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    Poésie

    La tendresse des mots sur les douleurs du présent

    2 septembre 2017 | Dominic Tardif - Collaborateur | Livres
    Illustration: Tiffet

    La poésie, dernier langage permettant de dire à l’autre ce que les mots usés du quotidien éludent ? C’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui et ce le sera sans doute encore davantage cet automne, d’abord grâce à Erika Soucy et à sa Priscilla en hologramme (L’Hexagone).

     

    Après avoir beaucoup invoqué l’absence du père dans L’épiphanie dans le front et dans son roman Les murailles, la chantre du proverbial vrai monde dédie à sa mère ce troisième recueil d’une indomptable tendresse, portrait d’une femme courageuse pour qui « the show must go on », malgré tout ce que la vie lui garroche au visage. Un exemplaire dédicacé a sans doute déjà été mis à la poste, à l’attention de Rambo Gauthier.

     

    Sur un ton plus élégiaque, le vénérable Fernand Ouellette s’adresse, dans Où tu n’es plus, je suis nulle part (Éditions du Noroît), à sa femme Lisette Corbeil, qui lisait jadis chaque matin le texte qu’il avait écrit la veille. La poésie s’applique ici à nommer la paradoxale omniprésence d’une personne pourtant en allée, dont le souvenir se terre au creux de chaque seconde. « Tu es maintenant morte, / Tellement morte dans l’urne, / Sans parole, sans présence, / Et pourtant je ne cesse de t’entendre », confie l’homme de 87 ans au sujet de celle avec qui il aura partagé soixante années.

     

    Dans Maman apprivoisée (L’Oie de Cravan), la regrettée Geneviève Elverum poursuit en novembre le récit de sa vie de jeune mère amorcé dans Maman sauvage. Sous l’ombre de plus en plus oppressante de la maladie qui l’emportera le 9 juillet 2016, la bédéiste connue sous le nom de Geneviève Castrée raconte dans ses plus minuscules manifestations les liens inextricables entre naissance et mort, spectaculairement incarnés par ses derniers moments parmi nous.

     

    L’amour, ultime raison de continuer

     

    L’amour, on ne s’en sort pas, encore moins les poètes. C’est le cas de François Guerette, qui refuse encore et toujours la demi-mesure dans Constellation des grands brûlés (Poètes de brousse), son cinquième recueil, ayant comme projet de « parler d’amour au bord du précipice ». Les cyniques crieront à l’opération kamikaze, mais ceux qui se rangent du côté de l’espoir savent que le jeu en vaut la chandelle. « La poésie semble seule avoir le pouvoir de révéler la beauté cachée sous les immondices d’un monde qui sprinte vers sa finitude », plaide ardemment le communiqué de presse.

     

    François Rioux paraît quant à lui avoir perdu son chemin dans le labyrinthe d’un quotidien sur lequel règne l’assommante répétition du même. Le lauréat du Prix des libraires du Québec 2015, catégorie poésie, cherche avec son troisième livre des raisons de continuer, puis les trouve en invitant l’autre à partager « des molécules, de l’air, des mots, tout ce qui nous compose » (selon l’argumentaire un brin cryptique de l’éditeur). Visite de L’empire familier, fin octobre, au Quartanier.

     

    Je, je, je

     

    Notre époque serait celle du « je » tout-puissant, se plaisent à répéter les sociologues à la gomme et autres chroniqueurs du dimanche. Est-ce pour cette raison que l’éternel rebelle Roger Des Roches a complètement rogné la première personne du singulier de Faire crier les nuages ? La réponse en octobre, aux Herbes rouges.

     


    D’autres, comme Isabelle Gaudet-Labine, tentent de protéger leur « je » des menaces de l’avenir. « Comment conserver la mémoire de l’être et des sensations sur le chemin de la post-humanité ? » se demande-t-elle dans Nous rêvions de robots (La Peuplade), singulière conjugaison de science-fiction et de poésie.

     

    Ça en fait, beaucoup, des disparitions, de l’angoisse et de l’incertitude, ne trouvez-vous pas ? Pour tolérer l’intolérable, dansons le Toutou tango (Éditions de l’Écrou) dans les bras de Baron Marc-André Lévesque. L’époque étant ce qu’elle est (merveilleuse), le Baron en personne nous annonce fièrement, par le truchement de la messagerie instantanée d’un hégémonique réseau social, un deuxième recueil « festif, avec des listes, du jeu, de l’aventure un peu aussi, toutes sortes de choses et un poème sur Ginette Reno ». Ne manquera plus que des croissants de soleil pour déjeuner afin que total soit notre contentement.


    La jeune pousse de l’automne Les végétaux auront rarement autant poussé dans l’humus généreux de nos lettres que cet automne, alors que seize poètes signent, sous la direction de Bertrand Laverdure, Un herbier de Montréal, première incursion en poésie pour La Pastèque, au coeur de laquelle Natasha Kanapé Fontaine, Benoît Jutras et Élise Turcotte déploieront leurs branches, tout comme les bédéistes Michel Rabagliati, Réal Godbout et Pascal Girard. Bourgeonnement prévu en novembre. En octobre, la Nord-Côtoise Noémie Pomerleau-Cloutier fouille pour sa part son exemplaire vintage de la Flore laurentienne dans Brasser le varech (La Peuplade), premier recueil porté par la langue sylvestre de son père, avec laquelle elle aura dû se réconcilier malgré sa fuite, « parce que les arbres et les plantes ont ces silences forts qui ne sont pas donnés aux humains ». Amis lecteurs, lacez vos bottes de hiking, remplissez votre sac à dos de livres et foncez vers les sentiers.












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