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    Critique livre

    L’Istanbul d’Orhan Pamuk en noir et blanc

    L’écrivain turc laisse le souvenir photographique sonder le coeur de son oeuvre

    9 décembre 2017 |Christian Desmeules | Livres
    Dans les faubourgs d’Istanbul...
    Photo: Gallimard Dans les faubourgs d’Istanbul...

    Entre le rire et les larmes, il y a par bonheur encore mille et une raisons d’être fasciné par Istanbul.

     

    Les couches des civilisations qui s’y sont épanouies et nous donnent parfois l’impression de s’y confondre. Sa géographie fendue en deux par le Bosphore. Ses chats errants — milliers de petits sultans dont chaque habitant semble prendre soin. Ses journalistes emprisonnés. Son perpétuel balancement entre l’Orient et l’Occident — qui ne relève pas du cliché.

     


    L’écrivain turc Orhan Pamuk y est né en 1952. Et depuis Le livre noir jusqu’à Cette chose étrange en moi, Istanbul forme une sorte de noyau dur de ses livres. L’écrivain nobélisé a tenté de s’expliquer sur ce qui le liait à cette ville dans Istanbul, souvenirs d’une ville, un essai paru dans une première traduction française en 2007.

     

    Cette nouvelle édition en grand format s’enrichit aujourd’hui d’une introduction inédite et de nouvelles photographies qui nous plongent d’une certaine façon dans la tête de l’écrivain turc.

     

    Car lire et feuilleter ce livre, qui nous fait voir la métropole turque à travers le regard de photographes, de chroniqueurs ou d’écrivains qui s’y sont intéressés (principalement entre 1950 et 1975, période qui recouvre la jeunesse de Pamuk), c’est pénétrer surtout au coeur de l’oeuvre d’Orhan Pamuk.

     

    Un coeur qui vibre d’un sentiment mélancolique particulier : le hüzün — qui pourrait être rapproché du saudade lisboète.

     

    « Le hüzün à Istanbul renvoie à un sentiment important dans la musique locale, à un terme fondamental pour la poésie, et à un point de vue sur la vie, à un état d’esprit et à un matériau qui fait que la ville est ce qu’elle est. »

     

    Découvrir cette forme toute singulière de tristesse, c’est aussi commencer à saisir comment Constantinople est peu à peu devenue Istanbul dans la foulée de l’effondrement de l’Empire ottoman.

     

    « Pendant mon enfance, les nuits étaient belles parce que la ville, au fur et à mesure qu’elle s’appauvrissait, s’enfouissait en elle-même, se recouvrait d’une atmosphère trouble et pesante — comme de la neige —, qui l’imprégnait de poésie. »

     

    Gravures anciennes, photos de palais en ruine, instantanés de neige et de brouillard et archives familiales qui font revivre un Istanbul qui n’existe plus, l’écrivain a ajouté à l’édition originale quelque 230 photos.

     

    « Pour moi, nous dit Pamuk, le suprême idéal à atteindre pour un livre de photos est la redécouverte de notre vécu à partir d’objets, de rues et d’instants banals. »

     

    Rien de moins banal, toutefois, que ce livre, qui est autant un livre d’histoire qu’une tentative toute personnelle de comprendre la fascination qu’exerce encore et toujours Istanbul.


    Extrait de « Istanbul. Souvenirs d’une ville » « Aussi mal entretenues, dépourvues de tout soin et enfouies entre des tas de béton soient-elles, les moindres arches, les moindres fontaines, les moindres petites mosquées dans les recoins reculés font sentir avec douleur aux millions de personnes qui vivent parmi elles — autant que les grandes mosquées monumentales et les bâtiments historiques de la ville — qu’elles sont les résidus d’un grand empire. Mais les vestiges des grands empires effondrés ne sont pas, à Istanbul, comme des monuments historiques dans un musée à la manière des grandes villes occidentales […]. On se contente de vivre parmi eux. »
    Istanbul, souvenirs d’une ville
    ★★★★
    Nouvelle édition enrichie, 430 photographies, Orhan Pamuk, traduit du turc, Gallimard, Paris, 2017, 552 pages












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