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    Entrevue

    Quatre questions à Drew Hayden Taylor

    9 décembre 2017 | Le Devoir - Propos recueillis par Dominic Tardif | Livres
    Drew Hayden Taylor
    Photo: Tomas King La Presse canadienne Drew Hayden Taylor
    « Christophe Colomb faisait affaire avec un pro des relations de presse », raille « l’Ojibwe aux yeux bleus » Drew Hayden Taylor dans C’est fou comme t’as pas l’air d’en être un !, recueil de chroniques torpillant à l’aide d’un humour plein d’autodérision les clichés pesant toujours sur la représentation des autochtones en fiction. Coup de fil à l’homme de théâtre et documentariste ontarien pour qui le mythique duo innu Kashtin, c’est ni plus ni moins que « Simon and Garfunkel avec un bronzage ».

    Vous rappelez dans une de vos chroniques datant de 1995 que la vraie histoire derrière le film de Disney Pocahontas en est fort probablement une d’exploitation sexuelle plutôt que d’amour. Le président Trump surnommait pourtant récemment la sénatrice Elizabeth Warren « Pocahontas », et la rappeuse américaine Nicki Minaj employait son image de manière sexualisante. Que diriez-vous à Nicki Minaj ?

    Je lui demanderais si elle est au courant de la vraie histoire. Cela dit, on ne peut pardonner l’ignorance que jusqu’à un certain point, et ensuite, c’est aux gens d’assumer la responsabilité de leurs choix. Il faut apprendre à douter de la véracité de ce qu’on nous présente. Vous voyez, moi, je ne suis pas complètement convaincu que la vraie Pocahontas parlait réellement aux ratons laveurs et aux oiseaux-mouches. [rires]

    Vous déploriez dans un texte paru en 1998 que seulement quatre stéréotypes de personnages autochtones dominent la fiction canadienne. Est-ce que les choses ont changé depuis ?

    Pas autant qu’on pourrait le penser. Plusieurs auteurs autochtones génèrent maintenant eux-mêmes des clichés. Au cours des 30 ou 40 dernières années, la renaissance littéraire autochtone a donné trois types de fiction : des fictions historiques, des fictions écrites du point de vue d’une victime et des fictions qui s’intéressent au stress post-colonial. Il fallait faire sortir le poison. Aujourd’hui, plusieurs personnes estiment frivole que j’écrive des fictions plus humoristiques alors que nos communautés font toujours face à la tragédie, mais je crois que l’humour, c’est le WD-40 de la guérison. On en a besoin.

    « Dire que tous les Blancs doivent porter le blâme [de ce que les peuples autochtones ont subi au Canada] me plonge dans un intolérable inconfort », écrivez-vous. Pourquoi ?

    Je me souviens d’une conférence à laquelle j’ai assisté et durant laquelle un Blanc s’était levé pour demander : « Pendant combien de temps vous attendez-vous à ce que je me sente coupable pour ce que mes ancêtres ont fait ? » Ce à quoi un chef de bande lui avait répondu : « Je ne m’attends pas à ce que vous vous sentiez coupable pour quoi que ce soit, mais si rien n’a changé dans 20 ans, là vous pourrez vous sentir coupable. »

    Les nombreuses excuses de Justin Trudeau aux peuples autochtones, vous y croyez ?

    Disons simplement que quiconque a déjà été impliqué dans une relation amoureuse dysfonctionnelle sait à quel point s’excuser, c’est facile. C’est ce qui vient après les excuses qui est le plus important.
    C’est fou comme t’as pas l’air d’en être un !
    Drew Hayden Taylor, traduit de l’anglais, Éditions Hannenorak, Wendake, 2017, 410 pages












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