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    Chronique

    Un Richler en politique

    Louis Cornellier
    6 janvier 2018 |Louis Cornellier | Livres | Chroniques

    La politique est un sport de combat imprévisible et cruel. En août 2015, quelques jours après le lancement de la campagne électorale fédérale, le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Thomas Mulcair caracolait en tête des sondages. Les Canadiens en avaient assez des conservateurs de Stephen Harper et n’étaient pas prêts à faire confiance à Justin Trudeau.

     

    On connaît la suite. À la fin de septembre, le NPD a commencé à s’effondrer et les libéraux se sont mis à monter, pendant que les conservateurs stagnaient. Le 19 octobre, jour du vote, le parti de Justin Trudeau a raflé la mise avec 39,5 % des voix exprimées, ne laissant que des miettes (19,7 %) à un NPD en déroute.

     

    L’écrivain et journaliste torontois Noah Richler a vécu ce naufrage de l’intérieur. Candidat inattendu du NPD dans la circonscription de Toronto-St-Paul’s, il y affrontait la députée libérale sortante Carolyn Bennett, aujourd’hui ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord. Richler raconte son expérience dans Le candidat (Québec Amérique, 2017, 392 pages). Son récit s’avère à la fois captivant et irritant.

     

    Le malaise québécois

     

    Comme son père, le célèbre et revêche Mordecai, Noah Richler entretient des rapports malaisés avec le Québec, même s’il précise que ce dernier « a toujours été une partie fondamentale de [son] Canada ». Foncièrement opposé à l’indépendance du Québec, l’écrivain rejette la déclaration de Sherbrooke du NPD, qui reconnaît que « 50 % des voix plus une suffiraient pour remporter un référendum sur la souveraineté ». Sa solution de rechange : faire en sorte que les Québécois soient heureux au sein de la Confédération. Et s’ils ne le sont pas ? Tant pis. C’est un peu court, dirait Cyrano.

     

    Pendant la campagne de 2015, certaines opinions au sujet du Québec précédemment émises par Richler sur les réseaux sociaux lui sont retombées sur le nez. Il y évoquait « un ras-le-bol sans précédent » du Canada devant la charte des valeurs et se réjouissait de la défaite de Pauline Marois, qui entretenait, selon lui, une politique de la peur.

     

    Il se défend, dans Le candidat, d’être « anti-québécois », mais il en rajoute en affirmant que la charte des valeurs du PQ interdisait tout signe religieux ostentatoire aux employés du gouvernement « à part les crucifix » — une fausseté —, en répétant, à tort, que des gens se sont servis de la loi 101 « pour moucharder leurs voisins à l’Office de la langue française » et en concluant, ce qui fera rire ou enrager bien des Québécois, que le Canada « est le pays qui négocie le plus avec lui-même, avec persistance et expertise, les conditions constitutionnelles de son existence même, sans doute plus que n’importe quelle autre démocratie du monde ». Quand ça, Noah ?

     

    Richler, au fond, incarne bien la gauche canadienne-anglaise multiculturaliste, soucieuse de justice sociale, d’environnement et de tous les groupes négligés par le pouvoir, à l’exception du Québec. Quand il dit se lancer en politique pour contrer « la dégradation constante de la démocratie parlementaire sous le régime Harper », pour améliorer le sort des Premières Nations et pour atténuer les inégalités de revenus, Richler est sincère et convaincant. Il attribue d’ailleurs la défaite de son parti en 2015 à sa mollesse en matière économique — « sa désastreuse adhésion à l’équilibre budgétaire » — et environnementale — ses tergiversations quant à l’exploitation des sables bitumineux.

     

    Quelques leçons

     

    « Je suis désolé que nous soyons une bande aussi timorée », note Richler, en déplorant la propension de son parti à s’excuser de tout et de rien dès que la pression monte. Il croyait avoir choisi, avec le NPD, les « principes élevés » contre « l’image de marque » libérale. Sans regretter ce choix, il ne cache pas sa déception.

     

    Le récit de sa campagne locale est révélateur et émouvant. L’écrivain, ici, et non l’idéologue, est à l’oeuvre. On le suit dans son porte-à-porte à la rencontre d’une réalité humaine crue, on découvre avec lui que les candidats locaux sont traités comme du menu fretin par les grands partis nationaux, qui n’en ont que pour l’image, et on est touché, comme lui, par les militants qui se donnent sans compter.

     

    À l’aube d’une année électorale au Québec, on peut retenir quelques leçons de ce récit d’apprentissage. Rien n’est jamais joué avant le jour J, dit le cliché, et c’est vrai. L’audace, ensuite, peut payer. C’est en promettant de faire des déficits pour investir que Trudeau, selon Richler, a gagné. Le slogan du « changement » est éculé, mais il demeure efficace pour ceux qui parviennent à convaincre qu’ils l’incarnent vraiment, sans trop bouleverser la fameuse, voire fumeuse, classe moyenne. Enfin, dernière leçon, valable au Québec comme au Canada, « les libéraux commencent en moutons et finissent en lions ». C’est déjà parti, évidemment. Bonne année !













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