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    Les douze fictions québécoises qui ont marqué l’année 2017

    Nos critiques littéraires partagent leurs lectures préférées d’ici, celles qui les ont le plus fait vibrer

    Audrée Wilhelmy donne vie à un univers gorgé de sève et de silence.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Audrée Wilhelmy donne vie à un univers gorgé de sève et de silence.

    Les choix de Christian Desmeules

     

     

    Le corps des bêtes
    Audrée Wilhelmy (Leméac)
    À l’ombre d’un phare et au rythme des marées, Mie, douze ans, peut « emprunter » à volonté le corps de mammifères, d’oiseaux ou d’insectes. C’est son moyen d’assouvir en secret sa curiosité pour un monde bien plus vaste que l’horizon. Avec ce troisième roman, Audrée Wilhelmy donne vie à un univers sans pareil gorgé de sève et de silence, sensuel et sans morale, où une langue magnifique contribue à nourrir l’enchantement.

    La bête creuse
    Christophe Bernard (Le Quartanier)
    Croyant à un « complot de bouts de ficelle », obsédé par l’Histoire et par le passé, un Montréalais croit qu’une malédiction frappe sa famille enracinée dans la baie des Chaleurs, en Gaspésie. Retour aux sources et plongée éthylique dans la mythologie de village et de pacotille, le premier roman de Christophe Bernard est un monstre de papier difficile à résumer, servi par une écriture inventive à la précision chirurgicale. Magistral et mal poli.

    La dévoration des fées
    Catherine Lalonde (Le Quartanier)
    Pour la langue mal commode et le souffle de liberté qui délivre de la tyrannie du réel, laissez-vous emporter par les aventures de la P’tite et son refus d’une vie de femme « faite de sang et d’eau de vaisselle ». Pour son quatrième livre, Catherine Lalonde — aussi journaliste au Devoir — signe ici une oeuvre difficile à classer, entre récit fantastique qui hante et qui sonne, antiroman du terroir et poésie féministe. À lire à voix haute.

    Ma soeur chasseresse
    Philippe Arseneault (Québec Amérique)
    Romancier à succès et professeur de droit dans une université chinoise depuis 15 ans, Roé Léry rentre brièvement au Québec, où il se trouvera mêlé à un imbroglio autour du coeur de Jeanne Mance. Exercice de détestation nationale plein d’ironie et de mordant, fable rocambolesque et traité d’exception amoureuse, Ma soeur chasseresse, le deuxième roman de Philippe Arseneault (Zora, un conte cruel) mêle joyeusement les genres et les sujets. Provocateur en diable.

     

    Les choix de Fabien Deglise


    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Stéfanie Clermont publie des nouvelles au ton juste.


    Tangvald
    Olivier Kemeid (Gaïa)
    Ce qu’il y a de génial, c’est le verbe du dramaturge primo-romancier soufflant comme des alizés dans une grande voile, sa narration suivant un mouvement ondulatoire, une houle, pour évoquer le destin aussi singulier que tragique du navigateur norvégien Peter Tangvald. Forme et fond en symbiose, les femmes qui ont traversé sa vie le racontent, dans une intimité placée entre espace clos et liberté, entre fuite et quête d’absolu. L’anticonformisme y fait naufrage dans un incroyable élan romantique.

    Abattre la bête
    David Goudreault (Stanké)
    C’est un roman frondeur à la langue rugueuse, un portrait social tracé à l’encre acide qui ne se perd ni dans les formalités ni dans la bienséance et qui suit les tribulations d’un monstre en fuite dont la violence, la bêtise, l’indolence sont partagées par son époque. Vulgaire et intelligente, crue et avec un cynisme totalement maîtrisé, cette mise à mort conclut une trilogie qui laisse sa fiction exacerber la brutalité pour mieux révéler celle que le réel nous inflige.

    Le jeu de la musique
    Stéfanie Clermont (Quartanier)
    Un pendu, un jour d’août, au bout de la rue Ontario, « de l’autre côté des tracks », libère la voix intérieure de celles qui l’ont connu et place ces femmes face à leur quotidien sans rêve, à leur avenir sans âme, où leur existence n’ose pas se poser les questions qui sauvent. Finement reliées les unes aux autres, ces nouvelles, au ton juste, aux dialogues solides, tissent le portrait d’une époque où le trop de liberté finit par être le vecteur de l’échec, de l’immobilisme et d’un aveuglement qui n’attend que son drame pour se faire ébranler.

    Grand fauchage intérieur
    Stéphanie Filion (Boréal)
    Le titre emprunte au vocabulaire du judo pour évoquer une chute causée par un déséquilibre, chute qu’une jeune Montréalaise, fragilisée par deux drames, va tenter d’éviter en partant loin de sa vie, au Liban. La mise en scène de l’au-delà plane au-dessus de cette introspection à la tonalité lascive, douce et lumineuse. C’est le récit d’une reconstruction, d’une mue salvatrice, d’une rencontre avec soi, portée par l’élégance d’une plume qui façonne ici un premier roman.

     

    Les choix de Dominic Tardif


    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jean-François Caron et les «vraies» affaires


    De bois debout
    Jean-François Caron (La Peuplade)
    Opposer la proverbiale vraie vie à celle qui se trouve entre les pages des livres demeure un réflexe trop répandu au coeur de ce pays dépeignant encore souvent l’intellectuel en méprisable pelleteux de nuages (ou en boulet social). Afin d’épargner à son fils la honte qu’a un jour fait monter en lui sa propre vie de lecteur, un père tente (en vain) d’instiller dans l’esprit de l’enfant un dégoût de la littérature et de tout ce qu’elle représente. Avec ce troisième roman lucide et bouleversant, Jean-François Caron parle, pour de vrai, des vraies (!) affaires.

    L’embaumeur
    Anne-Renée Caillé (Héliotrope)
    Un père raconte son ancienne vie de thanatologue à sa fille, qui prend des notes. Visite de l’antichambre de la mort, ce livre glauque, improbable et parfois hilarant, calque sa plus grande qualité sur bon nombre de relations parent-enfant : c’est dans les silences précieux et nombreux de son écriture qu’Anne-Renée Caillé nous en dit le plus. Entre poésie et journalisme de l’intime, L’embaumeur personnifie brillamment le salutaire désir d’un pan de notre littérature préférant désormais déserter les sentiers balisés du roman traditionnel.

    Petite laine
    Amélie Panneton (Éditions de Ta Mère)
    Petite laine est, en apparence, une douce errance entre les rues d’un quartier Saint-Roch sous le joug sournois de l’embourgeoisement urbain, en compagnie des inventrices du tricot-graffiti. Mais par-delà ce sujet tout aussi singulier qu’intrigant, c’est la part forcément fictionnelle de nos souvenirs que contemple Amélie Panneton dans ce premier roman d’une grâce étincelante. Comment trois femmes peuvent-elles se rappeler une même amitié de trois manières différentes ? Bien avant que Donald Trump ne devienne président, la mémoire humaine générait déjà quantité de fake news.

    Peggy dans les phares
    Marie-Ève Lacasse (Flammarion)
    « Si tu te rends au bout de ce roman, on se marie. » Remercions chaleureusement l’épouse de Marie-Ève Lacasse de lui avoir lancé pareil ultimatum. De retour après avoir publié deux romans sous le pseudonyme de Clara Ness, puis s’être éclipsée un peu trop longtemps pour qu’on ne s’inquiète pas, la Québécoise installée à Paris déterre des marges des biographies de Françoise Sagan la figure discrète et droite de Peggy Roche, sa compagne de toujours. Sans en oblitérer les nombreuses parts d’ombre, elle offre à cette grisante histoire d’amour inconditionnel une écriture d’une élégance tout aussi grisante.












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