Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Intrigant doublé

    Des styles aux antipodes pour les récits d’un Anglais et d’un Américain

    12 août 2017 | Michel Bélair - Collaborateur | Livres
    Dans le roman «Les mystères d'Avebury» de Robert Goddard, tout renvoie à l’enlèvement d’une petite fille qui tourne au désastre ; la famille est décimée, les témoins sont rares et la police patine dans la choucroute.
    Photo: iStock Dans le roman «Les mystères d'Avebury» de Robert Goddard, tout renvoie à l’enlèvement d’une petite fille qui tourne au désastre ; la famille est décimée, les témoins sont rares et la police patine dans la choucroute.

    L’un, Robert Goddard, en est déjà à son sixième titre, alors que l’autre, Mike McCrary, paraît ici pour la première fois en français.

     

    Le premier est tout ce qu’il y a d’anglais — même si on l’a déjà comparé à Harlan Coben — et le nouveau, baveux, tout à fait violemment américain, façon Bret Easton Ellis (American Psycho). Petite plongée dans deux univers tordus… de façon complètement différente.

     

    Fiction pulpeuse

     

    L’Amérique est une terre de contraste, même en des ères de déconstruction politique comme celle que nous traversons. Mais s’il est une constante qui s’y affirme quotidiennement, quel que soit le régime en place, c’est la violence. Incarnation à sa façon de l’American way of life, la violence sévit, immodérée, constitutionnelle, omniprésente, dans toutes les classes de la société. Remo Cobb est bien placé pour le savoir.

     

    Avocat de la défense dans le plus célèbre cabinet new-yorkais, Remo a défendu les pires truands jusqu’au jour où un braquage de banque se terminant en boucherie le dégoûte au point qu’il perd délibérément le procès. Ce n’est pourtant pas que Remo Cobb soit un personnage exemplaire. Au contraire, c’est une sorte d’ordure sans conscience qui porte des costumes élégants et qui enfile les verres de gin, les nanas et les stimulants en tous genres pour parvenir à continuer en empilant des liasses de dollars. Sauf que les sombres auteurs du braquage le retrouvent quelques années plus tard…

     

    L’histoire de la liquéfaction de Remo Cobb vaut surtout par l’écriture nerveuse qui la décrit si bien ; on retrouve ici des passages étonnants qui placent McCrary avec toute une génération de jeunes auteurs frondeurs qui redéfinissent le genre « noir » aux États-Unis. Mais toute cette violence — traduite efficacement en argot franchouillard — est difficilement supportable, soyez prévenus.

     

    Trois disparus

     

    Presque aux antipodes, le roman de Robert Goddard emprunte la forme classique du thriller. Tout renvoie ici à l’enlèvement d’une petite fille qui tourne au désastre ; la famille est décimée, les témoins sont rares et la police patine dans la choucroute.

     

    L’histoire nous est racontée par David Humber, un des deux témoins du drame qui reprend l’enquête près de 20 ans plus tard après avoir perdu sa femme… qui était la gardienne de la petite disparue. En parallèle, une passionnante trame historique s’appuyant sur un polémiste virulent du XVIIIe siècle anglais ancre solidement le récit sans pourtant lui donner vraiment plus d’envergure.

     

    Les personnages sont bien définis, crédibles, l’intrigue est solide et, comme le veut le genre, l’affaire ne s’éclaircit qu’à la toute fin dans un coup de théâtre qui rebrasse les cartes en redéfinissant toute l’histoire. Un livre à traîner à la plage ou à lire près de la piscine avec un verre de rosé… et des cacahuètes bio !

    Cobb tourne mal / Les mystères d’Avebury
    Mike McCrary, traduit de l’américain par Christophe Cuq, Gallmeister, « Néo Noire », Paris, 2017, 204 pages / Robert Goddard, traduit de l’anglais par Maxime Berrée, Éditions Sonatine, Paris, 2017, 393 pages / ★★★












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.