La chronique: Les pouvoirs du livre
Les livres sont-ils dangereux, ont-ils le pouvoir de changer la vie des gens, voire, dans certaines circonstances, d'en supprimer le cours? Au printemps de l'année 1998, Bluma Lennon achète un exemplaire ancien des Poèmes d'Emily Dickinson dans une librairie de Soho. Au moment même où elle entame le deuxième sonnet, elle est renversée par une voiture. On pourrait conclure à une distraction tragique, comme le laisse entendre un collègue lors de son éloge funèbre («C'est une bagnole qui l'a tuée, pas le poème»). Mais qui sait? Des destins sont parfois précipités pour avoir prêté l'oreille aux sirènes de la littérature. «Certains ont lu le Corsaire noir et sont devenus professeurs de littérature dans de lointaines universités. Demian a mené des dizaines de milliers de jeunes à l'hindouisme, Hemingway les a métamorphosés en sportifs, Dumas a bouleversé la vie de milliers de femmes et nombreuses furent celles que des livres de cuisine sauvèrent du suicide.»
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