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    Fiction canadienne

    Passions illicites dans une Italie fantasmée par Mark Rutkin

    11 novembre 2017 | Manon Dumais - Collaboratrice | Livres
    Mark Frutkin fait entrer en scène les personnages de la «commedia dell’arte» dans une féroce comédie.
    Photo: Sandra Russell Mark Frutkin fait entrer en scène les personnages de la «commedia dell’arte» dans une féroce comédie.

    Campé en trois espaces-temps, Le saint patron des merveilles, roman ludique à souhait de Mark Frutkin, transporte le lecteur dans une Italie fantasmée et fantastique où se côtoient religieux et mécréants, belles duchesses et prêtres torturés, jeunes amoureux et vieux filous.

     

    Dans un premier temps, l’auteur américain naturalisé canadien met en scène don Fabrizio Cambiati, prêtre amateur d’astronomie et d’alchimie, et Omero, son valet qui ne pense qu’à boire et à manger, au moment où un événement extraordinaire survient à Crémone, en 1682 : « Près de l’horizon, la tête de la comète brillait d’un blanc argenté, sa queue composée d’un brouillard de plumes luminescentes, comme si quelqu’un avait enflammé une colombe et l’avait lancée par-dessus les remparts. »

     

    Dans un deuxième temps, le romancier demeure à Crémone mais se déplace en 1758, où il s’intéresse au destin de monsignor Michele Archenti, avocat du diable enquêtant sur Cambiati, que les Crémonais souhaitent faire canoniser. À cette fin, il devra passer en revue tous les récits, tous plus farfelus et incroyables les uns que les autres, le concernant.

     

    « De temps à autre, lorsque la foule d’enfants se faisait trop insistante et fatiguée d’attendre, Omero nouait sa corde autour de la cheville de don Fabrizio et tous deux déambulaient jusqu’au bout de la rue puis revenaient. Les enfants couraient et sautaient derrière, riant et applaudissant pendant qu’Omero marchait avec un air renfrogné. »

     

    Outre le spectre de Cambiati hantant le récit campé en 1758, deux figures importantes évoluent dans les deux histoires que séparent 76 années : Rodolfo, l’Homme des roseaux, qui traîne sur son dos le squelette de son frère qu’il a assassiné, et Maria Andrea, duchesse de Crémone, qui a bien connu Cambiati.

     

    En rencontrant cette dernière, Archenti en perdra presque ses moyens : « Son visage desséché était si profondément ridé qu’il avait l’air d’avoir été coupé au couteau. Malgré son âge et ses infirmités, elle avait des manières aristocratiques. » Refusant de lui dévoiler ses secrets, la duchesse nonagénaire lui enverra son arrière-petite-fille, Elettra, pour le distraire. Et une fois de plus apparaît dans le ciel une comète.

     

    Dans un troisième temps, et dans un style excessif détonnant désagréablement avec celui des deux autres récits, Mark Frutkin fait entrer en scène les personnages de la commedia dell’arte dans une féroce comédie où, à l’instar du récit se déroulant aux XVIIe siècle, un violon rend fou d’amour.

     

    Puisant son inspiration dans l’imagerie religieuse des fresques de la Renaissance italienne, dans les personnages frivoles du Décaméron de Boccacce et dans les thèmes grivois de la commedia dell’arte, Frutkin livre une oeuvre aussi foisonnante qu’étourdissante dans laquelle il s’amuse des prétentions de l’être humain, de ses désirs les plus nobles comme les plus honteux, des mystères de la foi, des plaisirs de la chair et des feux de l’amour.

     

    D’une luxuriance qui force l’admiration, Le saint patron des merveilles passe d’un lieu à l’autre, d’une époque à l’autre et d’un personnage à l’autre en multipliant allègrement les effets de miroir, les variations sur un même thème, opposant avec le même bonheur le sublime et le grotesque, l’ordre et le chaos. Imitant la logique implacable du cycle de la vie, le roman célèbre sans retenue le triomphe du coeur sur l’esprit, de la passion sur la raison.

    Le saint patron des merveilles
    Mark Frutkin, traduit de l’anglais par Catherine Leroux, Alto, Montréal, 2017, 394 pages












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