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Essais québécois - Alain Horic, à l'ombre du géant magnifique

Christian Desmeules   29 mai 2004  Livres
On n'en a pas fini avec les témoignages consacrés à Gaston Miron — et pour cause. Il y a ceux qui savent. Ceux qui ont vu «l'homme qui a vu l'ours», ceux qui l'ont déjà aperçu marchant sur l'avenue du Mont-Royal, sa pile de journaux sous le bras. Tous ceux qui l'ont fréquenté, croisé, lu, aimé. Et il y a ceux-là, plus rares, qui ont partagé l'aventure d'une vie vécue sous le signe des livres et de la poésie.

Compagnon de la première heure, Alain Horic vide aujourd'hui quelques-uns de ses tiroirs. Il a compris que l'histoire appartient peut-être plus à ceux qui l'écrivent qu'à ceux qui la font, et a senti le besoin de rétablir certaines «vérités» mises à mal par des témoins pressés, motivés par «la surexcitation de la flatterie impudique [qui] dérive de mobiles intéressés». Dans ces pages où flotte parfois une légère odeur de règlements de comptes, l'ancien éditeur se désole de voir que Miron semble valoir davantage mort que vivant, mais ne s'empêche pas d'ajouter lui aussi sa petite danse à un «culte des fossiles» que par ailleurs il dénonce.

«Émigrant politique», arrivé à Montréal en 1952 à l'âge de 23 ans de sa Bosnie natale après être passé par la Légion étrangère et la France, proche collaborateur de l'Hexagone dès 1955, Alain Horic forme seul avec Gaston Miron, à partir de 1964, la quatrième équipe de direction de cette petite maison d'édition d'abord vouée à la poésie. «L'Hexagone et ses poètes ont été, juge-t-il, avec d'autres forces, écrivains, artistes, activistes, progressistes et mouvements, les initiateurs et les animateurs essentiels de l'accélération de l'histoire.» Rien de moins. Pratiquement seul à la barre de l'Hexagone de 1981 à 1991, poète, éditeur et homme d'affaires, il y a aussi fondé avec Miron la collection de poche «Typo».

De ce Miron éditeur, passionné mais souvent désorganisé, Alain Horic dresse un portrait sensible mais aussi parfois critique: «Il est présent, apparaît, participe, assiste, colloque sans relâche. Il est visible et mobile, il crève l'écran, les lieux, le paysage.» Une petite soixantaine de pages pleines de trous, auxquelles s'ajoutent un entretien déjà publié et réalisé en 1989 — «Le défi d'un éditeur littéraire». De brefs témoignages sur Gérald Godin, Pierre Vallières et Roland Giguère. Des fac-similés de contrats. Autant de pièces à conviction pour un débat qui n'aura lieu qu'à huis clos. Et pourquoi pas Mon parcours d'éditeur, point?

Ni tout à fait livre d'hommage, non plus que véritables mémoires d'éditeur, le Parcours d'Alain Horic prend souvent des allures de procès-verbal tatillon: une écriture plutôt impersonnelle mise au service de faits et de dates, de récapitulations. Une volonté de remettre les pendules à l'heure, d'honorer une amitié immortelle et un poète immense, bien entendu, mais aussi une tentative d'échapper un peu à l'ombre de ce géant magnifique.
 
 
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