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Roman québécois - Une enfance à l'eau d'érable

Christian Desmeules   4 septembre 2004  Livres
Coincée dans la vallée de la Matapédia, au coeur de la Gaspésie, la petite ville d'Amqui devient, sous la plume alerte d'Eric Dupont, un territoire fantastique, un plateau transylvanien, le royaume sans limites d'une enfance dorée. Un autre paradis perdu ramené à la surface du souvenir à coups de délire verbal et d'invention sensible.

1971. Aux prises avec un bébé impossible à rassasier, une mère désespérée et un peu coupable ajoute un filet de sirop d'érable au mélange lait-Pablum qui coule de la bouteille du nourrisson... Et d'un seul coup, c'est la révélation: «C'est Chartres, ce sont les Alpes, c'est Bernadette Soubirous dansant la samba, ce sont Bhopal et Tchernobyl, la conquête du pôle, les petits chanteurs de Vienne sur l'ecstasy, le Requiem de Mozart en quadraphonie...» C'est l'heure zéro. Sans le savoir, sa mère vient de créer un monstre, une dent creuse, une éponge à sucre avide de plaisir.

À l'âge tendre de dix mois, face à la toute première de ses dépendances, notre héros en arrive déjà à une inévitable conclusion: «Primo: seul le sucre rend l'existence supportable. Secundo: les gens se divisent en deux groupes, ceux qui vous donnent du sucre et ceux qui vous le refusent. Tertio: ce dernier groupe inclut une faction très inquiétante, ceux qui vous enlèveront le sucre.» Multiplier à tout prix les sources de sucre (voisins, voisines), jouer les uns contre les autres, manipuler à volonté: tout devient dès lors permis afin de nourrir sa dépendance. Le roman est un témoignage de la défaite des «voleurs de sucre» et une mise en garde édifiante à l'intention des générations futures.

Un jour, le petit Eric découvre qu'il est possible d'échanger des bouteilles vides contre des bonbons au coin de la rue: «Cette nouvelle a eu sur moi l'effet de la découverte de la pénicilline dans un bordel parisien». La «roulotte aux bonbons» devient alors le centre du monde. L'alpha et l'oméga de ce territoire réduit de l'enfance — tout à la mesure de ses petits pieds. Entre les cures de désintoxication et les régimes à haute teneur en légumes, le petit Eric et sa soeur arpenteront sans répit et avec sérieux leur royaume sucré, au gré d'expéditions punitives contre les «voleurs de sucre», de mauvais coups variés et de petites vengeances. Découvrant un jour que les légumes viennent de chez la voisine (qui cultive un potager leur semblant immense), ils se livreront à un saccage en règle qui leur vaudra quelques privations...

Puis, à quatre ans, c'est le grand dérangement, la vie qui nous happe. L'éclatement du territoire de l'enfance que l'on croyait sans limites — alors qu'au bout de la rue seulement commence un autre monde. Alors que c'est pour la plupart d'entre nous le début des véritables souvenirs, ce déménagement sonne pour le petit Eric la fin de la première enfance. «C'est ainsi que l'enfance est un âge d'or. On vous craint, on vous ménage, on enfile des gants blancs. Ensuite, les choses se gâtent.» Comme les dents.

Né en 1970 en Gaspésie, comme son narrateur, l'auteur est enseignant et traducteur. Il vit aujourd'hui à Montréal. Une intelligence affinée, un humour permanent et féroce, une voix distincte: Eric Dupont nous montre, avec une première oeuvre réussie, qu'il possède l'essentiel afin d'exister et de se faire remarquer. Mais avec toutefois quelque chose d'accessoire, par le thème et le traitement délibérément ludique, qui nous laisse quelque peu sur notre faim — comme le font desserts, sucreries et autres bonbons. Mais assurément prometteur.






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  • elise bourassa
    Inscrite
    lundi 6 septembre 2004 01h33
    l'automne
    « Je suis assoifée de lectures depuis quelques semaines. La Presse ne nous propose que DAVINCI CODE, DAVINCI CODE, en filigrane depuis le mois de mai je crois. Et voilà que j'en ai marre et que je cueille LE DEVOIR dans un café. Vos deux critiques de littérature québécoise m'ont intrigué, et je me les suis procurées pour le dernier week-end de piscine de l'été. Tequila Bnag bang, qui m'a déçu ÉNORMÉMENT, et j'aurais voulu en être prévenue par votre critique et VOLEURS DE SUCRE qui m'a fait tomber en transe, tomber amoureuse, qui m'a chavirée, que j'ai lu d'un seul trait. je vous remercie de m'avoir suggérer fortement ce livre. Si je n'avais pas au hasard de ma solitude ramassé votre journal ce week-end, j'en serais plus ignorante aujourd'hui de ce qui se fait de beau en lettres québécoises. Et je crois que c'est votre mision. Vous avez su choisir et nous présenter un roman valable, un roman qui est à la fois un pacte d'érudition et de carence, un roman qui est un hymne au sevrage et au laisser-aller. Un livre intelligent sur notre enfance et ce qui façonne notre âme d'accro au sucre, à l'amour, au lieu ou nous sommes nés. Je voulais simplement vous remercier de m'avoir fait découvrir une telle perle littéraire. Et cet auteur, j'aimerais bien l'entendre parler à la radio et la télé, nous enseigner ses idées si voluptueuses, précises, claires sur notre vie de tous les jours. Rien à voir avec Tequila BAG BANG!
    ÉLISE »

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