vendredi 25 mai 2012 Dernière mise à jour 14h29
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

6 juin 1944

Paul Cauchon   5 juin 2004  Livres
Août 1942. Robert Boulanger, de Grand-Mère, vient tout juste d'avoir 18 ans. C'est le plus jeune soldat de son bataillon. Il écrit à ses parents alors que sa péniche de débarquement vogue vers la côte de Dieppe.

Il décrit l'attente, ses collègues qui font des blagues, la péniche qui tangue, le bruit des obus. «À la prochaine lettre, je vous enverrai le portrait du bateau sur lequel j'ai traversé la mer.» Deux heures après avoir terminé sa lettre, il se lance hors du bateau et reçoit une balle en plein front. C'est fini.

À lire une telle lettre, l'émotion est palpable. Curieusement, c'est le portrait de ce jeune Québécois qu'on trouve en page couverture de ce magnifique album édité en France, Paroles du jour J, qui commémore l'anniversaire du débarquement de Normandie, un événement pourtant survenu deux ans après Dieppe.

Mais l'éditeur a peut-être voulu souligner comment le débarquement de Normandie a été rendu possible grâce au sacrifice de Dieppe survenu auparavant, ce débarquement raté où des centaines de Canadiens avaient trouvé la mort.

En fin de semaine, tous les regards seront encore tournés vers la Normandie alors que de grandes célébrations commémoratives souligneront le 60e anniversaire de l'événement où, le 6 juin 1944, une incroyable armée canado-américano-britannique de 150 000 hommes, appuyée par des milliers d'avions et de bateaux de tout type, a pris d'assaut en une seule journée cinq plages de la Normandie pour mettre fin à l'emprise de l'Allemagne nazie sur l'Europe. Ce fut la plus formidable opération aéronavale de l'histoire, jamais égalée depuis.

L'opération était en préparation depuis des mois alors que les hommes et le matériel s'accumulaient dans le sud de l'Angleterre. Il a fallu tout prévoir: le ravitaillement, la nourriture, des ports flottants, des hôpitaux démontables. Il a fallu mener une opération d'intoxication pour faire croire aux Allemands que les Alliés débarqueraient ailleurs. Les Allemands savaient que les Alliés allaient tenter de débarquer en Europe, et ils savaient aussi qu'ils devaient absolument les rejeter à la mer en 24 heures. Le soir du 6 juin 1944, les Alliés étaient accrochés à leurs bouts de plage et commençaient à s'enfoncer dans les terres. Mais il a fallu près de trois mois pour véritablement repousser l'armée allemande, village par village, et libérer Paris.

«Quand on raconte cette histoire aux jeunes, ils n'en reviennent pas», explique Yves Tremblay, de la Direction de l'histoire et du patrimoine du ministère de la Défense nationale du Canada, qui enseigne aussi à l'Université d'Ottawa. «Mes étudiants connaissent à peine le nom de Hitler. Ils n'ont aucune idée de l'ampleur de la participation canadienne à la Deuxième Guerre mondiale.»

M. Tremblay ajoute que les jeunes sont fascinés par le récit de ces journées héroïques. «Ils voient ça de façon romantique, comme une guerre juste, sans toujours réaliser comment ce pouvait être sale, difficile et meurtrier.»

Le 60e anniversaire de l'événement donne évidemment lieu à une mini-industrie du livre commémoratif. Le Devoir en choisit trois, trois très beaux albums de grand format, tous parus au cours des dernières semaines.

Il est surprenant de voir à quel point on dispose de lettres personnelles de soldats ayant participé au débarquement. «Il était interdit de tenir un journal personnel, pour des raisons de sécurité, explique Yves Tremblay. Si un soldat était capturé, un journal personnel pouvait révéler des détails secrets. Mais des milliers de soldats ont contourné cette interdiction. Comme le papier était rare, ils écrivaient au crayon à mine sur n'importe quoi, des bordereaux, des bouts de carton, des endos de formulaires officiels.»

Paroles du jour J est un livre magnifique qui s'appuie sur les lettres et les carnets écrits par des soldats ayant participé au jour J, canadiens, américains, britanniques, mais également des Allemands ainsi que des civils normands.

Les lettres ont été rassemblées par Jean-Pierre Guéno, qui dirige les Éditions Radio-France. La mise en page est exceptionnelle: reproductions de lettres, de télégrammes, de journaux, de photos, de dessins, qui nous font revivre les événements du point de vue non pas des officiels mais des simples soldats et des civils. Plusieurs témoignages frappent l'imagination, comme celui d'Henri Bougeard, adolescent dans une ferme normande, âgé de 14 ans en 1944, qui commence à rédiger un cahier personnel alors que les bombes tombent autour de lui, dessinant ce qu'il voit. Il avait même donné un titre à son petit cahier: La Guerre à la ferme de la Motte en 1944.

Autre titre, autre façon de commémorer l'événement: L'Année de la liberté, un album de photos qui rend hommage à ces photographes inconnus qui, pendant les mois qui ont suivi le débarquement de Normandie, ont tout capté sur pellicule: les morts, les blessés, les visages souriants, les embuscades sous le soleil d'été, le chaos dans les rues de Paris, la vie quotidienne dans les ruines. Ces photos proviennent de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) à Paris.

Dernier titre: 6 juin 1944, un récit d'histoire entrecoupé de nombreuses photographies, où tout est mis en contexte: les préparatifs du débarquement, la situation politique, les tensions entre Américains et Britanniques pour le contrôle des événements, les manoeuvres de De Gaulle pour s'imposer, et ainsi de suite. Un des trois auteurs, l'Américain Robert Paxton, est un des meilleurs spécialistes de cette période, et l'édition de cette semaine du magazine L'Express publiait une entrevue de 25 pages avec lui.

***

Paroles du jour J - Lettres et carnets du Débarquement, été 1944

Jean-Pierre Guéno et Jérôme Pecnard

Les Arènes, Paris, 2004, 160 pages

***

L'année de la liberté - Juin 1944 - juin 1945

Farid Addelouahab

Acropole, 2004, 200 pages

***

6 juin 1944

Jean-Pierre Azéma, Robert O. Paxton, Philippe Burrin

Éditions Perrin - Le Mémorial de Caen, 2004, 208 pages
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012