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    Jeunesse

    L’humour grinçant du «Livre où la poule meurt à la fin»

    21 septembre 2017 | Marie Fradette - Collaboratrice | Livres
    L’irrévérence de François Blais, sa dérision et sa propension à faire différemment, c’est ce que Valérie Boivin voulait transposer dans le livre jeunesse.
    Photo: Llamaryon L’irrévérence de François Blais, sa dérision et sa propension à faire différemment, c’est ce que Valérie Boivin voulait transposer dans le livre jeunesse.

    Dans un monde d’apparences et de clinquant où, en réalité, tout va de travers, le duo Blais et Boivin brassent les idées reçues, s’amusent à semer la pagaille au sein de tout ce qui se tient politiquement bien droit. Joint simultanément par téléphone par Le Devoir, le tandem, visiblement complice, se relance, s’écoute, discute et semble prédisposé à s’amuser ferme.

     

    « Moi, quand j’étais petit, ce que j’aimais le plus, c’étaient les histoires qui véhiculaient des valeurs un peu négatives. Comme dans la nouvelle toge de l’empereur [Les habits neufs de l’empereur, conte d’Andersen], oùce sont les “crosseurs” qui s’en sortent. J’ai tout le temps aimé ces histoires-là », nous raconte Blais. Ce qui l’attire plus particulièrement, ce sont surtout les personnages qui s’assument, qui sont fiers et osent aller au bout d’eux-mêmes malgré les vents contraires, malgré le fait qu’ils ont conscience de leurs failles.

     

    C’est justement ce qu’on retrouve dans Le livre où la poule meurt à la fin, tout nouvel opus signé par François Blais et illustré par Valérie Boivin, dans lequel ils mettent en scène Catherine, une poule dépensière qui achète tout à crédit, notamment des gants alors qu’elle n’a pas de mains, des pneus alors qu’elle n’a pas de voiture. Surtout, aucun souci pour payer la facture, puisque comme cette poule est élevée pour sa chair, elle ira à l’abattoir dans quelques jours. Aucun regret, sauf peut-être celui de ne pouvoir profiter des soldes sur les poitrines en vedette à la fin de la semaine.

     

    Surconsommation

     

    L’irrévérence de l’auteur, bien connu du côté adulte, sa dérision et sa propension à faire différemment, c’est ce que Boivin voulait transposer dans le livre jeunesse. « François ne manque jamais de saveur. Il s’adresse à l’intelligence du lecteur. J’aime son côté sombre, la qualité de son écriture. On ne sait jamais où il va nous amener avec son texte et j’aime l’idée qu’on déjoue le lecteur, qu’on le surprenne. »

     

    Au-delà du respect et de l’admiration qu’elle voue à l’écriture de Blais, Boivin a été touchée par le sujet proposé. Très engagée écologiquement, n’ayant pas de voiture, habitant dans une cfoopérative d’habitation, s’adonnant au compost, elle se sentait concernée par le thème. « Ce qui me dérange, c’est la surconsommation, que tout le monde conduise sa voiture sans se sentir concerné. Que tout le monde ait son cellulaire et trouve des prétextes pour le changer. »

     

    On apprendra aussi que François était végétalien au moment où il a écrit cette histoire. « Oui, mais là j’habite à Charrette, pis c’est dur d’être végan ici. » Mais l’écriture de l’album a peu à voir avec sa condition, dit-il, parce que le livre s’adresse aux petits de cinq ans et qu’il ne sait « même pas si à cet âge-là on le sait, que le poulet ça vient d’une poule morte »…

     

    Éviter le moule

     

    Loin d’eux, ainsi, l’idée de moraliser, de faire la leçon avec ce texte. « C’était pas pour être le Schtroumpf à lunettes, notre affaire ! La poule, c’était plus un prétexte pour raconter quelque chose de drôle, nous lance Blais. C’est comme ça dans mes romans aussi. Les personnages sont contents d’être ce qu’ils sont même s’ils sont pleins de défauts. J’aime l’idée que Catherine reste la même malgré toutes les influences. Elle s’assume jusqu’au bout et ne se sent pas coupable. Elle est constante dans l’erreur jusqu’à ce qu’elle se retrouve au IGA. C’est le fun que le personnage meure. Elle n’a rien appris, n’a pas eu de rédemption. Elle n’est pas retournée dans le droit chemin, elle est restée elle-même jusqu’à la fin. J’aime les personnages qui n’évoluent pas de la première à la dernière page. »

     

    Pour Boivin, le fait que Blais n’aille que rarement dans le livre jeunesse — il avoue d’ailleurs ne jamais en lire, quoiqu’il connaisse le travail d’Élise Gravel —, qu’il soit déconnecté du milieu, a un effet sur le choix des thèmes qu’il met en scène, sur son lâcher-prise et sa singularité. Sans l’oeil averti de son éditeur un peu « gossant », dit-il, le titre de l’album aurait d’ailleurs été « Poule de luxe ». « Ça me semblait aller de soi, mais Renaud trouvait que c’était pas convenable. »

     

    Quant à Boivin, elle adore tout ce qui se tient loin de la complaisance. « Des livres juste beaux, c’est le fun, mais des livres dans lesquels les gens se bidonnent, sont satiriques, c’est encore mieux. On n’est bien sûr pas les seuls à être irrévérencieux, mais on se classe de ce côté-là. »Vers la gauche ? demande-t-elle à François, qui répondra, sourire en coin : « Quand on parle au Devoir, faut être de gauche ! Oui, oui, à cent mille à l’heure, on est de gauche. »

    Le livre où la poule meurt à la fin
    ★★★★ 1/2
    François Blais et Valérie Boivin, Les 400 coups, Montréal, 2017, 32 pages, en librairie le 27 septembre












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