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    1925–2017: Jean d’Ormesson, l’immortel espiègle

    Le romancier et doyen de l’Académie française n’est plus

    6 décembre 2017 | Alain Jean-Robert - Agence France-Presse à Paris | Livres
    L’écrivain français de renommée internationale, photographié dans le bureau de sa résidence à Paris en février 2006
    Photo: Olivier Laban-Mattei Agence France-Presse L’écrivain français de renommée internationale, photographié dans le bureau de sa résidence à Paris en février 2006

    Toute sa vie, il aura aimé le bonheur et les plaisirs : Jean d’Ormesson, le doyen des immortels de l’Académie française, est mort à l’âge de 92 ans, une disparition qui a suscité une myriade d’hommages.

     

    Le romancier — archétype de l’écrivain à la française — est décédé dans la nuit de lundi à mardi d’une crise cardiaque à son domicile de Neuilly-sur-Seine, aux portes de Paris, a précisé à l’AFP sa fille, l’éditrice Héloïse d’Ormesson. « Il a toujours dit qu’il partirait sans avoir tout dit et c’est aujourd’hui. Il nous laisse de merveilleux livres », a-t-elle ajouté entre deux sanglots.

     

    Le président de France, Emmanuel Macron, a salué en Jean d’Ormesson « le meilleur de l’esprit français, un mélange unique d’intelligence, d’élégance et de malice, un prince des lettres sachant ne jamais se prendre au sérieux ».

     

    L’ancien président François Hollande, qui l’avait décoré des insignes de Grand-Croix de la Légion d’honneur, s’est souvenu d’un homme qui « cherchait à séduire la gauche par sa culture, son esprit et sa subtilité ».

     

    Intime de Georges Pompidou, visiteur régulier de François Mitterrand à l’Élysée, compagnon de route de Nicolas Sarkozy, Jean d’Ormesson a établi une relation particulière entre le monde littéraire et le pouvoir.

     

    « Avec la mort de Jean d’Ormesson, la France perd un écrivain, l’Académie un immortel et moi, je perds un ami », a écrit Nicolas Sarkozy dans une tribune à paraître mercredi dans le Figaro.

     

    Au-delà des frontières, le premier ministre de Belgique, Charles Michel, a tweeté : « Intelligence, humour pétillant, son oeuvre et le bleu vif de ses yeux. Pensées pour Jean d’Ormesson. »

    Avec la mort de Jean d’Ormesson, la France perd un écrivain, l’Académie un immortel et moi, je perds un ami
    L’ancien président français Nicolas Sarkozy

    Paradoxe

     

    Homme brillant, espiègle, volontiers séducteur derrière son regard bleu malicieux, l’ancien directeur général du Figaro était un homme résolument de droite, mais aussi un amoureux fou de l’oeuvre du poète et communiste Louis Aragon.

     

    « Jean d’O », comme il était surnommé, restera surtout comme l’un des plus grands écrivains populaires français. Tous ses livres figuraient sur les listes des meilleures ventes.

     

    Dans le monde des lettres, le président de l’Académie Goncourt et ancien animateur d’Apostrophes, Bernard Pivot, qui avait invité dans son émission Jean d’Ormesson plus qu’aucun autre écrivain, a rappelé sur la radio RTL que le romancier disparu était « un hédoniste ».

     

    « Il a aimé à la folie la littérature, l’histoire, la philosophie, les femmes, les voyages, la mer, les vacances. Et puis tout ce qui relève de la culture, l’esprit à la française. […] Je crois que cette empathie qu’il suscitait et cette fascination qu’il exerçait, y compris sur des gens qui n’étaient pas de son bord, relevaient justement de cet appétit de la culture », a ajouté Bernard Pivot.

     

    Agrégé de philosophie, Jean d’Ormesson laisse une oeuvre prolifique de romans et d’essais. Privilège rare, la Pléiade l’avait fait entrer de son vivant dans sa prestigieuse collection en publiant un premier tome en avril 2015, qui comprend Au revoir et merci, La gloire de l’Empire, Au plaisir de Dieu et Histoire du Juif errant.

     

    Cette publication dans la collection de son « maître » Chateaubriand demeurait pour l’écrivain l’une de ses plus grandes fiertés.

     

    L’homme qui avouait avoir écrit son premier roman « pour plaire à une fille », obtint le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1971 pour La gloire de l’Empire. Deux ans plus tard, il est admis sous la Coupole au fauteuil de Jules Romains. À 48 ans, il devenait alors le benjamin de l’Académie.

     

    À sa manière, il a révolutionné la docte assemblée. C’est notamment lui qui se battra pour y faire entrer la première femme en la personne de Marguerite Yourcenar, élue en 1980, et dont il prononcera le discours de bienvenue en 1981.

     

    Le 41e et dernier livre de l’écrivain paraîtra en février chez Gallimard. Son titre sonne comme un défi : Et moi, je vis toujours.













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