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    Fiction québécoise

    À la rencontre de ces jeunes Occidentaux embrigadés par l’horreur

    26 août 2017 |Fabien Deglise | Livres
    «Basculer dans l’enfer» est sans doute inspiré par le voyage de quelques étudiants d’un certain collège de Montréal vers la Syrie.
    Photo: STRINGER / Agence France-Presse «Basculer dans l’enfer» est sans doute inspiré par le voyage de quelques étudiants d’un certain collège de Montréal vers la Syrie.

    Difficile de ne pas voir les attentats de Barcelone en trame de fond à la lecture de Basculer dans l’enfer, nouveau roman de Jocelyne Mallet-Parent. Entre l’enquête policière et l’autopsie sociale, la prolifique romancière, derrière Le silence de la Restigouche (2016), y part à la rencontre de ces jeunes Occidentaux qui se laissent embrigader par l’horreur. Entre Montréal, la Turquie et le drame de la radicalisation.

     

    Sous la couverture souple : Tariq et Élise croient que le monde va leur appartenir car ils se lèvent tôt, à 6 h 32 du matin, un jour ordinaire qu’ils rêvent de déranger en allant faire exploser leur rage, leur frustration, leur colère mal canalisée dans une rame de métro de Montréal. Une rame dans laquelle se trouvent une mère de famille et ses enfants.

     

    L’un est le fils d’un couple d’immigrants qui s’est sacrifié pour donner un avenir meilleur à sa progéniture. L’autre est la fille d’une chirurgienne qui s’est perdue dans le luxe et le confort de son existence et sur la trajectoire d’une vie marquée par un père aux comportements et aux relations douteuses. Ils sont des étudiants, politiquement engagés comme bien d’autres, critiques de leurs environnements sociaux et scolaires. Leur intolérance s’est forgée sournoisement jusqu’à l’extrême, dans l’indifférence de tous.
     

    La mécanique du mal qui s’installe, jusqu’à la folie du passage à l’acte, puis de cette fuite à l’étranger, dans la clandestinité et la paranoïa, vers le paradis que des gourous et leur fanatisme leur ont promis, Jocelyne Mallet-Parent l’explore avec cette précision parfois naïve en passant par les yeux d’Ariane, mère d’Élise, de Fatima, mère de Tariq, mais aussi ceux de l’entourage de ces radicalisés qui ne peuvent que devenir les victimes collatérales de ces terribles desseins.

     

    Du déni à l’acceptation de l’indicible, la plume claire de la romancière cherche à expliquer simplement la complexité de cette rupture avec le réel et de cette négation obsessive du mécréant. Elle le fait aussi en passant par le calme d’un policier, un Alex Duval prévisible avec ses fêlures, mais élégant dans sa démarche. L’homme est un tendre à une époque où le pire s’installe désormais dans les couloirs d’une école en passant par la légèreté à accéder à la lourdeur de quelques sites Internet. Il ne s’est toujours pas habitué « à matraquer les honnêtes gens […], à coup de paroles acides qui refusent de leur pénétrer dans le crâne », lorsqu’il est question de la contribution d’un fils, d’une fille à un attentat.

     

    Chronique d’une dérive sociale ? Visage humain posé sur l’abstraction d’une menace intérieure ? Fiction inspirée sans doute par le voyage de quelques étudiants d’un certain collège de Montréal vers la Syrie ? Basculer dans l’enfer est un peu tout ça à la fois, mais il n’évite pas les tonalités un peu trop didactiques et les perceptions de l’autre dans l’expression de préjugés et de raccourcis faciles.

    Basculer dans l’enfer
    ★★★
    Jocelyne Mallet-Parent, Éditions David, Ottawa, 2017, 258 pages












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