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    Essai québécois

    Des essais pour poursuivre la réflexion sur le monde autour de nous

    2 septembre 2017 |Fabien Deglise | Livres
    Illustration: Tiffet

    À l’ère de l’affirmation ostentatoire du « je », il est illusoire de se croire seul au monde, et encore plus dans une époque mouvante où les décisions individuelles, tout comme les inactions de chacun, ont des conséquences ressenties par tous. Les environnements sont en mutations, les contours se déplacent et vont être sondés cet automne par plusieurs essayistes pour saisir et comprendre un peu mieux le monde qui nous entoure.

     

    Un monde dans lequel la température se réchauffe, ou pas ? La question oppose populistes et humanistes, environnementalistes et climatosceptiques depuis des lunes. Elle se prépare aussi à être décryptée avec la rigueur d’un scientifique par Gilles Brien dans Ce qu’on ne vous dit pas sur les changements climatiques (Les Éditions de l’Homme), en octobre. Entre le vrai et le faux, l’ex-président de l’Association des météorologistes du Québec et expert en biométéorologie va surtout y exposer le juste, les faits et mettre à mal les mythes et les fausses croyances qui donnent du carburant autant aux oiseaux de malheur qu’à ceux et celles qui préfèrent se fermer les yeux sur les mécanismes à l’oeuvre dans l’évolution du climat, pour rester dans le confort et l’indifférence.

     

    Et pourtant… C’est bien la relation trouble entretenue par l’humain avec la nature qui est à la source d’un dérèglement climatique que les variations anormales du mercure dans les thermomètres et la violence historique de plusieurs ouragans viennent régulièrement confirmer. Dimitri Roussopoulos, militant écologiste de longue date, aborde la chose dans L’écologie politique (Écosociété), réédition revue et augmentée d’un ouvrage datant de 1993, qui propose d’aller au-delà de l’environnementalisme en appelant à une refonte en profondeur de nos systèmes politiques et sociaux pour accompagner autrement le temps qui change. Un appel lancé aussi par Serge Mongeau, figure de proue de la gauche pensante dans L’écosophie ou la sagesse de la nature (Écosociété), oeuvre qui cherche à rappeler que la nature ne nous est sans doute pas si extérieure que l’on aime se le faire croire.

     

    Les auteures de Faire partie du monde (Remue-ménage) — Catherine Beau-Ferron, Ellen Gabriel, Anna Kruzynski, Maude Prud’homme, entre autres — vont aussi le rappeler dans cet ouvrage collectif et réflexif sur l’écoféminisme, présenté comme la clé pour comprendre les mutations du monde et favoriser sa préservation, selon elles. À l’intérieur, l’environnement va être opposé pas seulement à des gaz à effet de serre, mais aussi à la démocratie locale, à la décolonisation, à la résistance aux grands projets d’exploitation des ressources, aux droits des animaux ainsi qu’à cette financiarisation du vivant qui se nourrit d’un système s’approchant du point de rupture, si l’on n’y prend pas garde.

     

    Les yeux grands ouverts

     

    Il faut prendre conscience du monde autour de nous, vont insister encore une fois plusieurs auteurs. Le monde passé qui a fait le Québec d’aujourd’hui, pour l’historien Gaston Deschênes dans Les gens de Montréal à l’époque de la confédération (Septentrion), un assemblage de gravures publiées dans l’hebdomadaire l’Opinion publique et témoignant de la vie en 1870, tout comme pour Éric Bédard dans Survivance (Boréal), incursion dans l’« Histoire et la mémoire du XIXe siècle canadien-français ». Le monde des tensions passées, entre paysans et coureurs des bois, entre bâtisseurs et rêveurs, entre résistants et survivants et qui forgent toujours le destin du Québec et qui éclaire surtout les limites de son présent, estime Mathieu Bélisle dans Bienvenue au pays de la vie ordinaire (Leméac). Le monde de la violence aussi qui nourrit Une culture d’agression (M éditeur), que le sociologue Richard Poulin propose de décoder en nourrissant les grands débats du moment sur les agressions sexuelles, sur les tueries de masse, sur la négation de l’autre… Le monde de la foi et de la croyance, exploré par Marcel Sylvestre dans L’immortelle illusion (Presses de l’Université Laval). Et les mondes que l’on occulte aussi…

     

    Dans Le nord invisible (Éditions de l’Homme), c’est le monde des Premières Nations que la journaliste indépendante Alexandra Shimo va mettre en lumière, au terme d’une enquête troublante au coeur d’une réserve amérindienne du nord de l’Ontario, alors que Serge Bouchard — avec la complicité de Marie-Christine Lévesque — va, lui, rendre un hommage vibrant à ses « amis Innus », et surtout à leur langue, dans Le peuple rieur (Lux éditeur). Antoine Ouellet, dans Pulsions (Varia), va dresser le portait du beat, celui des musiques que l’on entend partout et qui en disent long autant sur nous que sur les fondements de la musique, dont il écrit ici le troisième volet de sa série sur le sujet. Autre étrange objet, celui d’Olivier Ducharme qui, dans Films de combat (Varia), sonde les frontières du monde actuel en passant par les films des frères Dardenne, Luc et Jean-Pierre de leurs prénoms, Belges de leur état et surtout réalisateurs subversifs de L’enfant, du Gamin au vélo ou de La promesse.

     

    Une promesse, enfin, il y en a une dans Les révolutions inachevées (Leméac) du journaliste Michel Cormier, celle de comprendre les transformations du monde en remontant le fil de l’actualité. Il y constate que les fondements de nos démocraties sont mis à mal par la montée de la droite identitaire, par le terrorisme ou le populisme qui s’affirment avec force dans un environnement social, politique et culturel où les lignes de l’histoire contemporaine sont ébranlées par la marche du monde, et avec elle, rappellent en choeur les essayistes cet automne, un grand nombre de nos certitudes.

    La jeune pousse de l’automne Et si le hasard était la solution à la perte de confiance et de crédibilité qui frappe nos institutions démocratiques ? Alors que le Québec se prépare à entrer en élections municipales, Hugo Bonin, étudiant en science politique à l’UQAM, risque d’interpeller les cyniques, les abstentionnistes et autres acteurs de la crise démocratique en cours avec La démocratie hasardeuse (XYZ), un premier essai, préfacé par Alain Denault. Sous la couverture, le primo-essayiste revient sur le tirage au sort, un outil démocratique oublié qui, à une autre époque, a été pourtant utilisé pour attribuer les responsabilités politiques et soutenir la diversité des représentations démocratiques. Face à la caste de privilégiés perçus comme étant à la solde de la reproduction des élites et des pouvoirs économiques, bien plus qu’au service des citoyens, il y affirme les vertus du hasard en rappelant que pour ne plus être source de désenchantement, lapolitique doit redevenir l’affaire de tous, mais surtout « de n’importe qui ».













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