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    Entrevue

    Le petit livre des grands points d’interrogation

    À 53 ans, Pascale Perrault signe un premier essai rempli de l’angoisse et de l’espoir de l’être

    10 juin 2017 | Dominic Tardif - Collaborateur | Livres
    Missive inquiète face à l’avenir de notre planète, «Lettre au monde» de Pascale Perrault catalogue les angoisses d’une femme tourmentée, mais célèbre aussi la beauté des questions sans réponse.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Missive inquiète face à l’avenir de notre planète, «Lettre au monde» de Pascale Perrault catalogue les angoisses d’une femme tourmentée, mais célèbre aussi la beauté des questions sans réponse.

    « À13 ans, j’ai décidé que j’allais écrire ce livre-là lorsque j’aurais 40 ans. J’avais l’âge où on se demande ce qu’on va faire de son futur, ce qui est vraiment important dans la vie. Je me suis dit : “À 40 ans, je serai capable de comprendre la nature humaine, donc je pourrai écrire ce livre”», raconte Pascale Perrault, encore amusée par sa candeur. « On m’avait expliqué qu’à 40 ans, on devenait sage, alors je supposais que j’aurais sans doute à ce moment-là un peu fait le tour de la question. »

     

    On ne fait évidemment jamais le tour des questions importantes qu’impose à notre esprit notre fragile condition de mortels. À 53 ans, Pascale Perrault tient promesse à la jeune fille qu’elle était jadis avec cette Lettre au monde, un premier livre de pop-philo inventoriant en 17 chapitres, dans une langue limpide, quelques-uns des points d’interrogation qui clignotent avec le plus d’intensité au-dessus de nos têtes de terriens. « Éthique et philosophie pour les jeunes esprits », précise le sous-titre, et c’est beaucoup au sien de jeune esprit, malgré les cheveux gris, que s’adresse l’auteure, revendiquant fièrement son statut d’« illustre inconnue, pas diplômée en philo ».

     

    La vie trouve-t-elle son sens dans la mort ? Ne sommes-nous pas tous coupables des immenses inégalités qui existent ? Le rire, l’humour et toutes les poésies de l’amour seraient-ils particuliers à l’être humain ? demande Pascale Perrault, reprenant des mains de la philosophie institutionnelle les énigmes existentielles qu’elle a depuis trop longtemps confisquées à la rue, au café et à la cour d’école.

     

    « Afin d’apprécier à sa juste valeur ce livre sans prétention, il faut bien voir ce qu’il est avant tout : un appel à l’échange, à la réciprocité dans la contemplation du monde prodigieux que nous avons tous l’immense privilège d’habiter », souligne en préface le philosophe et professeur émérite Thomas de Koninck, visiblement réjoui que sa discipline trouve des défenseurs à l’extérieur des murs de l’université.

     

    Penser dehors

     

    Missive inquiète face à l’avenir d’une planète où les inégalités confinent trop d’hommes et de femmes à la mendicité et à la survivance, Lettre au monde catalogue les angoisses d’une femme tourmentée et empathique, mais célèbre aussi la beauté malmenée des questions sans réponse, au coeur d’une époque où les certitudes poing-sur-la-table servent à appâter les clics.

     

    « C’est Thomas De Koninck qui m’a suggéré de tout réécrire sur le mode interrogatif », explique celle qui croit que toutes les formations, tous domaines confondus, devraient inclure un cours de philosophie. Son éditeur, Poètes de brousse, suggère d’ailleurs en quatrième de couverture que ce petit livre serve de guide au cours d’Éthique et culture religieuse dans les écoles secondaires. « C’est vrai que ça fait beaucoup de points d’interrogation en même temps, reconnaît Pascale. C’est parce que je n’ai vraiment pas de réponses. Je n’aurai probablement jamais de vérité. Je suis dans le doute. Je suis quelqu’un qui cherche. »

     

    En méditant à l’aide de statistiques terrifiantes les choix délétères d’une époque où la vie humaine et l’environnement ne sont pas considérés avec tous les égards qu’ils appellent, Pascale Perrault enjoint aussi à ses compatriotes occidentaux de mieux goûter les privilèges d’un quotidien permettant ce luxe qu’est l’émerveillement. L’espoir n’y est peut-être pas toujours apparent, mais il se trouve bien là, dans le creux des phrases, ainsi que dans l’attention émue de l’auteure envers la nature.

     

    « Ma marraine a des souvenirs de moi, assise dans le chemin : je nourris simultanément des lièvres, des écureuils, des hirondelles. Tous ces animaux-là sont autour de moi », se remémore la filleule du monumental cinéaste Pierre Perrault. Pour elle, c’est l’évidence, « ça réfléchit mieux quand on est dehors ».

     

    Où, sinon, trouver de l’espoir ? Chez les enfants, d’abord, avec qui Pascale Perrault passe ses journées en tant qu’éducatrice, et à qui elle lit parfois une des Philo-fables de Michel Piquemal. « Les enfants sont bons, vrais et généreux », affirme-t-elle, en énumérant des qualités qui ne prospèrent malheureusement pas avec générosité sur le globe. « Mais c’est surtout dans la quête et dans le coeur des gens qu’il peut y avoir de l’espoir. »

    Lettre au monde
    Pascale Perrault, Poètes de brousse, Montréal, 2017, 98 pages
    Éthique et philosophie pour les jeunes esprits












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