition jusqu'au rocher Oyouk. Le jeune Éclatant, d'abord déçu de ne pouvoir compter sur les siens qui ne feront rien pour le retrouver, est forcé de partager la vie des trois Rebelles. Au long de leur périple, censé les conduire jusqu'au mythique Oulalouk, but ultime de ce voyage, le groupe s'adjoindra bientôt deux Fkions errant dans la forêt Resplendissante. Le parcours est semé de dangers aussi nombreux que les occasions de discorde pour ces gens habitués à se méfier les uns des autres...

Au milieu d'eux, Baal aura maintes occasions de confronter croyances, perceptions, rituels et modes de vie de chaque groupe. Pour le jeune héros, la recherche de la vérité semble plus préoccupante que l'Oulalouk lui-même. Il doute, interroge, prend du recul sur les versions et perceptions de son propre peuple et des autres, accorde sa confiance à Lori, la jeune Rebelle avec qui il a le plus d'affinités. Son triomphe final rend compte des préoccupations de l'auteur — déjà présentes dans Le Rêve couleur orange — de réconcilier des personnages voués à l'affrontement par ignorance les uns des autres.

L'attention du lecteur se porte sur le fascinant décor fantastique, mais avant tout sur les fragiles relations qui s'élaborent entre les protagonistes, porteurs des perceptions et des superstitions de leur race. La nécessaire et douloureuse remise en question de soi qui s'articule tout au long de ce roman est un thème qui traversait déjà en 1989 Le Domaine des sans yeux.

L'auteur explique que l'idée du roman lui est venue d'une phrase de Jean-Paul Bourre tirée de L'Orgueil des fous: «Ils écoutent vivre leurs chimères, debout au milieu de la nuit, à l'heure où l'homme recule devant la vie, et il leur semble que l'univers entier s'articule tout à coup sur les battements de leur sang.» La pertinence d'un tel roman est évidente, malgré l'aridité de certains passages et l'inégalité de la progression. Le plaisir de la découverte est au rendez-vous.
 
 
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