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    Sexiste, la maternité? Le plaidoyer de Marilyse Hamelin.

    22 août 2017 |Annabelle Caillou | Livres
    L’auteure Marilyse Hamelin propose un plaidoyer pour l’égalité parentale.
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir L’auteure Marilyse Hamelin propose un plaidoyer pour l’égalité parentale.

    Les femmes au foyer, les hommes au travail : une image du passé, révolue, enterrée, faisant désormais place à un monde égalitaire entre les deux sexes ? « Laissez-moi rire. S’il y a une chose dont je suis convaincue, c’est que je ne verrai pas ça de mon vivant », écrit l’auteure et journaliste indépendante Marilyse Hamelin dans son essai Maternité, la face cachée du sexisme (Leméac, 2017), qui fera son entrée dans les librairies québécoises mercredi.

     

    Les femmes ont beau avoir investi massivement le marché du travail ces dernières décennies, aspirant à des carrières aussi prometteuses que leurs concurrents masculins, elles sont toujours victimes de discrimination de la part des employeurs. Salaires, promotions, employabilité, cheminement de carrière : les hommes récoltent la plus grosse part du gâteau, ne leur laissant que quelques miettes.

     

    S’appuyant sur des anecdotes vécues par son entourage, des entrevues avec des experts, des recherches approfondies sur la parentalité — donnant la parole à autant de femmes que d’hommes —, Marilyse Hamelin dresse un sombre portrait de la situation au Québec à travers ces 180 pages.

     

     

     

    À l’approche du grand dévoilement, elle reconnaît avoir été découragée par ses recherches des deux dernières années. Mais la colère a désormais fait place à l’espoir de « réveiller les lecteurs ». « En vieillissant, on sait que les choses sont difficiles à changer. Je sais que ça va être long, mais je ne demande qu’à être surprise. »

     

    Le Rapport mondial 2016 sur la parité entre hommes et femmes du Forum économique mondial estime même que la parité ne sera pas atteinte avant 2186, tout en rappelant qu’au Canada les hommes gagnent 1,52 $ pour chaque dollar gagné par une Canadienne.

     

    Pour Marilyse Hamelin, cette réalité persistante trouve son origine dans la maternité, les femmes représentent au sein du couple le « parent par défaut ». Ce sont elles qui prennent le long congé parental partageable, aménagent leur horaire pour récupérer l’enfant après la garderie, quittent le travail soudainement lorsqu’il est malade. Sans oublier qu’elles accomplissent encore aujourd’hui 70 % des tâches domestiques, d’après le Conseil du statut de la femme.

     

    Et tant qu’il y aura un déséquilibre dans la parentalité, l’égalité des chances pour les femmes ne sera pas atteinte, croit l’auteure. « Les employeurs présument qu’elles souhaiteront tôt ou tard fonder une famille » et seront plus susceptibles de s’absenter, leur préférant alors un candidat masculin.

     

    Si d’emblée l’auteure se porte à la défense des femmes, c’est « un plaidoyer pour une égalité dans la parentalité » qu’elle propose. « Ce n’est pas un procès des hommes, assure-t-elle. Si ce livre-là fait le procès de quelque chose, c’est du statu quo. […] Ça me fâche, cette idée d’une égalité déjà atteinte, alors qu’on en est loin. Ça nous empêche d’avancer et peut occasionner des reculs si on reste assis sur nos lauriers. »

     

    Stéréotypes

     

    Mme Hamelin fait remarquer dans son livre comment les inégalités entre les sexes, en ce qui a trait aux responsabilités familiales, découlent en fait d’une construction sociale. « Ça se peut-tu que la petite fille ait vu sa mère prendre soin des enfants ? Ça se peut-tu qu’on lui ait donné des poupées et pas à son frère ? Ça se peut-tu que la documentation sur la parentalité s’adresse aux femmes ? »

     

    Certains stéréotypes demeurent, selon elle, comme l’idée que les femmes détiennent « la science infuse sur la parentalité », que c’est inné pour elles de s’occuper des enfants, en raison de leur instinct maternel.

     

    Pourtant, « un homme peut tout aussi bien prendre soin des enfants qu’une femme. La seule différence biologique se situe au niveau de la grossesse et de l’allaitement », écrit-elle.

     
    [Cet essai], ce n’est pas un procès des hommes. Si ce livre-là fait le procès de quelque chose, c’est du statu quo.
    L'auteure Marilyse Hamelin
     

    Ainsi valorisées, les femmes surinvestissent la maternité et s’enferment dans ce rôle de mère au foyer, abandonnant leurs aspirations professionnelles, pense Mme Hamelin. C’est d’ailleurs ce qui l’a fait renoncer à la maternité. Dès les premières pages, la journaliste explique qu’elle désirait « réaliser tous [ses] projets, [ses] rêves, [ses] ambitions sans risquer de devoir tout abandonner pour [se] mettre sur la voie de garage ».

     

    Ce détail lui a déjà valu quelques commentaires sur les réseaux sociaux, certains estimant qu’elle parlait sans savoir. « Si j’avais des enfants, qu’est-ce qu’on dirait ? Que je suis trop collée au sujet, que je suis émotive, que je prêche pour ma paroisse, que je ne suis pas objective », se défend-elle.

     

    À ses yeux, ces réactions prouvent à quel point le sujet est abordé de façon essentiellement « intime et privée » au Québec, au lieu d’être traité comme un enjeu social qui concerne l’ensemble de la société.

     

    Le Québec pas à plaindre ?

     

    Bien que critique sur le manque de volonté politique du gouvernement Couillard pour atteindre l’égalité entre les sexes, l’auteure reconnaît que le Québec n’est pas à plaindre et s’avère même en avance sur le reste du Canada.

     

    Le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), programme phare en matière de conciliation famille-travail, est aussi pris en exemple sur tout le continent nord-américain, considéré comme « l’un des meilleurs du monde » par le Center for American Progress.

     

    Instauré par le gouvernement Charest en 2006, le RQAP propose aux femmes un congé de 15 à 18 semaines, de 3 à 5 semaines aux hommes, et de 25 à 32 semaines partageables entre eux.

     

    Selon le Conseil du statut de la femme, 80 % des pères québécois prennent leur congé de paternité de 5 semaines, mais seulement un quart d’entre eux se prévalent d’une partie du congé partageable, le laissant plutôt à la mère. « La politique est là, mais ce n’est pas passé dans la culture populaire. Je serais curieuse de voir le nombre de personnes qui savent que c’est partageable », confie l’auteure.

     

    Le Québec devrait plutôt s’inspirer des pays scandinaves, selon elle, telle l’Islande, qui offre cinq mois de congé à la mère, cinq autres au père, et deux mois partageables. « Voilà une politique publique progressiste visant à favoriser l’égalité des femmes et des hommes en emploi ! Pourquoi un employeur exercerait-il une discrimination contre les femmes à l’embauche puisque les hommes s’absenteront désormais pour une durée à peu près égale ? »

     

    « Je ne prétends pas avoir toutes les solutions. Moi, j’amène quelques pistes. Il faut en apporter d’autres. C’est un travail collectif. » Avec cet essai, Marilyse Hamelin espère générer « une conscientisation » afin que les lecteurs réalisent qu’ils font perdurer ces stéréotypes qui desservent les femmes.













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