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    Jamais Lu Québec: détruire (nous allons)

    Le festival confie à Catherine Dorion sa soirée de fermeture.

    4 décembre 2017 | Simon Lambert - Collaborateur | Livres
    Le Jamais Lu Québec confie à Catherine Dorion la soirée de fermeture de sa septième édition.
    Photo: Llamaryon Le Jamais Lu Québec confie à Catherine Dorion la soirée de fermeture de sa septième édition.

    « Je suis parce que nous sommes. » C’est la ligne éditoriale retenue par le Jamais Lu Québec qui, pour sa septième édition, confie à Catherine Dorion sa traditionnelle soirée de fermeture « festive et engagée ».

     

    À l’instar de la dizaine de textes de théâtre mis en lecture dans les trois jours du festival — du 7 au 9 décembre, exceptionnellement cette année au LANTISS de l’Université Laval —, la soirée de clôture sera une occasion de s’interroger sur l’individualisme galopant, et l’état du collectif. « Je pense qu’il ne se comprend plus [le collectif], avance Dorion. Il ne se sent plus, et il ne saurait pas par où, par quel filon repogner de la santé mentale, autre chose qu’un sentiment d’inconsistance. »

     

    Avec cinq comédiens et auteurs, dont Simon-Pierre Beaudet (Fuck le monde) et Bureau beige (Pensées pour jours ouvrables), l’auteure et comédienne souhaite prendre le contrepied de ce qu’elle décrit comme une tendance en création, lorsqu’il est question de tracer des ponts entre les individus notamment, à l’optimisme. « J’ai ramassé une gang qui était avec moi écoeurée, avec qui on avait jammé sur : “Ostie que c’est tannant, en art, l’injonction de devoir proposer quelque chose, de montrer de la lumière, un côté positif.” Et on s’est mis à triper sur l’idée de destruction. On s’est dit : “Tsé, tu peux pas juste créer tout le temps.” »

     

    Que ce soit la multiplication des images, l’information qui flotte dans le décor ou le rythme rapide de la ville, nous vivons maintenant dans la surcharge. « On a un sentiment d’inconsistance collective, pourtant nos vies sont extrêmement denses : dans nos têtes c’est extrêmement dense, dans notre agenda, nos rues, c’est extrêmement dense… »

     

    Le rôle des artistes dans cette « forêt trop dense » ne serait dès lors plus d’ajouter à la beauté du monde, façon fleurs, mais d’élaguer, façon machette : « C’est ben beau, créer de l’espoir, mais est-ce qu’il n’y a pas quelque chose, sur notre chemin, qui nous empêche de le trouver ? »

     

    L’élagueuse en chef fait le pari que la suite passe par un peu de casse, d’où le titre de la soirée : As-tu détruit quelque chose de laid aujourd’hui ? « Il y a une espèce d’injonction de l’espoir. Ça, ça fait qu’on se sent crottés, on ne se sent pas bien de ressentir du découragement, du pessimisme, de la colère… Alors que c’est le début de toutes les révolutions. »

     

    Québec aux premières loges

     

    Dans ce sombre état des lieux, l’auteure des Luttes fécondes fait apparaître en filigrane un portrait pour le moins inattendu de la capitale, qu’elle présente comme un lieu de création insoupçonné. « La violence, c’est le grand tabou collectif : la violence, “c’est mal”, ironise Dorion. Il nous manque la colère ; je pense qu’il faut renouer avec elle, parce que, pour l’instant ceux qui renouent avec la colère, c’est une droite qui est à la solde du système. »

     

    Or cette droite continue de faire les manchettes dans ce qu’on appelle parfois le « mystère Québec », poignant sous les formes diverses du tout à l’auto ou des radios d’opinion, des manifestations de La Meute. Paraphrasant Beaudet, Dorion souligne que Québec, curieusement, peut être vue au-delà de la carte postale comme un présage de ce qui attend les sociétés occidentales. « Québec est une ville détruite ; il faut voir comment, juste dans les années 1970 et 1980, tout a été fait pour couper la vie qu’il y avait… ».

     

    Ce contexte d’étiolement de l’être ensemble appellerait la dissidence et, curieusement, ferait de la capitale « un excellent endroit où créer » : « Ici, on est aux premières loges de la guerre culturelle. On est sur la ligne de front de la guerre culturelle. »

    Le 9 décembre, avec Simon-Pierre Beaudet, Bureau beige, Catherine Dorion, Thomas Langlois, Gabriel Fournier et Annabelle Pelletier-Legros.
    As-tu détruit quelque chose de laid aujourd’hui ?
    Au LANTISS de l’Université Laval












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