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    François Vigneault dans une galaxie près de chez nous

    5 août 2017 |Fabien Deglise | Livres
    Planche tirée de «Titan» de François Vigneault
    Illustration: Pow Pow Planche tirée de «Titan» de François Vigneault

    Ça se passe loin, très loin de la Terre, dans la colonie minière de Homestead, en 2192, mais personne ne va être dupe. En se promenant dans le Titan du bédéiste américain François Vigneault, publié aujourd’hui dans une traduction en français, c’est un peu en Virginie, en Caroline du Nord, à Flint, à Detroit ou à Chicago que l’on entre, dans ces banlieues noires en état de tension de l’Amérique de Donald Trump comme dans ces États oubliés par la croissance et par la mondialisation où le travailleur donne l’impression de souffrir en silence en n’attendant que le bon moment pour hurler.

     

    De la science-fiction à saveur sociale et politique : voilà ce qui trace le contour de ce récit d’aventures dans lequel le « Terran » João Da Silva, un idéaliste originaire de la planète Terra, est envoyé en mission d’évaluation dans une colonie minière principalement peuplée de Titans, ces êtres presque humains à la taille franchement démesurée, mais particulièrement adaptée à l’exploitation sur cet astéroïde géant d’hydrocarbures dont raffolent les deux planètes de la race dominante : Terra et Mars.

    Photo: Pow Pow Planche tirée de «Titan» de François Vigneault
     

    La production est bonne malgré des infrastructures vétustes, mais pas assez pour la haute direction, qui compte sur cette inspection pour amener ce beau projet ailleurs. Sur place, Da Silva va découvrir une communauté au point de rupture avec des policiers terrans méprisant les Titans. Il a de la violence gratuite et de l’injustice dans l’air. Il va y avoir aussi une relation interraciale et sexuelle entre l’inspecteur et la grande Phoebe Mackintosh, représentante syndicale qui rêve d’un avenir meilleur, le tout sur fond de disques vinyles et de musique du passé : le Far Far Away du groupe rock Wilco ou le Just Like Honey de The Jesus and Mary Chain en font partie.

     

    Initialement dévoilée en fragments par le Study Group Comics, l’oeuvre du jeune bédéiste originaire de San Diego en Californie, cofondateur avec Zack Soto du festival de bande dessinée indépendante Linework NW de Portland en Oregon et qui vit aujourd’hui à Montréal, se dévoile ici dans un tout traduit pour la première fois en français par l’auteur Alexandre Fontaine Rousseau, qui en a conservé habilement la tonalité tant révoltée qu’adolescente et naïve. En bichromie, les personnages défilent et se confrontent dans des dialogues souvent faciles qui installent très vite l’impression de s’enliser à la surface de la charge critique qu’ils prétendent vouloir mettre en forme. Et ce, jusqu’à une finale où l’insoumis va déjouer la réalité ambiante pour emporter la victoire… en fiction.

     

    Grève, indifférence des élites, graphisme enragé et coup sur la gueule, tout est là pour donner corps à une aventure dans la pure tradition de la bande dessinée de genre indépendante qui ne réinvente toutefois pas la roue et qui interpelle aussi l’indulgence du lecteur pour finir par être convaincante.

    Titan
    ★★★
    François Vigneault, traduit de l’anglais par Alexandre Fontaine Rousseau, Pow Pow, Montréal, 2017, 204 pages












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