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    Le libraire Richard Gingras n'est plus

    24 novembre 2017 |Jean-François Nadeau | Livres
    Le libraire Richard Gingras
    Photo: Librairie Le Chercheur de trésors Le libraire Richard Gingras

    Il était aux livres anciens pour le Québec ce que son échoppe était à la tumultueuse rue Ontario : un incontournable. Le libraire Richard Gingras est décédé subitement mardi matin. Il avait 63 ans.

     

    Après 40 ans à dénicher des autographes, des livres rares, des reliures fines et des photographies anciennes au bénéfice de collectionneurs autant que grandes institutions comme la Bibliothèque nationale, Richard Gingras avait accumulé des trésors de toutes sortes. Il servait régulièrement d’expert principal pour des évaluations de bibliothèques patrimoniales.

     

    Ses fidèles, souvent des bibliophiles aguerris, attendaient avec impatience la parution de ses catalogues, véritables chefs-d’œuvre de description réalisés selon les règles de l’art de la terminologie précise propre à son métier. Les catalogues du Chercheur de trésors devenaient eux-mêmes des objets de collection et de référence. Le dernier réalisé par ce fumeur de pipe invétéré était consacré à l’histoire du tabac à travers des ouvrages anciens et rares.

     

    « C’était un coureur de longue durée », dit le poète Alain-Arthur Painchaud, fondateur de Steak Haché, cette revue au format long éditée par Richard Gingras. Entre 1998 à 2007, Steak Haché connut 109 parutions.


    « L'ami des poètes »
     

    Gingras se tenait par naturel loin de toutes les mécaniques qui prédisposent aux idéologies littéraires établies. Baigné dans l’univers de la contre-culture en général et des poètes de la Beat Generation en particulier, il tissait dans les marges de résistances parfois fulgurantes son propre panthéon littéraire, tout en connaissant très bien toutes les littératures plus officielles. « C’était une véritable résidence d’artistes au Chercheur de trésors. C’était l’ami des poètes », témoigne Alain-Arthur Painchaud. Gingras avait aussi chanté les poètes sous le nom de scène de Jack Drill.

     

    « Quand il a débuté, il était installé dans un cagibi rue Sainte-Catherine, tout près de la rue Saint-Laurent. L’hiver, les prostituées venaient se réfugier dans sa librairie pour avoir moins froid. Il croyait que tout ça cesserait lorsqu’il est déménagé rue Ontario, mais ça a continué », se souvient François Côté, président de la Confrérie de la librairie ancienne du Québec (CLAQ) et ami proche. Dans son commerce paisible défilaient les passionnés autant que de hautes figures de la littérature. Gaston Miron notamment fut un client régulier de sa librairie.

     

    La vitrine du Chercheur de trésors, baptisée en l’honneur du premier roman canadien-français publié en 1837, présentait toujours en bonne place les œuvres de son écrivain adulé, le poète Denis Vanier, ainsi que les œuvres de la muse de celui-ci, Josée Yvon. Au sujet de Vanier, Richard Gingras était intarissable, bien que jamais rien ne semblait en mesure de lui faire quitter un calme olympien.

     

    « Il avait étudié en architecture, mais comme quiconque dans ce milieu, il possédait une culture générale assez extraordinaire », dit François Côté. Athée au point de s’être donné la peine de demander une apostasie, Richard Gingras ne souhaitait pas pour lui des funérailles.

     

    Outre le mythique Richard Gingras, la librairie ancienne a perdu au Québec des figures importantes au cours des derniers mois. Depuis l’été, en effet, sont aussi décédés Claudine Villeneuve, de la librairie Argus, et le réputé libraire Alfred Van Peteghem, lequel offrait à la vente, pour le 375e anniversaire de Montréal, une très rare lettre manuscrite de Paul de Chomedey de Maisonneuve. « J’espère qu’il y aura de la relève », dit la sœur de Claudine Villeneuve, à la veille de liquider la librairie. « Nous sommes tous un peu inquiet pour l’avenir », dit pour sa part François Côté.













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