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    Critique livre

    Bande dessinée — Deux sociologues devant la misère des bien nantis

    «Panique dans le 16e!» dissèque ce pouvoir des riches cultivé par leur refus de la mixité sociale

    28 octobre 2017 |Sophie Chartier | Livres
    Le livre du couple de sociologues formé par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon expose comment, avec toutes sortes d’arguments contradictoires, les riches des beaux quartiers se soustraient au devoir de solidarité de la vie en société.
    Photo: La ville brûle Le livre du couple de sociologues formé par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon expose comment, avec toutes sortes d’arguments contradictoires, les riches des beaux quartiers se soustraient au devoir de solidarité de la vie en société.

    Un soir de mars 2016, à l’Université Paris-Dauphine, de furieux résidants (fortunés) du très chic 16e arrondissement de la Ville lumière prennent part à une réunion publique qui doit présenter le processus d’implantation d’un centre d’hébergement d’urgence pour personnes sans abri. L’assemblée est dissoute après quelques minutes seulement par le directeur de l’université, dégoûté par la succession d’insultes vociférées par les riverains opposés au projet. C’est par cet épisode d’une rare violence que s’amorce Panique dans le 16e ! Une enquête sociologique et dessinée, qui décortique le maintien du pouvoir des classes sociales riches par leur refus de la mixité.

     

    Accompagnés du bédéiste et illustrateur Étienne Lécroart, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (Tentative d’évasion (fiscale), Le président des riches, Sociologie de la bourgeoisie), sociologues experts de la grande bourgeoisie depuis une trentaine d’années, entraînent le lecteur le long des bucoliques sentiers du bois de Boulogne, grand espace vert qui borde les beaux quartiers du 16e, à la rencontre d’une classe sociale qui cultive son pouvoir politique et social grâce à l’entre-soi.

     

    Transformé en personnages de bédé, le couple d’intellectuels, qui n’a jamais caché son soutien aux classes populaires, interpelle directement les bourgeois rencontrés au fil de son enquête, mettant en lumière les contradictions d’une classe habituellement associée au bon goût.

     

    Nous y faisons ainsi la connaissance de Claude Goasguen, maire de l’arrondissement et incarnation de la grossière impunité des riches, de Bernard Arnault, première fortune de France et président du groupe LVMH, conglomérat du luxe, et de Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris chargé du logement, qui tient mordicus à obliger l’arrondissement à apporter sa contribution à l’aide aux démunis. « Le 16e n’est pas une principauté », affirme ce dernier.

     

    Car le nerf de la guerre est là : le livre expose comment, avec toutes sortes d’arguments contradictoires (« la richesse crée de l’emploi », « nous payons beaucoup plus d’impôts que les pauvres », « le bois de Boulogne doit rester public »), les riches des beaux quartiers se soustraient au devoir de solidarité de la vie en société. De fait, le taux de logements sociaux dans le quartier examiné n’est que de 3,7 %, alors qu’il atteint 18 % dans l’ensemble de la capitale française, peut-on lire.

     

    Dans un monde où l’on présente la mixité sociale comme une vertu, les Pinçon-Charlot sont là pour rappeler que celle-ci incomberait avec beaucoup plus de difficulté à une classe en particulier.

     

    Ce petit album, qui fait alterner planches et récit d’enquête, est une sympathique porte d’entrée dans l’oeuvre des deux chercheurs, infatigables talonneurs de l’oligarchie économique. Si les références (lieux, entreprises, institutions) peuvent échapper au lecteur non initié à la vie parisienne, le propos est facilement transposable aux quartiers bien nantis des métropoles nord-américaines. Car partout la richesse aime défendre à la mort son homogénéité.

    Panique dans le 16e !
    ★★★ 1/2
    Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, illustré par Étienne Lécréoart, La ville brûle, Paris, 2017, 91 pages












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