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    La franchise d’un regard sur l’audace d’un milieu

    2 décembre 2017 |Marie Fradette | Livres
    Le vétéran éditeur et auteur Robert Soulières s’est vu décerner le prix Fleury-Mesplet 2017, dans le cadre du Salon du livre de Montréal.
    Photo: Philippe Girard Le vétéran éditeur et auteur Robert Soulières s’est vu décerner le prix Fleury-Mesplet 2017, dans le cadre du Salon du livre de Montréal.

    De l’anorexie masculine à la transidentité en passant par le viol, les sujets forts ou délicats ne font pas peur à la littérature jeunesse. Mais reste-t-il un territoire sombre, un recoin moral qu’elle n’a pas encore osé explorer ?

     

    Le vétéran éditeur et auteur Robert Soulières qui, en novembre dernier, s’est vu décerner le prix Fleury-Mesplet 2017, dans le cadre du Salon du livre de Montréal, en doute. « Prenez Camille Bouchard, dit-il au téléphone. Il a exploré à peu près tout. Dans le milieu, on l’appelle “ Monsieur tabous ”. L’aide à mourir, l’intimidation, la violence, la question des réfugiés… », il n’y a rien à son épreuve. Les Éditions de Mortagne ont aussi une collection « Tabou », ajoute-t-il, qui fait entrer dans la littérature jeunesse des récits évoquant la violence conjugale — psychologique et physique —, l’hyperphagie boulimique, l’automutilation, la bipolarité, et ce, dans un esprit thérapeutique ou préventif : chaque livre se clôt sur les ressources disponibles pour venir en aide aux victimes.

     

    Des oeuvres singulières

     

    Est-ce là une fascination pour le mal ? Plutôt une volonté d’offrir des oeuvres singulières dans une époque où la production de livres est toujours plus abondante. « Mais encore faut-il que les auteurs en écrivent des livres sur des sujets nouveaux, poursuit l’éditeur. Nous, on édite ce qu’on reçoit. »

    Les romans de Camille Bouchard sont extraordinaires, mais les ventes ne sont pas aussi bonnes que ses livres sont bons. C’est toujours la littérature plus légère qui remporte le jackpot. Les livres plus songés, eux, ont une existence un peu plus confidentielle.
    Robert Soulières
     

    Il dit avoir accepté récemment un projet de livre de Francine Labrie qui aborde la question des centres communautaires et de la pauvreté.

     

    « Elle parle des centres d’entraide, du bien-être social. Je trouvais ça original et encore peu exploité. Si on reçoit des manuscrits sur des sujets ressassés trop souvent, on laisse tomber. La mort, par exemple, il y a plein de livres sur ce thème. »

     

    Un paradoxe

     

    L’audace s’accompagne toutefois d’un paradoxe. Les auteurs osent, les éditeurs suivent, les livres sont récompensés par des prix, mais au bout du compte, ils ne remportent pas toujours le succès qu’ils devraient auprès des jeunes.

     

    « Les romans de Camille Bouchard sont extraordinaires, mais les ventes ne sont pas aussi bonnes que ses livres sont bons, dit Robert Soulières. C’est toujours la littérature plus légère, qui remporte le jackpot. Les livres plus songés, eux, ont une existence un peu plus confidentielle. »

     

    Il admet qu’« il faut être en forme et pas trop fragile pour lire ce genre de livres. Quand j’étais petit, je lisais Bob Morane. Je ne voulais pas me casser la tête non plus. C’est en lisant qu’on devient lecteur et il faut commencer quelque part ».

     

    L’audace a parfois ses limites. Le très ouvert d’esprit Sexy défi de Lou Lafleur, écrit par Sarah Lalonde (Bayard) et relatant de façon explicite les premières expériences sexuelles d’une adolescente de 16 ans, en a fait l’expérience.

     

    Le texte allait-il trop loin ? Robert Soulières, qui a refusé d’éditer le roman, affirme pourtant que non. « Il faut laisser la liberté à l’auteur. C’est très important de respecter ça. Je suis plus à l’aise avec des thèmes comme l’aide à mourir que la sexualité. Je suis content qu’un éditeur ait pris le flambeau [Bayard Canada, en l’occurrence]. Il faut être à l’aise avec ce qu’on publie. »













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