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    Chères grands-mères, chers grands-pères…

    10 juin 2017 | Marie Fradette - Collaboratrice | Livres
    Illustration en détail tirée de «Lettres à mon cher grand-père qui n’est plus de ce monde»
    Photo: Grasset jeunesse Illustration en détail tirée de «Lettres à mon cher grand-père qui n’est plus de ce monde»

    « Papy, ce matin tu es mort. Je trouve que tu ne manques pas de culot de mourir sans prévenir personne trois jours avant Noël. » Dans Lettres à mon cher grand-père qui n’est plus de ce monde, Frédéric Kessler joue à hauteur d’enfant le thème du deuil, mais aussi et surtout celui de la relation profonde entre un grand-père et son fils que rien, même la mort, ne peut altérer.

     

    À coups de missives, Thomas tente de rejoindre son papy décédé. Pourquoi ne lui répond-il pas ? Oui, il est mort, mais encore ? Et si Thomas allait porter la lettre au cimetière ? Bien sûr, c’est sa nouvelle adresse. Mais la réponse ne vient toujours pas.

     

    De « Mon cher Papy » à « Mon cher papy qui n’est plus de ce monde », en passant par « Mon vieux pépé qui me manque trop », Thomas apprivoise doucement le deuil dans cette suite de dix lettres. Un monologue tout en candeur, en finesse et en simplicité dans lequel la promesse du souvenir demeure : « Dans ton grenier, j’ai trouvé un album de photos incroyable. Tu aurais pu me prévenir que tu avais été jeune. Dedans, il y avait une photo de ton père avec toi bébé dans ses bras, et une photo de ton grand-père avec ton père bébé dans ses bras. »

     

    Présenté dans un petit format à l’italienne, l’album est par ailleurs illustré par Alain Pilon qui, d’un trait sobre, épuré, d’un autre temps, appuie respectueusement le thème.

     

    Grand-père raconte

     

    Jean Perrot évoque sous forme de poèmes le parcours de son petit-fils Dans les rêves de grand-père. Le vieil homme, accompagné par les délicates illustrations de Jean Claverie, y prend la plume pour décrire avec sensibilité la relation qu’il entretient avec sa descendance, Davidou « devenu David avec l’âge », à travers leur quotidien dans « la maison blanche comme la pierre », dans laquelle « Davidou jaillit comme l’éclair, danse, éblouit ».

     

    Il évoque aussi « les cours et les tunnels des enfants de Somalie, du Rwanda », les « petits morts de Gaza », comme des réalités sanglantes du présent, la guerre et le terrorisme, qui font grandir une ombre terrifiante au-dessus de l’enfant.

    Photo: Albin Michel Jeunesse Planche tirée de l’album «Dans les rêves de grand-père», illustrée par Jean Claverie

    Le style raffiné et le ton affectueux permettent se saisir le temps qui passe et surtout ce fil entre les générations qui tient à quoi « sinon à ce regard Qu’[il] plonge dans le [sien], Quand [il] devient l’enfant merveilleux que fut [son] père. Quand l’état de grâce se déploie, Ramenant les générations, à des fins de claire conviction ».

     

    Réciprocité

     

    Si Perrot se fait observateur, Marie-Francine Hébert, elle, laisse plutôt la parole à l’enfant dans Je suis là, je suis là : « C’est grand-maman qui s’occupe de nous après l’école. Elle nous aide à faire nos devoirs, invente des jeux, nous raconte des histoires de l’ancien temps. » Mais un soir, à son retour à la maison, la mère ne se rend pas dans la chambre de son fils comme à l’habitude. Il l’entend pleurer, parler de mise à pied avec la grand-mère.

     

    Par la lunette du petit, on perçoit la fragilité de la mère qui a encore et toujours besoin de la sienne. « Maman n’arrête pas de renifler. Grand-maman […] essaie de la consoler : “Ça va s’arranger, ma chérie, tu vas voir, ne te fais pas trop de souci.” »

     

    Le réconfort offert par la grand-mère sera par la suite transmis par le fils qui, à son tour, se rend dans la chambre de sa maman, pour la consoler, être là, pour elle.

     

    Le trait des illustrations de Mathilde Cinq-Mars, à la fois aérien et très ancré dans le quotidien, installe une ambiance apaisante et accueillante, qui incarne parfaitement la pérennité des liens intergénérationnels, mais surtout la force de l’amour maternel qui en est à l’origine.

    Lettres à mon cher grand-père qui n’est plus de ce monde / Dans les rêves de grand-père / Je suis là, je suis là
    ★★★1/2, Frédéric Kessler, Grasset, Paris, 2017, 26 pages / ★★★, Jean Perrot, Albin Michel, Paris, 2017, 48 pages / ★★★★, Marie-Francine Hébert, Druide, Montréal, 2017, 32 pages












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