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    Pierre Morency, cinquante ans d’un monument

    26 octobre 2017 | Simon Lambert - Collaborateur à Québec | Livres
    Pierre Morency continue de filer patiemment son œuvre, en même temps qu’il continue de souhaiter pour la poésie une place plus forte dans la cité.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Pierre Morency continue de filer patiemment son œuvre, en même temps qu’il continue de souhaiter pour la poésie une place plus forte dans la cité.

    L’homme de lettres Pierre Morency fête cette année 50 ans de métier. Sa mise à l’honneur au festival Québec en toutes lettres est l’occasion d’un retour sur un demi-siècle d’une écriture toujours en mouvement.

     

    En 1992, après la parution de Lumière des oiseaux, le poète de l’île d’Orléans évoquait son désir de mener une vie entièrement vouée à l’écriture. C’était 25 ans après Poèmes de la froide merveille de vivre, son premier recueil paru en 1967. « Quand j’ai commencé à écrire, j’étais dans l’époque effervescente de la prise de conscience nationale, il y avait un mouvement. » Mouvement qui, pour lui, a pris la forme d’une exploration du territoire, de la vie amoureuse et de la famille, de ce qu’il appelle son « domaine ». « C’était à l’époque de la révolution… Je me suis dit : “La révolution, je vais d’abord commencer par la faire en moi-même.”  »

     

    S’il n’a pas derrière lui les 50 volumes qu’il aurait aimé écrire, l’homme âgé de 75 ans, qui a ébauché dans le dernier demi-siècle une production riche et maintes fois saluée, continue de filer patiemment son oeuvre, en même temps qu’il continue de souhaiter pour la poésie une place plus forte dans la cité. « Encore là, elle y est. Imaginez le nombre de jeunes poètes, aujourd’hui, de jeunes très bons poètes qui publient, qui se produisent… Mais ce que je trouverais normal, c’est que la poésie — et je pense que ça va venir — fasse partie de la vie. »

     

    Il évoque les citations de Valéry sur la place du Trocadéro, à Paris, ou les longues phrases ornant les murs des musées à Mexico… Mais ici ? C’est dans cet esprit combattant qu’il louait en 1969 des panneaux d’affichage pour y exposer des poèmes, un coup d’éclat qui l’a fait connaître à ses débuts. Au personnage de Trom, son double littéraire, il ferait dire plus tard, dans la lignée d’un Octavio Paz qui soutenait que « la solitude du poète atteste le déclin social », qu’on juge la santé d’une société à la façon dont elle traite ses poètes.

     

    L’oeuvre en mouvement

     

    Cette solitude, par ailleurs, il ne l’a pas vécue tout à fait, lui dont les parutions ont été « généralement bien reçues ». « Mais je sais que la plupart des poètes travaillent dans une grande solitude, davantage ceux qui pratiquent une poésie qui pour eux rencontre leur volonté d’offrir une poésie vraiment moderne, d’aller à l’avant-garde de l’expression », dit Morency, qui qualifie son travail d’« accessible ».

     

    La reconnaissance obtenue ne l’empêche pas d’interroger notre rapport à la poésie, ce « rapport personnel, intérieur » que nous avons tous, « parce que nous sommes tous des êtres qui rêvent la nuit, et nous y parlons davantage en poèmes qu’en discours économiques ou en langue de bois ».

     

    Or quelle place reste-t-il pour cette façon d’habiter le langage dans une époque au temps morcelé, en mille cases vite occupées ? « C’est une question extrêmement cruciale, ça fait beaucoup partie de mes réflexions », dit celui qui, en janvier, fera paraître un nouveau titre qu’il se garde de dévoiler. « Je m’avance, ici, mais comme pour la religion, il y a un interdit social envers la poésie ; il y a quelque chose, une espèce de problème, quoi… J’ignore toutefois si c’est à garder, je commence à peine à penser à ça… »

     

    On le sent l’oeil vif, l’esprit toujours en mouvement, et peu préoccupé par la pérennité de son oeuvre. « J’ai rien fait pour mousser ma carrière, je suis très heureux comme ça. J’ai jamais rien demandé : si ça a de la valeur, ça va s’imposer. » Ce détachement n’enlève rien, bien sûr, aux convictions qui surgissent ici et là, et qui le tiennent dans l’écriture. « Parfois, dans ces moments, je me dis que je viens de toucher quelque chose qui ne peut pas mourir. »

     

    Soirée hommage à Pierre Morency et lancement de L’écrit primal 56. Soirée animée par Bernard Gilbert, avec Pierre et Catherine Morency, ainsi que les collaborateurs de L’écrit primal. À la Maison de la littérature, à Québec, ce jeudi à 17 h.













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