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    Seul contre les loups

    Avec «L’habitude des bêtes», Lise Tremblay nous entraîne en terrain connu

    30 septembre 2017 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    Avec «L’habitude des bêtes», Lise Tremblay nous entraîne en terrain connu.
    Photo: Martine Doyon Avec «L’habitude des bêtes», Lise Tremblay nous entraîne en terrain connu.

    Marqué par le temps qui passe, alourdi par la vieillesse et par la mort qui rôde autour de quelques personnages, comme une meute de loups qui assiège un village, L’habitude des bêtes, le cinquième roman de Lise Tremblay depuis L’hiver de pluie en 1990, est éclairé par la lumière grise de l’automne.

     

    Dans un village du Saguenay, des orignaux mutilés, morts ou blessés ont été récemment découverts. On soupçonne vite qu’ils ont été attaqués par une meute de loups qui rôde depuis peu dans la région.

     

    Dentiste retraité, longtemps passionné de chasse et de pêche — jusqu’à piloter son propre hydravion —, celui que tous appellent encore « docteur Lévesque » est le témoin plus que l’acteur d’un sombre branle-bas de combat.

     

    Originaire de Montréal, ce sexagénaire a été l’un des premiers « étrangers » à acheter un chalet dans le village. Et même après vingt ans, on considère toujours sa présence comme une sorte d’anomalie. Installé à temps plein dans son chalet après son divorce, il ne chasse plus et y vit tranquillement seul avec son vieux chien, Dan, qu’un Amérindien lui avait mis entre les mains il y a longtemps. Son chien, explique-t-il, lui a en quelque sorte rendu un peu de son humanité.

     

    Autour de ce loup solitaire gravitent une vétérinaire, un voisin qui « ne se trompe jamais sur les bêtes ni sur les humains », Rémi, et une femme de 83 ans, ancienne propriétaire du dépanneur local qui vit seule dans son chalet, Mina, prête à regarder la mort en face et sans ciller.

     

    Un peu plus loin, il y a sa fille psychotique qui souffre de « troubles de l’identité de genre » et qui veut se faire amputer les seins. Est-elle transgenre ? Elle ne cherche pas davantage à devenir un homme : elle ne veut rien qui dépasse. « Elle répétait qu’elle voulait être rien. »

     

    Préoccupé par la condition de sa fille, souffrant d’insomnies chroniques, inquiet des tensions qui secouent le village et désemparé par la mort prochaine de son chien malade, le narrateur de L’habitude des bêtes semble marcher au bord d’un précipice.

     

    Tout comme la fille du narrateur cherchant à faire disparaître tout « ce qui dépasse » de la surface de son corps, quelques chasseurs du village vont se mettre en tête d’éliminer les loups, ennemis immémoriaux de l’homme venus déranger leurs petits privilèges et leurs habitudes confortables de prédateurs.

     

    Alors que le village est sous tension et que son monde se met à tanguer, son propre instinct de survie lui dicte encore la prudence et l’isolement. « J’ai appris il y a longtemps à ne pas me mêler de ce qui se passe au village. Ils sont comme les loups, ils vivent en meute et se protègent. Ils peuvent s’entre-tuer, mais ne t’avise pas d’intervenir, même la victime va se retourner contre toi. »

     

    Un corps étranger qui remet en question l’homogénéité d’un écosystème isolé, des magouilles de campagne et des secrets ataviques : c’est un terrain marécageux déjà exploré avec force par Lise Tremblay, on s’en souvient, avec les nouvelles de La héronnière (2003).

     

    Si la manière semble être proche, l’écrivaine née à Chicoutimi en 1957 revisite ces espaces de la fiction au moyen de phrases qui ont la tonalité sèche du compte-rendu, sans véritable souffle et sans beaucoup d’éclat non plus. Un cru plus faible.

    « Dan avait été un accident de parcours, un vrai accident qui change la direction d’une vie. J’en étais conscient et j’en avais vaguement honte. Je n’avais été rescapé d’aucune catastrophe ni n’avais accompli un quelconque acte de bravoure. Un jour, on m’avait donné un chien et j’avais changé. » Extrait de «L'habitude des bêtes»

    L’habitude des bêtes
    ★★★ 1/2
    Lise Tremblay, Boréal, Montréal, 2017, 168 pages












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