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Essai - Robert Laplante contre l'enfermement

Louis Cornellier   10 avril 2004  Livres
Directeur de l'increvable revue L'Action nationale, Robert Laplante mène la lutte indépendantiste au quotidien et publie, chaque semaine, en version électronique, un «bulletin du lundi» qui cherche «à dégager, au-delà de l'actualité immédiate, les perspectives, les significations et les effets de la politique canadian sur le Québec, ses intérêts nationaux et sa représentation de lui-même». Réunis dans un ouvrage intitulé Chronique de l'enfermement, ses constats, c'est le moins qu'on puisse dire, sont accablants pour la logique fédérale.
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  • Jean-Luc Gouin - Inscrit
    13 avril 2004 12 h 47
    Assommer par assomption
    Bonjour Louis,


    Exergue : «Le recueil de Robert Laplante suscite chez le lecteur une sensation d'épuisement. [...] Cette stratégie, toutefois, s'avère à double tranchant dans la mesure où elle assomme autant qu'elle stimule.» LC


    Je n'ai pas l'habitude, comme tu sais, d'émettre de commentaires sur tes recensions - que je lis par ailleurs toutes les fins de semaine dans «LeDevoir», et dans un véritable agrément. Mais je t'avoue qu'en cette occasion j'ai trouvé ton propos un peu court.

    Je pense quant à moi que Robert Laplante cisèle actuellement l'un des discours les plus incisifs et les plus lucides que l'on puisse lire, depuis quelques années, en regard au contentieux Québec-Canada.

    Il manie le radar de la chauve-souris dans son travail de débusquement des petits rongeurs du système canadian - individus, politiques ou événements indifféremment. Il démonte ensuite les ressorts des mouvements (mécaniques?) de ceux-ci par le biais d'une intelligence finement aiguisée. Enfin, sa solide maîtrise de la langue «achève» littéralement le lecteur (en effet) en forçant chez lui l'assentiment face à la rigueur de la démonstration discursive.

    Il est vrai que cette littérature peut sembler lourde pour plus d'un. Non pas toutefois à la manière d'une écriture plus ou moins empesée (comme la mienne...), qui trop souvent terrasse plus qu'elle ne convainc. Mais plutôt à la façon d'une gifle cathartique, et d'autant plus nécessaire qu'on la redoute.

    Un peu dans la couleur de Jean-François Lisée, par exemple, quoique le phénomène se profilât chez lui quelque peu différemment (je pense en particulier au diptyque «Le Tricheur» / «Le Naufrageur» et à «Sortie de Secours» [1]), le grand pouvoir de la plume de Laplante - et c'est à mon avis ce qui explique précisément ce que je nommerai pour ma part l'«assommation» (assomption [de soi], sommation [à l'autre] et assommement consécutif inhérent au défi d'une pareille entreprise collective) - est qu'il devient fort difficile (et donc contraignant, comme si on... forçait la main) de contrer l'argumentation autrement qu'en empruntant:

    1) ou bien le chemin de l'imbécillité (dont Elvis Gratton constitue la caricature, encore que nous connaissions tous des personnes bien réelles et en rien fictives qui sauraient sans difficulté disputer le titre de corniaud au héros falardien), ou bien

    2) celui de la mauvaise foi (ici - l'intérêt particulier présenté comme intérêt national - les Alain Dubuc et autres André Pratte de bobonne Gesca fusent de toutes parts), ou sinon

    3) celui de la neurasthénie (qui, de mon sens, affecte encore à ce jour une majorité de Québécois: «J'entends, j'acquiesce du bonnet de la raison, mais "j'impuissance" devant l'action»).

    Robert Laplante assomme, il est vrai. Mais par assommation. Activité intellectuelle et pratique à la fois qui commande le mouvement conséquent que l'on pourrait décrire comme suit: comprendre (intelligence des événements) => assumer (tirer les conclusions, ce qui en outre implique vaincre ses peurs mentales, se dégluer de ses états d'âme et se dépêtrer du confort de l'inertie) => agir (tirer le vin: casser le moule asphyxiant, modifier le rapport de force avec l'autre, s'approprier soi-même, maîtriser notre destin, instituer notre propre Histoire enfin).

    En un mot, libérer la nation de son enfermement chronique dans la logique de l'Autre [2]. Car en effet, tu l'écris avec justesse, les «constats [de RL], c'est le moins qu'on puisse dire, sont accablants pour la logique fédérale.»

    D'aucuns diraient, plus concisément encore, que Robert Laplante fustige notre légendaire désoeuvrement («oui et non et ou ni oui ni non») en «épuisant» un à un tous nos faux-fuyants.

    Et c'est bien épuisant, je te l'accorde, pour un peuple de louvoyants.

    Amicalement à toi,


    JLG
    Pâques 2004


    [1] À tout hasard, bien que tu connaisses sûrement déjà : «Le Lys dans le lisier» (http://www.vigile.net/00-5/jlg-lisee.html).

    [2] Sous cet angle spécifique de la mercuriale, je renverrais notamment aux pistes de réflexion développées chez Marie-Louise Lacroix dans «Claude Ryan ou de l'absoluité du Canada», toujours chez Vigile (http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/3-19.html#tlml
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