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    Critique

    «Mort à Florence»: le commissaire Bordelli traîné dans la boue

    6 janvier 2018 |Michel Bélair | Livres
    Dans le dernier roman de Marco Vichi, Florence est recouverte par une vague d’eau boueuse, de mazout et de détritus de toutes sortes.
    Photo: Claudio Giovannini Agence France-Presse Dans le dernier roman de Marco Vichi, Florence est recouverte par une vague d’eau boueuse, de mazout et de détritus de toutes sortes.


    Alors que des pluies diluviennes frappent la région de Florence, le commissaire Bordelli n’arrive toujours pas à retrouver le petit Giaccomo, 13 ans, disparu depuis plus d’une semaine. Le commissaire craint le pire… et puis voilà qu’on trouve son corps dans les collines, au nord de Florence, où Bordelli a combattu avec les résistants. C’est là aussi qu’il tombe sur un indice inespéré : en remontant la piste, il découvre un nid de sympathisants fascistes qui pleurent encore la mort du Duce et qu’il s’empresse de faire suivre discrètement par des patrouilles anonymes.

     

    L’opération est fastidieuse, mais s’avère au bout du compte profitable… sauf qu’au moment où la police va enfin pouvoir se mettre quelque chose sous la dent, l’Arno sort violemment de son lit. Nous sommes le 4 novembre 1966 et Florence, qui subit la pire inondation de son histoire, est submergée par une vague d’eau boueuse, de mazout et de détritus de toutes sortes dans laquelle ses habitants vont patauger pendant longtemps. Bordelli fulmine, même si les heures qu’il passe à aider un peu tout le monde à surnager lui font rencontrer… l’amour.

     

    Il fulmine parce que, évidemment, il ne reste plus trace de rien. Plus d’indices, plus de preuves : tout a été lessivé par la boue malodorante. Mais Bordelli persiste. Il obtient même des aveux de l’un des membres du petit cercle fasciste qui se fait toutefois défenestrer devant lui. Retour à la case départ. Pire : ses adversaires savent désormais qu’il sait et ils le lui feront payer très, très cher.

     

    Comme d’habitude dans l’oeuvre de Marco Vichi, l’intrigue est tout aussi lente que bien menée, ce qui laisse tout le temps au commissaire de plonger dans ses souvenirs de guerre mettant en relief, toujours, la rapacité du genre humain dans son ensemble. Bordelli — dont on apprend enfin, sans trop y croire après trois livres, qu’il se prénomme Franco — dispose toujours de la même cohorte d’informateurs (cuisinier, ancien prisonnier, crocheteur de serrures, prostituée à la retraite), qui viennent pimenter le récit de leur présence indispensable. Ce sont eux qui soulignent toute la justesse des observations de même que la morale exemplaire du commissaire dans un monde qui commence déjà à l’être (exemplaire ou même moral) de moins en moins.

     

    Marco Vichi a ce don incroyable de faire naître la vraie vie sous chacun des gestes, sous chacune des phrases de son inimitable commissaire Bordelli. Son écriture fluide (fort bien rendue par la traductrice) coule de source et, comme dans ses deux autres enquêtes traduites en français, c’est toujours comme si on se retrouvait à regarder un vieux film italien en noir et blanc du début des années 1960. La fin brutale de l’enquête semble toutefois compromettre la suite des aventures du policier florentin. Triste.

    Mort à Florence
    ★★★ 1/2
    Marco Vichi, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Éditions Philippe Rey, collection « Noir », Paris, 2017, 398 pages












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