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    Lire religieux

    Les bobards de Michel Onfray

    Louis Cornellier
    5 septembre 2017 |Louis Cornellier | Livres | Chroniques

    Michel Onfray a beaucoup de lecteurs et d’admirateurs, au Québec et ailleurs. Cela se comprend. Le philosophe français a du nerf, du front, du style et un évident charisme médiatique. Or, en matière de rigueur et de bonne foi, le penseur ne brille pas par son exemplarité.

     

    Son Traité d’athéologie (Grasset, 2005), par exemple, présentait Hitler comme un chrétien convaincu et avançait que le nazisme était compatible avec le christianisme, afin de discréditer ce dernier. Cette thèse délirante, pulvérisée par la théologienne Kathleen Harvill-Burton dans Le nazisme comme religion (PUL, 2006), a été, pour moi, la goutte qui a fait déborder le vase. Avant, j’aimais lire Onfray. Depuis, je reçois tout ce qu’il écrit avec de très grosses réserves. Souvent divertissant, l’essayiste, en effet, n’est pas fiable.

     

    Professeur d’histoire du christianisme antique à la Sorbonne, Jean-Marie Salamito en arrive à la même conclusion. Après avoir lu Décadence. De Jésus à Ben Laden, vie et mort de l’Occident (Flammarion, 2017), la récente somme d’Onfray, l’historien confiait au magazine La Vie, en mai 2017, que 80 % des affirmations du philosophe concernant le christianisme des origines sont inexactes ou fausses.

     

    Scandalisé par tant d’hostilité et d’ignorance, Salamito, qui n’a rien d’un polémiste, a résolu de ne pas laisser passer les élucubrations du philosophe. Son Monsieur Onfray au pays des mythes. Réponses sur Jésus et le christianisme (Salvator) relève de l’exercice de salubrité intellectuelle.

     

    Jésus : mythe ou vérité ?

     

    Depuis des années, Onfray va répétant que Jésus de Nazareth n’a jamais existé. Pourtant, note Salamito, « à l’échelle mondiale, l’existence historique de Jésus fait de nos jours l’objet d’un consensus dans le public et, plus encore, chez les spécialistes de l’Antiquité, du Nouveau Testament et des origines chrétiennes ».

     

    Les sources citées par le philosophe pour nier l’existence de Jésus sont dépassées, explique Salamito, ou douteuses. Onfray rejette les Évangiles canoniques, « les sources les plus fiables et les plus précises sur Jésus », écrit l’historien, pour leur préférer des écrits apocryphes déconsidérés par les spécialistes.

    Il faut le dire une dernière fois, c’est la théorie de la non-existence de Jésus qui est un mythe. C’est même, par contraste avec la richesse des recherches philologiques, historiques et archéologiques sur le judaïsme antique, le Nouveau Testament et les origines chrétiennes, une sorte de régression intellectuelle.
    Jean-Marie Salamito
     

    De plus, le portrait de Jésus que trace Onfray ne tient pas la route. Pour appuyer sa thèse selon laquelle Jésus serait un personnage imaginaire, un mythe, le philosophe affirme que les écrits le concernant le dépeignent sans corps, comme un concept plus que comme une personne. Une simple lecture des Évangiles canoniques permet pourtant de découvrir un Jésus qui mange et boit — on le traite de glouton et d’ivrogne —, qui dort et qui pleure. Onfray les a-t-il lus ? Pour Salamito, « c’est la théorie de la non-existence de Jésus qui est un mythe ».

     

    Salir le christianisme

     

    L’historien ne cache pas son irritation devant les grossièretés débitées par Onfray. Spécialiste de saint Augustin, Salamito n’en revient pas de lire, dans Décadence, que l’auteur des Confessions aurait été un évêque animé par de fortes ambitions politiques, voire un homme violent. Le philosophe, accordons-lui cela, reprend là des thèses formulées par certains spécialistes du personnage. Augustin, réplique toutefois l’historien, a cultivé sa vie durant « la pauvreté monastique », n’a justifié que des guerres défensives et détestait la violence. Il faut dire que, pour Onfray, même Jésus justifie la violence en chassant les marchands du Temple !

     

    Onfray, au fond, ne veut pas, comme il le prétend, comprendre ; il dit n’importe quoi — Paul souffrait d’impuissance sexuelle, Jean le Baptiste n’a jamais existé, le christianisme est nécessairement antisémite —, sans preuve, sans justification, pour salir le christianisme. De nos jours, malheureusement, cela suffit pour faire recette.

     

    Salamito sait bien qu’en matière de notoriété et de flamboyance, il ne fait pas le poids devant Onfray. « Vous êtes une star, je suis un tâcheron de la recherche et de l’enseignement, lui écrit-il. Vous êtes un homme des médias et moi du quotidien. » Il relevait néanmoins de son devoir, précise-t-il, non pas de défendre le christianisme dans la position du croyant, ce qu’il est aussi, mais de faire oeuvre d’historien dans ce débat.

     

    « Il existe, écrit Salamito, un socle de connaissances que n’importe qui peut admettre, et à partir duquel chaque conscience peut bâtir en toute liberté des interprétations. C’est ce socle, ce bien collectif, que Décadence met en péril. » Il fallait répliquer. L’historien, sans compromis mais sans hargne, a bien fait son travail.













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