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    Les dix fictions d’ailleurs qui ont marqué l’année 2017

    30 décembre 2017 |Fabien Deglise, Christian Desmeules | Livres
    Deux planches tirées de la bande dessinée de Lucas Harari, «L’aimant»
    Photo: Sarbacane Deux planches tirées de la bande dessinée de Lucas Harari, «L’aimant»

    De l’Italie, du Groenland, des États-Unis ou de la France, l’ailleurs est venu à notre rencontre cette année. Nos critiques s’en souviennent en dix livres à retenir.


    Les choix de Fabien Deglise

     

     
    Une odyssée
    Daniel Mendelsohn, (Flammarion), traduit de l’anglais par Clothilde Meyer et Isabelle D. Taudière
    Laisser l’universalité d’un classique, L’odyssée d’Homère, circonscrire la relation d’un père et de son fils. Voilà ce que fait Daniel Mendelsohn dans ce récit magnifique qui revient sur la rencontre ultime de l’auteur avec son père, Jay, 81 ans, qui en 2012 a assisté à un séminaire universitaire donné par ce fils romancier sur le célèbre poème de la Grèce antique. Les retrouvailles d’Ulysse et de Télémaque teintent cette intimité familiale où l’un reconnaît l’autre, où deux émotions se rapprochent avant que l’une d’elles ne s’en aille.

    Notre vie dans les forêts
    Marie Darrieussecq (P.O.L)
    Il y a quelque chose du testament, celui d’une époque, d’une ère, d’une insouciance, dans cette dystopie racontée par Viviane, psychologue, évadée d’un monde dont l’humanité s’est perdue dans l’hyperconnexion et le culte aveugle de la technologie, pour se recomposer, avec d’autres résistants, dans les bois. L’horreur et les angoisses du présent y convergent, sous une plume juste et franche dont l’ironie subtile ne peut que mettre l’espoir en morceaux.

    Homo sapienne
    Niviaq (La Peuplade), Korneliussen, traduction du danois par Inès Jorgensen
    La vie existe bel et bien à Nuuk, capitale du Groenland. Les angoisses, les contradictions, les tensions culturelles, linguistiques, identitaires aussi. Avec un dynamisme puisant sa force dans le fragment, la jeune auteure de 27 ans les raconte et dévoile les doutes et l’inconfort de sa génération dans ce récit coup-de-poing qui, en 2012, a ébranlé ce territoire lointain de 56 000 âmes. Une réalité nordique rapprochée de la nôtre par cette première traduction en français.

    L’aimant
    Lucas Harari (Sarbacane)
    C’est le premier album de bande dessinée d’un jeune auteur qui laisse pantois par le talent, l’intelligence, la lumière et la fulgurance qu’il concentre dans chaque case. Minimalisme, ligne claire et couleur en aplats balisent le récit d’une fascination troublante, celle de Pierre pour les thermes de Vals, dans la région des Grisons en Suisse. L’architecture moderne des lieux signée Peter Zumthor donne son esthétisme à l’oeuvre et laisse son esprit teinter un mystère solidement bâti.

    Bakhita
    Véronique Olmi (Albin Michel)
    Enlevée par des négriers, alors qu’elle avait sept ans, dans les alentours de son village natal du Darfour, Bakhita a connu l’un de ses destins improbables qui donne corps aux figures fortes de l’histoire. Ce roman puise dans la réalité de cette femme devenue religieuse en Italie, au début du siècle dernier, au terme de sa traversée de l’enfer. Le livre de Véronique Olmi raconte également avec précision, justesse et une profonde empathie un voyage intérieur, une construction, sur le long chemin de l’asservissement, des sévices et de l’odieux.

     

    Les choix de Christian Desmeules

     

    Photo: Franck Ferville Éditions Denoël Rarement la confusion de l’adolescence a-t-elle été exprimée avec autant de justesse que dans le dernier livre de l’écrivain norvégien Karl Ove Knausgaard.


    Aux confins du monde. Mon combat, tome 4
    Karl Ove Knausgaard (Denoël), traduit du norvégien par Marie-Pierre Fiquet
    Au sortir du secondaire au milieu des années 1980, à 18 ans, obsédé par les femmes, l’alcool, la musique et la littérature, Knausgaard devient enseignant pendant une année dans un minuscule village de l’extrême nord de la Norvège. Ce 4e tome du monstre littéraire et autobiographique de l’écrivain norvégien revient sur cette époque de sa vie dans le style digressif et mal dégrossi qu’on lui connaît. Rarement la confusion de l’adolescence a-t-elle été exprimée avec autant de justesse. Une magie qui fonctionne.

    Volia Volnaïa
    Victor Remizov (Belfond), traduit du russe par Luba Jurgenson
    C’est une histoire puissante de braconnage et de corruption posée au coeur de l’immense taïga sibérienne, avec ses isbas au plancher de terre battue et ses Bouranes pétaradants. Capable d’envolées aux accents de sagesse cosmique, mais sans lyrisme, le Russe Victor Remizov tire de ces affrontements entre les hommes et la nature un roman fascinant qui se déroule à la manière d’un thriller. Un beau cri de liberté, de révolte et de désespoir.

    Les furies
    Lauren Groff (L’Olivier), traduit de l’anglais par Carine Chichereau
    Plus on avance dans le roman de Lauren Groff, et plus les fissures dans le miroir lisse du couple que forment ses deux protagonistes deviennent apparentes. Des drames secrets à la source de la personnalité de chacun se font jour. Que sait-on de l’autre ? Vraiment ? Ode à l’amour conjugal, roman féministe aux allures de tragédie grecque, Les furies est rempli de questions profondes et lancinantes — qu’est-ce qu’une vie réussie ? Qu’est-ce que la fidélité ? L’Américaine y explore sans merci le malentendu qui est peut-être à la source de toute histoire d’amour.

    Celle qui fuit et celle qui reste. L’amie prodigieuse, tome 3
    d’Elena Ferrante (Gallimard), traduit de l’italien par Elsa Damien
    Campé dans l’Italie des années 1970, dans une atmosphère de guerre civile larvée et de combats corps à corps menés dans l’intimité des couples, alors que l’amour et la sexualité sont à réinventer, le 3e tome de la tétralogie napolitaine d’Elena Ferrante séduit plus que jamais. Fidèle à sa narration méditative et haletante, l’écrivaine réussit encore une fois à captiver en nous exposant le destin de ces deux femmes, réalisant le délicat tour de force de mêler en un même souffle l’intime et le politique.

    Underground Railroad
    Colson Whitehead (Albin Michel), traduit de l’anglais par Serge Chauvin
    Une jeune esclave accepte de fuir la plantation où elle a grandi pour rejoindre le Nord et la liberté à travers un chemin de fer souterrain — matérialisation fictive et fantastique de réseaux clandestins qui ont véritablement existé. Avec ce 6e roman, prix Pulitzer et National Book Award en 2016, Colson Whitehead livre un portrait sans concession de l’esclavage au XIXe siècle et nous fournit des clés pour comprendre les États-Unis d’aujourd’hui. Un roman puissant et une vraie leçon d’histoire.












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