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    Éducation financière

    Louis Cornellier
    14 octobre 2017 |Louis Cornellier | Livres | Chroniques

    Si j’enseignais au secondaire, j’aimerais bien donner le nouveau cours d’éducation financière implanté cette année. Je lui donnerais un tour critique qui, j’en suis convaincu, captiverait les élèves.

     

    Tout en respectant le programme, dont l’objectif principal semble être de former des agents économiques éclairés, j’enseignerais aux jeunes, en leur faisant lire un texte de Pierre Fortin (voir Le Petit Fortin, L’actualité, 2013), que l’argent ne fait pas le bonheur ; je leur parlerais des bienfaits de la simplicité volontaire en leur proposant des extraits de La « pauvreté » vous rendra libres ! (Novalis, 2016), de Dominique Boisvert ; je leur apprendrais à devenir des consommateurs plus lucides à l’aide du livre On veut votre bien et on l’aura (Transcontinental, 2011), de Jacques Nantel et Ariane Krol ; je les amènerais à réaliser, enfin, en leur faisant découvrir le phénomène des paradis fiscaux, que la cupidité mène à la ruine des sociétés humaines civilisées. Ce serait, il me semble, toute une aventure. Dans une société où le Parti libéral du Québec passe pour le « parti de l’économie », ce ne serait pas un luxe, en tout cas.

     

    De l’audace pédagogique

     

    J’avoue ne pas partager la frilosité des syndicats d’enseignants, qui ont exprimé bien des réserves quant à l’implantation de ce cours dès cette année. L’affaire, ont-ils dit, allait trop vite, la préparation des enseignants n’était pas adéquate et le matériel pédagogique manquait. D’autres intervenants, dans une perspective de gauche, ont contesté le caractère un peu trop libéral du contenu du cours.

     

    Ces résistances sont pourtant facilement surmontables. Il est vrai que le programme a un aspect terre à terre et n’incite pas directement à la critique du système économique actuel. Sa formulation permet néanmoins à un enseignant audacieux de l’enrichir. Pour atteindre la compétence principale qui consiste à « prendre position sur un enjeu financier », le programme propose une foule d’« apprentissages », parmi lesquels on trouve des éléments comme les normes du travail, les rôles d’un syndicat, les raisons pour lesquelles l’État prélève des taxes et impôts et les conséquences de la fraude fiscale. Beaucoup de pain sur la planche pour un esprit critique, donc.

     

    Ce cours de 5e secondaire, de plus, ne dure que 50 heures. Un enseignant sérieux peut donc s’y préparer sans un effort surhumain, et le contenu de qualité sur le sujet ne manque pas. En voici deux exemples.

     

    Dans Petits secrets et gros mensonges de votre banquier (VLB), le conseiller et chroniqueur financier Fabien Major constate l’ignorance financière des Québécois et s’en inquiète. « Une majorité d’entre eux ne font pas de budget, confondent REER et CELI, croient qu’on ne paie pas de frais de gestion sur les placements, sont heureux d’avoir plus de cinq cartes de crédit… et s’imaginent naïvement qu’un banquier travaille dans l’intérêt de ses clients », écrit-il.

     

    Partisan de l’éducation financière à l’école, Major veut outiller le grand public en cette matière en exposant les astuces utilisées par les institutions financières pour s’enrichir à nos dépens. Dans un style cordial, il démystifie le fonctionnement de la finance. Sévère à l’endroit de la rapacité des banques, Major ne remet toutefois pas les bases du système financier en question ; il se contente de suggérer, à la manière d’un Pierre-Yves McSween, quelques réformes et d’enseigner à son lecteur à bien se tirer d’affaire dans cette jungle. C’est bien, mais c’est insuffisant.

     

    Une urgence morale

     

    Dans La grande dérive (Les Éditions du Journal), sous-titré Comment les riches, les entreprises et les magouilleurs canadiens utilisent les paradis fiscaux, Jean-François Cloutier, du Journal de Montréal, mène une très éclairante enquête sur ce fléau économique contemporain. En se réfugiant dans les paradis fiscaux, les riches du monde entier, et ceux du Canada et du Québec ne font pas exception, font reposer sur les seules épaules de la classe moyenne le financement des services publics, qui rendent nos sociétés équitables et humaines.

     

    Que l’on soit de gauche ou de droite, on devrait considérer, si on est honnête, le combat contre cette trahison des nantis comme une urgence morale. Or, révèle Cloutier, qui n’hésite pas à courageusement identifier des individus et des compagnies renommés mais peu recommandables, le gouvernement canadien, privé de revenus astronomiques par ces arnaques, brille par sa complaisance envers les champions de l’évasion et de l’évitement fiscaux. « Pour protéger quoi ou qui ? » demande Dany Doucet, rédacteur en chef du Journal de Montréal, dans la préface de cet ouvrage.

     

    Dans mon cours d’éducation financière, je proposerais des réponses à cette question. Nous aurions du plaisir.













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