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    Michael Connelly place deux héros face à une ligne rouge

    17 juin 2017 | Michel Bélair - Collaborateur | Livres
    Depuis que Connelly a tenté de se renouveler en créant le personnage de Mickey Haller, ses fans les plus critiques se sont mis à déchanter.
    Photo: Charley Gallay Getty Images / Agence France-Presse Depuis que Connelly a tenté de se renouveler en créant le personnage de Mickey Haller, ses fans les plus critiques se sont mis à déchanter.

    Depuis Les égouts de Los Angeles, La glace noire et La blonde en béton, personne n’a jamais vraiment mis en doute le talent de Michael Connelly. Sans compter que l’auteur du Poète — qui figure au rang des grands polars de l’histoire, toutes langues confondues — est aussi le père d’un des enquêteurs les plus connus du genre : Hieronymus « Harry » Bosch.

     

    Mais au cours des dernières années — disons depuis que le prolifique Connelly a tenté de se renouveler en créant le personnage de Mickey Haller (L’avocat à la Lincoln, Le verdict du plomb, etc.) —, ses fans les plus critiques se sont mis à déchanter. Connelly a fait de Bosch et de Haller deux demi-frères se croisant régulièrement dans ses dernières parutions avec plus ou moins de bonheur, avouons-le.

     

    Maintenant que Harry vit une retraite forcée, voilà que Haller veut l’engager comme enquêteur…

     

    Défaire la toile

     

    Bosch a quitté l’escouade des crimes non résolus du LAPD en très mauvais terme avec son patron. Mais de là à accepter de franchir la ligne et de travailler pour la défense dans une affaire de meurtre… : Harry Bosch se perçoit toujours comme un flic. Et il n’est pas question pour lui de passer de l’autre côté de la ligne. C’est là le point central du roman, son titre anglais original même (The Crossing, beaucoup plus clair que le titre français tarabiscoté, qui laisse supposer n’importe quoi). Tout le reste est, précisément, de la littérature.

     

    Mais de la fort bonne littérature, disons-le tout de suite. Haller parvient d’abord à appâter Bosch en lui faisant prendre conscience que son client est innocent : le policier n’a plus alors qu’à se dire que le vrai coupable est au large, en liberté. Reste à le coincer et, surtout, à défaire la toile de fausses preuves habilement tissée autour de l’affaire, il s’en rend compte à mesure qu’il avance dans son enquête.

     

    Le défi est d’autant plus intéressant que ce sont deux ripous qui ont orchestré cette sinistre série de huit meurtres, Bosch mettra beaucoup d’efforts et de temps à s’en rendre compte. Le voilà donc doublement aux prises avec ses anciens amis du LAPD… et le drame moral qui le déchire depuis le début dans cette histoire. Mais les faits sont là et ils s’accumulent lourdement. Bientôt Bosch passera à l’attaque et l’affrontement sera mémorable ; en fait, la charge est si forte qu’il aura besoin d’une aide providentielle pour s’en sortir vivant.

     

    Il faut surtout retenir de cela que Connelly est de retour. L’histoire qu’il tricote devant nous est d’une complexité exceptionnelle et le lecteur, qui connaît les coupables depuis le début, sait tout ce que Bosch devra investir pour parvenir à faire la lumière sur tout cela. La réussite est si complète qu’on remarquera à peine quelques gaffes insupportables du traducteur quand il emploie un vocabulaire relié au baseball — les Français n’y comprendront jamais rien !

     

    Bref, voilà un grand Michael Connelly, et il serait trop bête de se priver d’un tel plaisir.

    Jusqu’à l’impensable
    ★★★ 1/2
    Michael Connelly, traduit de l’américain par Robert Pépin, Calmann Lévy, coll. « Robert Pépin présente », Paris, 2017, 388 pages












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