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    Perspectives

    Angela Merkel ou la force tranquille

    La journaliste Marion Van Renterghem publie une biographie sur la chancelière de la stabilité allemande

    23 septembre 2017 | Danielle Laurin - Collaboratrice à Paris | Livres
    Depuis des mois, les sondages donnent gagnante Angela Merkel avec une confortable avance devant son adversaire social-démocrate, Martin Schulz.
    Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse Depuis des mois, les sondages donnent gagnante Angela Merkel avec une confortable avance devant son adversaire social-démocrate, Martin Schulz.

    Elle sera fort probablement réélue ce dimanche 24 septembre à la tête de l’Allemagne. Après 12 ans au pouvoir, Angela Merkel incarne la stabilité. « Les Allemands n’ont pas envie de changement, dans la mesure où le pays se porte bien », commente la journaliste Marion Van Renterghem, qui signe un livre-portrait sur la chancelière de 63 ans.

     

    « Pour une Allemagne où il fait bon vivre » : c’est le slogan de campagne de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) que préside Angela Merkel. Depuis des mois, dans le pays le plus riche d’Europe, les sondages la donnent gagnante avec une confortable avance devant son adversaire social-démocrate, Martin Schulz.

     

    Face au vote des Britanniques pour le Brexit, autrement dit face à une Europe fragilisée par la sortie annoncée du Royaume-Uni, mais aussi face à l’élection de l’imprévisible Donald Trump aux États-Unis, celle que les Allemands surnomment « Mutti » (maman) et qui s’avère l’une des femmes les plus puissantes du monde représente un gage de sécurité, plaide l’auteure Marion Van Renterghem.
     

    Dans Angela Merkel. Un destin, elle présente la chancelière comme « ce capitaine tranquille, moral, efficace, rassurant et modeste, dont le temps a besoin ».

     

    En entrevue à Paris, la journaliste qui a enquêté sur les traces de son sujet un peu partout en Allemagne rapporte une blague entendue là-bas : « Merkel, c’est comme un plat de lentilles. Ce n’est pas très beau, ce n’est pas génial, pas très excitant, mais au moins ça nourrit bien et on sait ce qu’on a. »

     

    Si elle trouve ces propos quelque peu vulgaires, cette lauréate du prix de journalisme Albert-Londres, qui a travaillé 30 ans pour le quotidien Le Monde et officie depuis un an comme grand reporter pour le magazine Vanity Fair, convient que la chancelière n’est pas très exaltante et qu’elle manque de charisme. « Elle fait des discours d’une platitude extrême, elle n’est pas réformatrice, elle n’a pas d’envergure, elle n’a pas de grande vision du monde, pas même de vision de l’Europe. »

     

    Ovni politique

     

    Ça n’empêche pas cette journaliste française d’admirer Angela Merkel. Ce qui la fascine ? Sa différence. Différence par rapport aux autres grands dirigeants de ce monde, pour commencer. « C’est la seule, du fait qu’elle a grandi en Allemagne de l’Est, qui a connu deux systèmes : la dictature et la démocratie. Ça lui donne, parmi ses homologues du G20 par exemple, une force de caractère et une intelligence supérieures, parce qu’eux, ils ont des grands mots pour parler de liberté et de démocratie alors qu’elle, c’est dans sa chair. »

     

    Marion Van Renterghem dit aussi avoir de l’admiration pour la capacité de la chancelière à résister aux travers du pouvoir, à l’attrait de l’argent, du luxe, à la tentation de la condescendance. « Elle est imperméable à tous ces attributs auxquels les gens de pouvoir en général ne savent pas résister. Elle reste elle-même, en se fichant totalement de la manière dont elle s’habille. »

     

    De plus, avance l’auteure, Angela Merkel impose une forme de progressisme social par son identité : elle est femme dans un monde d’hommes, divorcée sans enfant, protestante dans un monde catholique.

     

    La différence d’Angela Merkel, c’est aussi la façon dont elle est arrivée au pouvoir en 2005. « Elle était mal habillée, maladroite, invisible, elle n’avait l’air de rien. Elle est arrivée quasiment à égalité avec son rival social-démocrate, son prédécesseur Gerhard Schröder, qui a fait preuve d’une arrogance et d’une suffisance très déplaisantes. Misogyne aussi. Il était convaincu que ce serait lui qui gagnerait, que ce ne serait pas cette mauviette qui allait l’emporter. »

     

    La journaliste dit avoir éprouvé une certaine jubilation en voyant Angela Merkel devenir la première chancelière d’Allemagne. « J’ai vécu cela comme une victoire, étant donné d’où elle venait, de cette Allemagne meurtrie qui avait été coupée de l’Europe, et parce qu’elle était une femme en aucun cas arrogante. »

     

    Un ovni politique. Mais aussi une tacticienne redoutable, machiavélique. C’est ainsi que Marion Van Renterghem décrit cette fille de pasteur qui était promise à une carrière de physicienne. « Elle a fait tomber tous ses adversaires politiques les uns après les autres. Elle a une série de cadavres à son actif tout en ayant l’air de rien avec son petit air gentil et sa voix douce. »

     

    La journaliste rappelle entre autres comment la politicienne a pris tout le monde par surprise en se dissociant d’Helmut Kohl à la tête du CDU en 2000, ce qui a eu un effet d’entraînement dans le parti. « Dans une lettre publiée dans les médias, elle a écrit noir sur blanc que la période Kohl était terminée. Il était déjà en difficulté, en train de vaciller, mais elle l’a achevé en écrivant que cette page était tournée, et tout le monde a compris que la page qui s’ouvrait c’était elle. »

     

    La montée de l’extrême droite

     

    Pas étonnant que, dans la course électorale actuelle, le principal adversaire politique d’Angela Merkel se trouve démuni, avance Marion Van Renterghem. « Comme le système allemand fonctionne par coalition, elle a fait de ses adversaires du Parti social-démocrate des partenaires. Elle les anéantit par le fait même. Dès qu’ils ont une réforme qui est populaire, elle peut la prendre à son compte. Ç’a été le cas pour le salaire minimum, qui a été voté sous son règne, et pour le mariage homosexuel. Sa force, c’est qu’elle cannibalise ses adversaires. »

     

    Angela Merkel a tout de même été fortement critiquée dans son pays après avoir permis l’arrivée en Allemagne depuis 2015 de près d’un million de réfugiés, venus notamment de Syrie et d’Afghanistan. Contestée à l’intérieur même de son parti, cette décision a aussi favorisé l’essor du parti d’extrême droite AfD, fait remarquer la reporter.

     

    La chancelière a tout de même réussi à éviter le désastre politique, note-t-elle. « Ça aurait pu très mal tourner, mais elle a été habile et les Allemands ont été habiles : c’est étonnant la manière dont ils ont intégré si vite quasiment un million de personnes. » Même s’il reste encore à faire, Marion Van Renterghem considère qu’Angela Merkel a eu beaucoup de chance d’avoir un pays « aussi organisé et généreux ».

     

    Pour le reste, l’AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l’Allemagne), eurosceptique et islamophobe, est maintenant quasi assurée d’envoyer des députés au Parlement fédéral et pourrait même devenir le troisième parti d’Allemagne. « Mais il ne menace pas d’aller vraiment au-delà des 8 %, tempère Marion Van Renterghem. Malgré la montée des populismes qui nous menace tous, qui est très présente en Europe, l’Allemagne demeure quand même un pays assez calme. »

    Angela Merkel. Un destin
    Marion Van Renterghem, Édito, Montréal (en coédition avec le journal Le Monde), Paris, 2017, 192 pages












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